LEHRE XXXI
A SES AMIS
Jean Hat rapparie «teo quels frémiMements et aveô qileUo rage
il fat accaeilli daos le concile.
Moi, maitre Jean Bus, en espérance serviteur de Jésus-Christ, comme je désire avec ardeur que les fidèles de Christ ne puissent, quand j'aurai cessé de vivre , trouver dans ma mort une occasion de scandale et voir en moi un hérétique obstiné , je prends à témoignage Jésus-Christ, pour la parole duquel j'ai voulu mourir, et je laisse par écrit le souvenir de ces choses aux amis de la vérité.
J*avais déclaré souvent^ soit en particulier, soit en public, dans le concile, que je consentirais à une enquête, et que je me soumettrais à l'instruction, à l'abjuration et à la peine s'il m'était démontré que j'avais pu écrire, enseigner ou répondre quelque chose de contraire à la vérité. Mais cinquante docteurs, qui se disaient députés par le concile, ayant été fréquemment repris par moi, et même en public, pour avoir faussement extrait des
(1) Hist, et Monum, Johann, Hus.^ Epist. XV.
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articles da mes œuvras, iU me refusèrent toute explication particulière, et ne voulurent point oonféreravee moi, disant : f^ous dei^^ vom €n remettre à la décision du çQncile, {It le concile se moquait lorsque dans Taudience publique je citais la parole de Christ et des saints docteurs ; tantôt il me reprochait de les entendre mal, et tantôt les docteurs m'insultaient (1). * • » ^^^ , . . « , . Un docteur anglais, qui m'avait déjà dit en particulier que WyclifTe avait voulu anéantir toute science, et avait rempli d'erreurs ses livres et sa logique, se mit à argumenter touchant la muUi^ plication du corps de Christ dans l'hostie j et comme ses raisons étaient faibles, on lui dit de se taire; alors il s'écria : « Cet homme trompe le concile ; ayez soin que le concile ne soit point induit en
(1) Jean Hus rappelle ici une diseaasion peu intellig[ible sur la communauté d'essence dans les personnes divines; nou3 la donnons en latin : Quidam aulem cardinalis supremus concilii et a concilio deputatus in publica audientia,accepta mea charta, dixit : Eece unus magister sacrai theologiae presentavit mihi argumeatum istud, dicatis ad ijlud. Erat autem argumentum de essentia communi, quam concessi esse in divinis. Postea ipso déficiente, quamvis reputaretur doctor theologiae valentissimus, dixi sibi de essentia comniuni creata, quœ est primum essecreatum compunicatum singulis creaturis : ex qua ipse volebat prbbare remanentiatn panis materialis, sed notabiliter ad metam nescientiœ argur menti reductus obmutuit.
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erreur comme il le fut par Bérenger. » Lorsqu'il se tut, un autre discuta bruyamment touchant l'essence créée et commune. Tous se récrièrent avec bruit. Je demandai alors qu'on voulût bien l'enteiidre, et je lui dis : < Vous argumentez bien ; je vous répondrai volontiers. 9 II faiblit de même, et il ajouta d'une voix sombre : Cet homme est hérétique. Les seigneurs WenceslasDuba,Jean de Chlum et Pierre-le-Notaire, vaillants champions et amis " de la vérité, savent quelles clameurs, quelles indignes railleries et quels blasphèmes s'élevèrent con* tre moi dans cette assemblée. Etourdi de tant de cris : «Je pensais, dis-je, qu'il y avait dans ce concile plus de décence, plus de piété, plus de discipline. » Tous écoutèrent alors, car l'empereur avait prescrit le silence.
Le cardinal qui présidait me dit : « Vous parliez plus humblement dans votre prison. » Je répondis : « Il est vrai, car alors personne ne vociférait contre moi, et maintenant ils vocifèrent tous. » Il ajouta : « Voulez-vous vous soumettre à l'enquête ? — J'y consens, répliquai-je, dans les limites que j'ai posées. — Tenez ceci pour résultat de l'enquête, reprit le cardinal^ que les docteurs ont déclaré que les articles extraits de vos livres sont des erreurs
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que vous devez effacer, en abjurant celles dont les témoins ont déposé . » L'empereur dit alors : « Cela sera bientôt mis par écrit pour vous, et vous répondrez. — Que cela soit fait dans la prochaine audience, » dit le cardinal; et la séance fut levée. Combien d'épreuves j'ai souffertes depuis. Dieu le sait(l)!
A SES AMIS
li se plaint de ce que l'emperenr Sigismond en ait usé avec lui moins prudemment que Ponce-Pilate avec Jésus-Cbrist.
