‹ Lettres de Jean Hus écrites durant son exil et dans sa prison avec uneChapitre 15 sur 46 · A JEAN BARBAT · texte numérisé non relu

A JEAN BARBAT

Hus le console et se justifie en eiposant pourquoi il a préféré obéir à Dieu, qui lui ordonnait de prêcher, qu'au pape, à TarcheTéque et à tous ceux qui le lui défendaient.

Salut au nom de Noire-Seigneur Jésus-Christ !

J'ai appris, mes bien-aimés (1), votre douloureuse épreuve. Regardez-la comme un bien, car c'est pour produire au jour votre fermeté, votre constance, que vous êtes tombés dans diverses tentations.

Moi aussi, très-chers amis, j'ai été tenté, et je me réjouis enfin de ce que je suis appelé hérétique à cause de l'Évangile, et excommunié comme un méchant et comme un rebelle. Pour me raffermir dans la douce paix de mon esprit, j'ai rappelé en moi-même la vie et les paroles de Christ et celles des apôtres (Act. IV). J'ai rappelé de quelle manière Anne, grand-prêtre, et Caïphe, et Jean, et Alexandre , et toute la race des prêtres , en s'adressant aux apôtres, leur défendirent de parler

(i) Quoique cette lettre soit particulièrement adressée à Jean Barbât, Hus Tavait destinée à être lue de plusieurs.

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et d'enseigner au nom de Jésus. Mais Pierre et Jean tvpondant leur dirent : f Jugez vous-mêmes s'il est juste, en présenee du Seigneur, que nous vous écoutions plutôt que Dieu. Pouvons-nous no pas parler de ce que nous avons ouï et de ce que nous avons vu? » Et ces mêmes prêtres leur ayant encore une fois défendu de prêcher, ils dirent (Act. V) : « // JaiU obéir à Dieu plutôt quaux hommes. »

Il est vrai que les païens, les Juifs, les héréti* ques se fondent tous sur ce précepte de Tobéissance qui est due à Dieu. Hélas ! il aveugle ceux qui ne sont pas chrétiens, mais non les apôtres ni les vrais disciples de Christ.

Saint Jérôme a dit : « Si le maître ou Tévéque prescrit des choses qui ne sont point contraires à la foi ou aux Écritures, le serviteur est tenu d'obéir. Mais s'il commande ce qui leur est contraire, il faut obéir plutôt au maître de l'esprit qu'à celui du corps. » Et plus loin il ajoute : « Si l'empereur vous ordonne ce qui est bien, faites la volonté de l'empereur ; s'il vous prescrit le mal, répondez * Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes. »

' Saint Augustin dit de même dans son Sermon

sur les paroles du Seigneur: f Si ma présence ter-

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reatre vous cpmmftnde ce que vous pe devea paf» faire, mépnsieat cette puîii^ançe, et craigne?: uiiq puissapqe plus haute, Considère? les degrés divers des pouvoirs humains, Obéire9s«^vou8 au proourateur si le proconsul vous donne un ordre contraire ? £t si le proconsul vous ordonna une choso et Tempereur une autrOf tenterQ^s^^vous de désobéir à oelu îci pour obéir à celui-là? Si Tempereur vpus or^ donne ce que Dieu défend, méprisez Tempereur et obéisses à Dieu, r^ous devons donc résister 4 la puissance du diable ou des hommes, lorsqu'ils nous nous suggèrent quelque chose contre Dieu, et en cela nous qe résistons pas, mais nous obterppérons à Tordre de Dieu même. » Voilà ce que dit saint Augustin.

Grégoire dit aussi dans son doruier Traité sur l^ momie ; « Sachez qu'il ne faut jamais faire le

mal par obéissance, » Saint Bernard écrit dans une de ses lettres : « Fairo h mal d'après Tordre dç qui que ce soit, ce n'Qst pas obéir, mais désQ*béirt 9 Elt saint Isidore soutient que si celui qui a l'autorité fait et ordonne de faire une chose qui ne soit pas selon le Seigneur, ou violq la loi écrite et commande de la violer, c'est à lui qu'il faut appliquer ççtte parole de saint Paul : « Si m angç

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même descendait du ciel et vous ptwhait an évan^ gile -difj^rent de celui que nous vous prêchons^ if u Usait auaihème l » Et plua loin : « Celui qui vous défencl d6 faire ee qui vous est commandé par le Seigneur, que celuMi soit en exécration à tous eeux qui ciment le Seigneur..*. Il doit être regardé çoniiPQ un fAUi^ témoin et comme un sacrilège. »

Il ^mble, d'après ces paroles, que ces noms soient applioables à ceux, qui interdisent la prédication de la parole divine, et qu'ils soient excom*munies selon cette parole du prophète : « Maudits soient ceux qui résistent à tes commandements ! » JérôflQÔ QSt ici d'accord avec moi lorsqu'il écrit a Rqstique, évéque de NarbonnQ : « Qu'aucun évéqne ne s'abandonne à l'envie et à la colère par UQe infernale jalousie si les prêtres exhortent le peuple, s'iU prêchent dans les églises et bénissent la multitude, » Je dirai donc à ceux qui m'interdisent ces choses que celui qui défend aux prêtres de faire ce que Dieu leur commande se proclame supérieur à Jésus^Christ.

Bède, en parlant du Sauveur, rappelle ce pas«sage : « Vous trouverez une ânesse attachée et son poulain avec elle; déliez-les et amenez-les-moi, et si l'on vous dit quelque chose, vous répondrez :

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Le Seig-neur en a besoin. » Jésus-Christ, dit-il, enseigne mystiquement aux docteurs^ par ces paroles, que, s'ils rencontrent quelque obstacle, si quelqu'un les empêche de dégager les pécheurs des liens du démon, de les attirer à Dieu en confessant la foi, ils ne doivent pas pour cela renoncer à prêcher sa parole, mais doivent au contraire continuer à rinsinuer dans les âmes; car le Seigneur a besoin de tels ouvriers pour édifier m>n Église. Et qui pourrait citer tout ce qu'ont dit les saints en nous enseignant qu'il vaut mieux oîbéir à Dieu qu'aux hommes ?

« Nos oppresseurs nous opposent ces mots :

« Faites tout ce qu'ils vous disent (Matth. XXIII), » mais ils sont réduits ait silence par la défense qui suit : « Né faites pas ce qu'ils font. » Dieu dit (Deutér. XXIV) : « Faites ce que vous prescriront les prêtres de la race de Lévi; conformément à ce que je leur ai enseigné. » Le Seigneur veut donc que celui qui doit obéir n'obéisse qu'en se conformant à ses propres commandements. Il est dit encore (Pierre, II) : « Serviteurs, soyez soumis à vos maîtres avec crainte. » Plus bas l'apôtre ajoute : « Obéissez même aux méchants, non pas toutefois dans les choses où ils se montrent méchants, car ce

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serait obéif* aux diables. » La volonté de Dieu et rÉcritare nous enseignent donc que Tobéissance aux supérieurs n'est obligatoire que dans les cho* ses licites. M'attachant i cette vérité, j'ai mieux aimé dans mes prédications obéir à Dieu qu'au pape et à Tarchevéque, et à tous ceux qui s'opposent à cette parole du Christ : « Allez par toute la terre, etc.. » J'ai signé ces paroles afin de vous apprendre i affronter les émissaires du démon (1).

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