‹ Lettres de Jean Hus écrites durant son exil et dans sa prison avec uneChapitre 3 sur 46 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

correspondance, et je piil)lie toat ce que les amis de Hqs nous ont conservé de la sienne.

Ces lettres, qui paraissent aujourd'hui traduites pour la première fois dans notre langue, ne furent point écrites pour le grand jour de la publicité-, Hns les adressa la plupart à ses disciples et à ses amis pour être lues loin des regards ennemis et à l'ombre du toit domestique. Elles fournissent des documents précieux à Tbistoire et sont des témoignages irrécusables de l'esprit et du caractère de leur aulenr; elles ne sont remarquables ni par retendue de la pensée, ni par la nouveauté de la doctrine, ni par Téclat du style, mais il s'en exhale à chaque page comme un parfum de vertu, d'innocente candeur et d'angélique piété : ce qu'on y voit surtout, c'est la pensée chrétienne de la chute, de l'épreuve et de la régénération en Jésus-Christ; c'est la conviction que toutes les choses de ce monde passent et ne sont que Tombre des choses éternelles: que l'homme n*est rien sans Dieu, qu'il n'y a que ténèbres ou fausses clartés partout oii le flambeau divin ne pénètre pas, et enfin, au-dessus de toutes ces pensées, celle-ci qui les résume : LA FOI , c'est la vie. Nous y voyons une ftme supérieure a la séduction comme k la terreur, une raison ferme et droite qui perce à travers toutes les subtilités (I), qui ne s'inspire que de la Bible et de la conscience, qui s'arrête et s'attache à ce qui lui semble la vérité comme au plus grand bien de l'homme ,

(1) Voyez surtout la lettre XL de la deuxième sërie.

INTRODOCTION- Vif

comme h ce trésor qui n*a riea à craindre ni i$ la nmiUe eu de$ voleur $ (1).

Jean Hue était de ces esprits plus contemplatifs que pratiques, qui, après avoir admis uneidée comme vnaie, ne connaissent, pour la produire, ni termes moyens, ni tempéraments, ^t ne s'embarrassent des consé** quences pas plus pour les autres que pour eax«mémes* L'inflexibilité du caractère égalait en lui la droiture du sens moral, et Ton peut dire qu'à tous égards, par le cœur comme par Tintelligence, Hus fut du nom* bre de ceux qui apparurent dans le monde comme prédestinés au martyre. Cependant il n'y courut point en sectaire frénétique ou en aveugle enthousiaste \ il était aussi loin de cet orgueil qui s'enivre de ses pro<« près conceptions que de ce fanatisme sombre qui fait que l'homme abrège volontairement sa vie par d'inutiles témérités à force de se représenter la mort comme désirable. Avant d'entrer dans une voie d'op^ position vis-k-vis de ses supérieurs, Jean Hus hésite, interroge et consulte. Frappé à Prague des censures ecclésiastiques, il ne sait s'il doit obéir et se taire ou continuer d'enseigner la parole, c Je brûle, dit^il, « d'un zèle ardent pour l'Evangile, et mon âme est « triste, car je ne sais que résoudre (2). » Plus tard, à Constance, condamné et prêt à mourir, il écrit : « Je « vous exhorte, au nom du Seigneur, à détester toute « erreur que vous pourriez reconnaître dans mes ou-

(1) Mat. VI, 20.

(2) Première série, lettre ni.

- via INTRODUCTION.

« vrageS) mais eo respectant eette yerîte que j*ai tou- « jours eue en vue : priez pour moi (1). » 11 se peint tout entier dans une lettre qu'il adresse à la même époque au prêtre Martin, son disciple, lettre admirable, modèle de prudence et de toutes les vertus chrétiennes. « Attache ton âme à la lecture de la Bible et « surtout du Nouveau -Testament ; ne crains pas de « mourir si tu veux vivre avec Christ, car il a dit lui- « même ; Ne craigneapas ceux qui tuent le corps^ maù « qui ne peuvent tuer l'âme. S'ils te recherchent à cause « de ton adhésion*à mes doctrines, réponds : Je crois « que mon maître a été un bon chrétien, et, en ce « qui touche ce qu'il a écrit et enseigné, je n'ai ni « tout lu, ni tout compris (2). » Hus n'est ni un homme superstitieux, ni un visionnaire ; il a eu des visions, cependant ^ il a reçu des avertissements en songe, et il a vu les faits accomplis (3) : mais il refuse d'ajouter foi à ses rêves, il n*ose s'assurer en lui-même et révoque en doute le témoignage de ses sens plutôt que de méconnaître l'autorité d'un seul précepte de son Dieu \ il rappelle cette parole : « Ne vous confiez pas uux songes^ » et, après avoir rapporté les siens à ses amis, il ajoute : «J'écris ceci, non que je m'estime un « prophète ou que je m'exalte moi-même, mais afln de c me dire que j'ai eu des tentations de corps et d'es- « prit et une grande crainte de transgresser les corn-*

(1) Deuxième série, lettre XLVIU.

(2) Lcllrc XXXVIII.

