‹ Lettres de Jean Hus écrites durant son exil et dans sa prison avec uneChapitre 9 sur 46 · PRÉFACE DE LUTHER · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE LUTHER

de Dieu, d'emporter au ciel, sur des chars rapides, comme on Ta dit, les âmes des défunts. Tetzel, porteur des indulgences de Tévéque de Hayence, à de même enseig'né que les Ames s'élanceraient du purgatoire au ciel aussitôt que le tintement de l'argent versé dans le trésor se ferait entendre ; mais, bientôt confondu, il ferma sa bouche eUVontée.

C'est à de semblables impiétés, qui révolteraient une brute, que s'est opposé Jean Hus, prédicateur de la parole de Dieu dans la chapelle de Bethléem APragne. Il a nié qu'une telle puissance fût donnée au pontife romain, et il a hautement déclaré qu'il pouvait se tromper en cela comme en beaucoup d'autres choses. Ayant donc pris une liberté si grande que d'enseigner que le pape peut errer (hérésie réputée alors beaucoup plus épouvantable que de renier Jésus-Christ), il fut contraint par la violence à confirmer ce qu'il avait soutenu en disant qu'un pape impie n'est pas \m pape pieux. Tous s'agitèrent alors comme autant de sangliers j leur poil se hérissa, ils crispèrent leur front, ils aiguisèrent leurs depts, et enfin, se précipitant sur lui, ils le livrèrent cruellement et méchamment aux flammes.

Un des premiers articles qu'il fallait admettra

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à cette époque était que le pontife romain est infaillible ; telle était l'opinion des jurisconsultes de la cour romaine. Il ne paraissait pas présumable que Terreur pût tomber de si haut ; mais à force de présumer on présume trop.

L'égarement prodigieux de ces hommes sur un point si grave et les outrages si manifestes aux-* quels Jean Hus fut en butte de leur part le remplirent d'un grand courage. Une conscience pure de tout crime devant Dieu comme devant le monde donne i l'homme une grande consolation dans ses mauX| et. s'iil souffre pour le nom et la gloire de Dieu^ rËSj)fit-Saint, consolateur des affligés, vient a lui aussitôt et lui prête un secours contre le monde et contre les démons, ainsi que le Christ l'a promis (Matt., X) disant : Ce n'est pas vous qui parlez, mais c'est l'esprit de votre Père qui parle en vous; et (Luc, XXI) je mettrai en vos bouches une force et une sagesse à laquelle vos adversaires ne résisteront pas»

J'ai appris de quelques hommes dignes de foi que l'empereur Maximilien disait, en parlant de Jean Hus : « Us ont fait injure â cet excellent homme. » Érasme de Rotterdam, dans ses premiers livres que je possède^ a écrit que Jean Hus

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avait été brMé, mais non convaincu. Et Topinion des hommes pieux en ces temps a été qu*on lui avait fait outrage et violence.

Je rapporterai ici ce que m'a dit le docteur Staupitz d'un entretien qu'il eut avec son prédécesseur, André Proies, homme de naissance et de mérite, touchant la rose du docteur Jean Zacharie. Ce Zaeharie était représenté dans les cloîtres, portant une rose à son chapeau, comme une distinction pour lui-m/^me et un affront pour Jean Hus. Proies voyant cette image dit : « Je ne voudrais pas porter cette rose. > Staupitz lui ayant demandé pour quel motif. Proies répondit : « Lorsque dans le concile de Constance on soutenait contre Jean Hus que le pape ne pouvait être repris de personne, le docteur Zacharie allégua le passage d'Ézéchiel (chap. XXXIV) : C^est moi qui suis au^essus des pasteurs^ et non le peuple (1). » Jean Hus niait qu*on y trouvât ces derniers mots, et Zacharie offrit de prouver le contraire par la Bible même que

(1) On ne voit point en lisant ce récit quelle force les adversaires de Hus pouvaient en tirer : il n*y est question que de rÉternel, qui annonce qu*il vient lui-même à la place des mauvais pasteurs. L'argument de Zacharie ne peut avoir du poids que pour ceux qui voient véritablement Dieu dans le pape, et qui s'imaginent que tout ce qui est dit de TEternel dans FÉcriture est applicable au pape.

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