‹ Lettres de Jean Hus écrites durant son exil et dans sa prison avec uneChapitre 18 sur 46 · AUX HABITANTS DE LA VILLE DE LUNA · texte numérisé non relu

AUX HABITANTS DE LA VILLE DE LUNA

Jean Hjis lear recommande l'union et leur enseigne à souffrir les

injures plutôt qu'à les venger.

Maître Jean Hus, serviteur indigne i}e Dieu, aux fidèles de la ville de Luna. Qu'à vous soit la paix et la protection de Notre-Seigneur Jésus-£hrist !

Mes très-chers frères, quoique je ne puisse vous voir extérieurement de mes yeux, mais seulement de mqi vue intérieure, je sais néanmoins votre cha-

rite, vatre foi constante en Dieu et en son Évangile. Je sais que le Sauveur vous a unis dans la foi, dans la paix, dftns la charité, dans Tattention h sa parole, de telle sorte que je trouve plus parmi vous que dans toutes les autres villes de Bohême cette concorde, cette unité qui réjouissent profondément mon cœur. Je vous en conjure donc, mes bienaimés, moi, dont les traits vous sont inconnus, mais qui vous suis cependant attaché en Dieu^ dans l'intérêt de votre salut, je vous en conjure, aimezvous les uiis les autres ; demeurez-unis, ne souffrez pas qu'on vous divise ; car cette unité précieuse, qui subsiste entre vous par la vraie foi, vous sauvera devant Dieu, et Dieu, par sa miséricorde, vous donnera en retour des forces pour vaincre la chair, le monde et Satan.

Méditez ces choses, mes bien-aimés, et ne souffrez point qu'il s'élève parmi vous ni schismes, ni trahisons, ni jalousies, ni violences. S'il s'y rencontre quelque obstiné semeur de troubles et de discordes, avertissez-le comme un frère. Ne disputez point devant le juge, car ce serait à la ruine de votre âme, de votre corps et de votre fortune. Étudiez-vous à venger plutôt les injures de Dieu que les vôtres. Hélas! c'est en cela que le

monde entier s^abuse ; tous les hommes vengent plutôt leurs propres injures que celles de Dieu. Et c'est là le large chemin ouvert par TAntechrist, dangereux surtout pour nous, qui sommes prêtres, et qui voulons que les ordonnances des hommes soient plus rigoureusement obervées que les com-?mandements de Dieu. Tel prêtre, tel moine, tel prélat est impunément fornicateur et adultère, et il veut que ses propres^prdonnances soient obser-* vées sous peine d'anathème. De même ils ne punissent point les laïcs qui pèchent contre Dieu ; mais si un de ceux-ci leur dit : « Mes frères, vous m'avez condamné injustement , > alors ils le pu* nissent par le glaive, parce qu'il s'est élevé contre l'injustice des juges.

J'ai donc confiance que le Seigneur vous affran* chira de ces maux, afin que vous gardiez sa parole plutôt que les ordonnances des hommes. Aussi longtemps que vous garderez sa loi personne ne pourra vous nuire. C'est pourquoi, mes bienaimés, attachez-vous à méditer ces choses, qui sont éternelles et impérissables ; elles sont au nombre de deux, la condamnation et la vie éternelle. La condamnation entraînera avec elle le feu éternel, de grands tourments et un séjour dévorant et sans

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in avec les démons ; mais dans la vie éternelle ce sera une joie parfoite, la lumi&re, Tabsenoe dq toute affliction, de toute souffirance, et ThabitatioD avec Di^u ménfe et sies anges ; < ear le Seigneur, dit saint Paul, a préparé pour epux qui Taiipent une félicité parfaite, que l'œil de Thomme n'a jamais entrevue, dont ses oreilles n^ont jamais ouï parler, et dont son cœur ne sait rien. » Nous serons donc heureux lorsque nous jouirons de cqtte béatitude, dont le efaarme sera parfiart, et nous verrons qui. sera anathéinatisé et condamné; là tous les péchés cachés dans le cœur des hommes seront mis à découvert; là nous obtiendrons une joie, une consolation dent nous ne sefons jamais privés; là, enGn, nous serons heureux si npqs souflrons ici quelque chose pour Jésus-Christ; car de même que l'or e^t éprouvé par le feu, de même nous serons éprouvés par la croix et par les afflictions, sous 1^ main de ceipi qui a tiré le n^onde du néapt. Nous serons donc heureux si nous persévérons jusqu'4 la fin dans le bien.

Sachons, mes bien-aimés, que le meiade se cprrompt, que la mort est à nos portes, et que nous ne sommes ici qu'en pèlerinage; vives if abord pieusement et sainiepient, en renonçait à vos pé-

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ehés ; aspirez eAsitke aux biens célestes } ef^h ai*nies Dieo dé lent voire cœur Bl ayez cofiflanee en lui^ afin quil vous décore de sa glaire, par les nié=rites dB lésus-Christ^ et qu'il vous fasse participer à sdn règne. Amen.

\À ^kixHR WtCHE^tZE Â jfaAtl Hb$ ET À ktsS AMIS.