(3) Lettre XXXlil.

IKTRODUCTION. IX

a mandementis da Seigneur (1). » Ce qui domine en lui, c'est la résignation, la soumission la plus absolue à la volonté divine et Tardent désir de la connaître. « Priez, dit-il, instamment le Seigneur de m-accorder « son esprit, afin que je demeure dans la Térité, et < qu'il me délivre de tout mal ; si ma mort doit contri- « buer à sa glorification, priez pour qu'elle Tienne c promptement et pour qu*il me donne de supporter « tous mes maux avec constance. Mais s'il vaut mieux, à dans l'intérêt de mon salut, que je retourne parmi « vous, nous demanderons à Dieb que je revienne « sans tache de ce concile, c'est-à-dire que je ne re« « tranche rien de la vérité de l'Evangile de Christ, « afin que nous puissions reconnaître plus sûrement c sa lumière et laisser à nos frères un bel exemple à a suivre. »

Le sacrifice qu'il fait de sa vie est d'autant pins exemplaire qu'il lui a coûté davantage, sa mort est d'autant plus sublime qu'il en a senti d'avance toutes les angoisses \ c'est en Dieu qu'il s'assure contre elles. « Suppliez le Seigneur pour qu'il m'accorde l'assis^ « tance de son esprit, afin que je puisse. confesser « son nom jusqu'à la mort... J*aurai besoin de son « divin secours, bien que je sois certain qu'il ne per- « mettra pas que je sois éprouvé au delà de mes for- « ces (2). »

Jusqu'au dernier moment, sa confiance en Dieu ne

(1) Idem.

(2) Deuxième série, lettre XI.

X IMTIODUCTIOK*

Tabandonne pas. « Notre Sauveur, dit-il, a rappelé « Lazare à la vie le quatrième jour; il pourrait aussi c aisément m'arracher à la prisoa et à la mort, moi, <c infortuné, si c'était pour sa gloire, pour l'avantage « des fidèles et pour mon bien propre (l). » Et pourtant, dans les fers, dans Tattente du supplice, il se préoccupe des autres plus que de lui-même ; son âme douce» compatissante et pieuse, rayonne sur tout ce quiTentourcf^ il instruit ses gardiens, il les exhorte-, il songe avec attendrissement à ses disciples, aux fidèles de son église, à ses amis \ la vue de ses bienfaiteurs lui arrache des larmes ; il leur écrit : « Généreux sei* « gneurs , fidèles défenseurs de la vérité et mes con- « solateurs, vous que Dieu m'a envoyés comme mes « anges, je ne puis pleinement exprimer combien je « suis reconnaissant pour tant de constance et pour « toutes les charitables bontés que vous avez eues « pour moi, faible pécheur, mais serviteur en espé-< c rance de Notre-Seigneur Jésus-Christ (2). »

Sa pauvreté est grande^ il regrette de ne pouvoir s'acquitter envers ses amis qui l'ont aidé de leur argent; il leur lègue tout ce qu'il possède, et c'est peu. Pour le surplus de sa dette, il fait appel a ceux qui sont riches avec une confiance toute chrétienne, et il les conjure de l'acquitter envers ceux qui sont pauvres*, en échange des biens terrestres dont ils l'ont aidé, il leur promet des biens spirituels et impérissa-

(1) Deuxième série, lettre XLIII.

(2) Lettre XVIII.

»TRODI3GTIOt9. XI

ble9(l). Il donne dans chacune de ses paroles^ dans cbaqoe mot qui tombe de sa plume^ des signes de cette vertu si bien définie par i*apôtre, de cette charité douce, patiente, bienfaisante, et à laquelle rien n'est indifférent, parce que, en toutes choses, elle trouve k s'exercer utilement et à remplir un devoir. 11 sent redoubler, aux approches de la mort, son zèle ardent pour le salut de ses frères, de ses chers disciples, et il confond dans la même sollicitude tous ceux qui ont entendu sa parole: il ne fait aucune acception de personnes dans ses dernières exhortations. Prêt à paraître devant le Boi du ciel, lesrangsdela terre disparaissent à ses yeux, les distances s'effacent, et, pour lui, rame de Tobscur artisan est aussi précieuse que celle du monarque. La sienne conserve, au milieu des plus cruelles douleurs , un calme inaltérable, et se prête quelquefois encore aux épanchements d'une gaité douce et tranquille. En butte à tant d'outrages, il ne profère. ni menace, ni murmure^ il pardonne à ses ennemis, il adore et bénit la mnin du Dieu qui réprouve, et il voit dans ses rigueurs les marques de son amour (2). Peu avant sa mort, il écrit à ses amis : « Lorsque nous nous relrouverons dans Theureuse a éternité, vous saurez avec quelle clémence le Sei- « gneur duigne m'assister dans mes épreuves (3). » Tel Jean Hus nous apparaît dans les lettres si édifiantes dont nous donnons ici la traduction, et on ne peut

(I) Deuxième série, lettre XXV, (•i) Lellre XXX.

(3) LeUre XXXVI.

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