‹ Lettres de Jean Hus écrites durant son exil et dans sa prison avec uneChapitre 20 sur 46 · A MAITRE MARTIN · texte numérisé non relu

A MAITRE MARTIN

Jean Hus écrivit cette lettre ayant son départ de Bohême et 1^ laissa cachetée entre les mains de celai à qui il Tadressalt, en le priant de ne point l'oaTrir ayant d'atoir acquis la eertltnde d« sa mort.

Maître Martin, mon très -cher frère en Chri$t, je t'exhorte à craindre Dieu, à garder ses commandements et à t'obseryer dans la compagnie des femmes. Sois prudent en écoutant leurs confessions pour que Satan ne t'abuse point par des paroles doucereuses; car saint Augustin c^ dit : Ne tç fie point à la dévotiou, car la corruption est quelquefois d'autant plus grande que la dévotion est apparente, et des appétits déréglés peuvent se cacher sous le masque de la piété.. . Prends donc garde de ne point faire une perte irréparable, et j'espère que tu resteras pur de tout commerce avec les femmes, car je t'ai enseigné à servir Jésus-Christ dès

ta jeunesse (1). Sache que c'est pour avoir con-

(t) Ergo cave ne irrecuperabilem perdas, quam spero rethiesy virginitatem ; mémento quia a juventute tua dœui (e a^fvîrf

Clirislo Jesu.

damné Tavarice et ta vie déréglée des prêtres que je souffre, par la grâce de Dieu , une persécution qui s'éteindra bientôt avec moi. Je ne crains pas d'être confondu pour le nom de Jésus-Christ. Je te conjure de ne point rechercher les bénéflces. Cependant, si tu es appelé à une cure, que la gloire de Dieu^ le salut des âmes et le travail te préoccupent, et non la possession des héritages. Si tu obtiens une église, ne prends point une femme jeune pour servante, et prends garde â ne point orner ta maison plus que ton âme; donne surtout tes soins à l'édifice spirituel ; sois pieux et humble avec les pauvres, et ne consomme pas ton bien en festins. Si tu n'amendes pas ta vie et ne t'abstiens des vêtements somptueux et des superfluilés, je crains que tu ne sois gravement châtié comme je le suis moi-même, moi qui ai fait usage de telles choses, séduit par la coutume et par l'approbation des méchants, et troublé par un esprit d'orgueil opposé à Dieu. Tu as connu mes prédications et mes exhortations particulières dès ton enfance ; il est donc inutile de t'écrire davantage; mais je te conjure, par la miséricorde de Notre-Seigneur, de ne me suivre dans aucune des vanités où tu m'as vu tomber. Sache, hélas! qu'avant de recevoir la

préirise je consumais beaucoup de temps au jeu d'échecs, et que par ce jeu je me suis souvent laissé provoquer et j'ai provoqué les autres à la colère. Je me recommande à tes prières devant Dieu pour ce péché et pour mes innombrables transgressions. Invoque pour moi sa miséricorde, aGn qu'il daigne diriger ma vie^ et qu'après la victoire sur les puissances perverses de ce siècle, sur la chair, sur le monde et sur Satan, il m'ouvre la patrie céleste au jour du jugement. Adieu donc en Jésus-Christ, avec tous ceuxijui gardent sa loi. Reçois ma robe grise que j'ai réservée en souvenir de toi ; cependant, si tu as honte de la couleur grise, disposes-en pour le mieux, à ta volonté. Tu donneras ma robe blanche au curé mon disciple ; tu donneras aussi à Georges ou à Suzikon soixante gros d'argent ou ma robe grise, parce qu'il m'a bien servi.

Sur la même lettre Hus écrivit :

Je te conjure de ne point ouvrir cette lettre avant d'avoir acquis la certitude de ma mort.

LEnRE II.

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