A VOUS soit le salut et tout t)e qu'il y a de plus doux dans le sein de iésus-Ghrist^ mes bien-aimés dans le Seigneur, tous que ^j'aime dans la vérité, et non*seulement moi, mais aussi tous ceux qui ont la connaissance de ia vérité qui demeure en vous et qui sera toujours en vos cœurs, avec la grâcB de Dieu ! J'ai eu une grande joie lorsque nos frères sont veâus rendre un témoignage à votre vraie doctrine et nous ont appris comment vous marche2 dans ia lumière. J'ai su^ mes frères^ avec quelle rigueur l'Antéchrist vons éprouve^ en infligeant aux fidèles d6s tribulations diverses et inouifes, et je ne m'étonne point si parmi vous, comme déjà presque partout dans le monde, la loi de Christ a

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de si violents assauts à soutenir de la part de -ses

adversaires ASermissons-nous donc dans le

Seigneur notre Dieu et dans sa bonté infinie ; ayons confiance qu'il ne permettra point à ses fidèles de s'écarter de leur but, pourvu que nous l'aimions lui-même, comme nous le devons, de tout notre cœur. Il n'y aurait point de souffrance en vous si l'iniquité n'y régnait pas. Ne soyez donc ébranlés par aucune tribulation, par aucune épreuve subie à cause de Christ, car nous savons avec certitude que ceux que le Seigneur juge dignes d'être ses enfants sont éprouvés par lui dans la douleur; notre Père miséricordieux nous envoie des persécutions dans ce monde misérable, afin de nous recevoir ensuite dans sa grâce. Le grand ouvrier éprouve et purifie l'or avant de le recevoir dans. son trésor incorrup* tible. Le temps de notre séjour ici-bas est court et fugitif; la vie que nous espérons dans l'avenir est heureuse et éternelle. Travaillons donc, tandis que nous le pouvons, à mériter d'entrer dans ce repos. Que voyons-nous dans cette vie périssable, si ce n'est la douleur et le deuil, et, ce qui doit surtout affliger les fidèles, le trop grand abandon et le mé-> pris de la loi de Dieu?

Efforçons-nous donc d'atteindre, autant qu'il

est nécessaire, aux choses durables et élprnell'îs, eu détachant notre âme de celles qui passent et périssent. Considérons les anciens Pères, les saints de Tanclenne et de la nouyelle alliance.; n'ont-ils pas tous traversé cet océan de tribulations et de persécutions? Les uns n'ont*! Is pas été sciés, les autres lapidés ou frappés par le glaive ? Tous ont' passé par un chemin difficile. C'est ainsi qu'ils ont suivi les traces de Christ, qui a dit : Qu^ celui qui mesertmesuiife. C'est pourquoi, ayant devant vous l'exemple de tant de saints qui nous ont précédés, et de toutes parts étant pressés par le péché, courons par la patience au combat qui nous est offert, lés yeux attachés sur le fondement de notre foi, sur ce Jésus qui a souffert l'épreuve de la croix ; demandons à celui qui a tout supporté de la part des pécheurs qu'il soutienne nos âmes ; combattons contre ses ennemis, aimons sa loi, ne soyons pas de faux ouvriers; mais agissons fidèlement, et travaillons pour le Seigneur dans l'espérance d'une récompense éternelle.

Toi donc, mon cher Hus, mon frère bien-aimé en Christ, quoique tu me sois inconnu par les traits du visage, tu ne Tes point par la foi ou par l'amour ; car ce monde ne peut disjoindre ceux qu'unit

ti PREBtlÈRfi SÉniE.

fortement Famour de Christ. Réjouis-toi dans la grâce qui t'a été donnée ; travaille comme un vaîl*lant soldat de Jésus-Christ ; prêche, exhorte par ta parole et par ton exemple ; rappelle tous ceux que tu pourras dans le chemin de la vérité ; car la vérité de l'Évangile ne doit point être soustraite à cause de quelques vaines censures et des exdoihmunications antichrétiennes. Bonds donc des forceà atix membres de Christ affaiblis par Satan ; et quand l'Antéchrist serait élevé au comble de la puissance, son règne Gnira bientôt, le me réjotiîs surtout de ce que, dans votre royaume et ailleurs, Dieu anime des cœurs qui soutiennent joyeusement la captivité, Têxil et la mort pour la jparôle dé Christ.

Que vous dirai-je de plus, mes bien-aimés? je ne sais, mais j'avoue que mon cœur se fondrait tout entier avec délices si je pouvais ainsi me fortifier et me consoler sous la loi du Seigneur. Je salue du fond de mon âme tous les fidèles, tous les disciples de la vérité, et en particulier Jacobel, ton coadjuteur dans la prédication de l'Évangile, en le priant d^invoquer pour moi le Seigneur dans son église.

Que le Dieu de paix, qui a rappelé d'entre les

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morts le pasteur des brebis, Jésus-Christ notre souverain Seigneur, vous rende capables de tout bien, afin qu'agissant en vous comme il lui plait vous fassiez sa volonté. Tous vos amis, qui ont entendu parler de votre constance, vous saluent. Je désire ardemment recevoir des lettres de vous ; car sachez qu'elles ne nous apportent pas une médiocre consolation.

Écrit à Londres, le jour de la Nativité de la Vierge, Tan du Seigneur 1410 (().

' (1) La signature porte : Vester servus cupiens in labore ficri socius, Ricus Wychewitze, infimus sacerdotiini. --^ Cet te lettre a ëfdà tort attribuée par beaucoup d'historiens à Wycliffe.

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