XII INTRODUCTION
les lire sans répéter avec Luther : « Si celni-la n^est « point un généreux et intrépide martyr et confesseur « de Christ, certes il sera difficile qu'aucun homme « soit sauvé (l). »
Nous avons pénétré de divers côtés dans cet esprit vraiment chrétien ; nous avons montré sous toutes ses faces celle àme si candide et si forte ^ il reste à assigner à Jean Hus sa place parmi les hommes qui ont agité le monde et à rechercher Tœuvre qui lui est personnelle , ce qu'il a laissé de durable après lui. Il faut pour cela se rendre compte d'un préjugé encore dominant à celte époque. Depuis des siècles, de fausses notions sur l'autorité du sens individuel, du jugement etde la conscience, s'élaient répandues et enracinées dans la chrétienté : on niait que riiomme soutenu de la grâce divine pût trouver en soi quelque secours; on croyait faire un acte méritoire de vertu chrétienne en ne cherchant aucune direclion dans le seas intérieur, en foulant aux pieds I:i raison ^ on adoptait une opinion , non parce qu'en soi-même on l'avait reconnue conforme à TEcriture ou à la vérité, mais parce qu'on la jugeait d'accord avec les décisions d'un grand docteur, d'un pape ou d'un concile, et parce qu'on la reirouvait dans Augustin , Origène ou Jérôme : la tradition était seule entendue *, on oubliait que les premiers chrétiens» i>ortis du milieu des Genlils oi| des Juifs, écoulaient
(I) rrtifacede Lullier, p. 12.
INTRODUCTION. Xlit
avant, tout leur conscience, en face des aulels du paganisn»eon du temple encore debout.de Jérusalem, et prenaientpour guide ce moniteur secret et inflexible. Des hommes éloquents, de grands espritsavaient, il est yrai, consalté leur sens individuel plutôt que la tradilion : Abeilard et Béranger, en France, avuient fait preuve d'indépendance et de hardiesse en proclamant leurs doctrines ; mais ils se troublèrent lorsqu'il fallut ]es défendre, leur front s'inclina et leur voix s'éteignit sous les menaces des papes et des conciles : en Italie, Arnaud de Bresse avait osé rompre ouvertement avec le pouvoir pontifical, mais la révolution dont il donna le signal fut plutôt civile que religieuse : en diverses contrées des sectaires nombreux, des populations entièress'étaientaffranchisdujoug-, mais ils s'appuyèrent de cette forceirrésistiblé que donnent la sympathie des masses et l'association avec tout un peuple, pour peu- 8er,pourcroireetpoursouffrir;rAngleterre enfin avait vu un puissant esprit, Wycliffe, nourri des Écritures, produire au jour un corps de doctrines d'où sortit plus lard le code de la réforme (i); mais Wyclifie échappa vivant au jugement solennel d'un concile œcuméni* que (2), et plusieurs doutent s'il fût sorti vainqueur de cette épreuve redoutable. Il était réservé à la petite ville de Constance de donner un spectacle que le monde n'avait pas vu depuis des siècles : là, un honi-
(t) Voyez les Réformateurs avant la réforme^ Inlrod. hislor , section V.
(2) "Wycliffe était mort depuis trente-cinq ans lorsque le concile de CoMStunce condamna sa mémoire et se$ œuvres.
XIV INTHODDCTION.
me seul, affaibli par une longue prison et par les maladies, isolé de quelques amis dispersés et tremblants, résista, fort de TËvangile et de sa conscience, à tout ce que l'autorité extérieure peut mettre en œuvre pour intimider et mattriser les ftmes; il ne fléchit paâ sous Teffort de toutes les puissances spirituelles con-^ jurées avec les temporelles^ Jean Hus enfin, par son exemple plus encore que par ses doctrines, rouvrit au monde chrétien une voie longtemps fermée *, et , s*il est permis de comparer le sacré au profane , il fit dans la sphère de la religion et de la morale ce que plus tard fit Colomb dans le monde extérieur et phy-^ sique; il découvrit un empire nouveau, ou, pour mieux dire, il retrouva un domaine oublié depuis des siè* des, celui de la conscience en matière de foi : l'examen était un champ interdit à tous-, Hus y revint, au milieu de sinistres clameurs, et le rouvrit aux éclats de la foudre et de la tempête. Il succomba, mais il importait de prouver que la conscience du chrétien est plus forte que tous les pouvoirs de la terre ; il fallait pour cela un de ces dévouements sublimes que la mort seule couronne ^ Jean Hus devait périr el sa mort fit sa victoire*
C'est par la force du caractère qu'il agit sur le monde , comme la plupart de ceux dont le passage y a laissé la plus durable empreinte ; il fut grand sar«> tout par le cœur , et quoiqu'il ait été par les qualités de Tesprit un des hommes les plus distingués de soa temps , sa grandeur fut plutôt morale qu'intellectuelle. Il n'a établi aucun système nouveau^ il n*a