Salut en Jésus-Christ. Ce que j'apprends de Pierre me fait plaisir : je ne conserve point ses lettres, mais je les détruis aussitôt. Que les sextîiins (3) ne me soient point envoyés : je crains le péril du messager et de quelques autres personnes. Je demande instamment encore, et au nom de Dieu, que tous nos seigneurs réunis sollicitent de
(1) Pour ic récit (lëtaillé de cette seconde niidirncc, voyez les Réformateurs avwU la réforme, t. U, I. iv, chap. 4.
(2) Hist, el Monum. Johann. Utts., Epist« XXXIV.
(3) Sexlerni, mouuuie du temps.
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l'empereur, pour moi, une dernière audience : car, puisqu'il m'a dit dans le concile qu'on m'y donnerait prochainement audience, afin que je réponde brièvement par écrit, ce sera une honte pour lui s'il viole cette parole qu'il m'a donnée. Mais je pense que sa parole, à cet égard, sera aussi stable et aussi ferme que celle du sauf-conduit.
Plusieurs m'ont averti en Bohême de me méfier de son sauf-conduit ; d'autres m'ont dit : Sigismond te livrera à tes ennemis ; le seigneur Mykest est de ce nombre. Duvoki m'a dit devant Jessenitz : Maître, tiens pour certain que tu seras condamné. Je présume qu'il a connu l'intention de l'empereur. Je pensais qu'il était versé dans la loi de Dieu et dans la vérité : je comprends maintenant que sa sagesse n'est pas grande. II m'a condamné avant mes ennemis. Que n'a-t-il fait comme Pilate, qui, après avoir entendu les accusateurs*, a dit : Je ne trouve aucun sujet de condamner cet homme. Si du moins il eût dit : Je lui ai donné un saufconduit ; ainsi donc, s'il ne veut pas se soumettre au jugement du concile, je le renverrai au roi de Bohême avec votre sentence et les témoignages à l'appui, afin qu'il soit jugé par ce prince et par son clergé.
Sigisfflond) en effet, m'a intimé, par Henri LefH et par d'autres, que son intention était de me faire obtenir audience autant quMl serait nécessaire, et qu'il était résolu à me sauver de tout mal si je ne me soumettais point au jugement*
A SBS AMIS.
l\ rappelle les visions effrayantes dont il fut diversement affecté, quoique l'événement ait confirmé la vérité de tous ses songes.
Le Seigneur soit avec vous! L'avertissement du Seîgneur est pour moi plus précieux que Tor et la topaze. J'espère donc dans la miséricorde de Jésus- Christ qu^ll me donnera son esprit afin que je demeure ferme dans la vérité. Priez le Seigneur, car l'esprit est prompt et la chair est faible. Que le Dieu tout-puissant soit la récompense de mes bienaimés seigneurs qui persévèrent dans la justice, d'un cœur constant, fervent et fidèle : Dieu leur accordera de connaître la vérité dans le royaume
(1) HiêL e< Montm, Johann. Hus., Epist. XXXUK
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de Bohême. Mais, afîn qu'ils s'y attachent, il est nécessaire qu'ils retournent en Bohéme,en oubliant la vaine gloire pour s*attacher au roi qui n'est ni mortel ni sujet à nos misères, mais au roi de gloire qui donne la vie éternelle.
Oh ! qu'il m'a été doux de toucher la main du seigneur Jean qui n'a point rougi de la tendre i moi malheureux, à moi hérétique, méprisé, enchaîné et hautement condamné de tous. Je ne m'entretiendrai plus beaucoup avec vous; saluez donc, lorsque vous les verrez, tous nos fidèles Bohémiens.
Paletz est venu me visiter dans ma prison, et il m'a abordé, dans ma profonde détresse, en me disant devant les commissaires que^ depuis la naissance du Christ, il ne s'est élevé aucun hérétique plus dangereux que WyclifTe et moi. Il a dit encore que tous ceux qui ont écouté mes prédications sont infectés de cette hérésie, qui consiste à dire que le pain matériel demeure dans le sacrement de l'autel. Paletz , ai-je répondu , que cette parole est cruelle! et combien tu pèches contre moi. Je vais mourir; peut-être en me levant je serai conduit au bûcher : quelle récompense te donnera-t-on en T^ohômeî J'aurais dû peut-être m'abstenir d'écrire
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ces choses , de crainte de paraître le haïr.
J*aî toujours eu présente cette parole : Ne i^ous confiez pas aux princes; et cette autre ; Que maudit soit celui qui se confie en l'homme et qui met son appui sur un bras de chair. Soyez prudents, pour Dieu; soit que vous demeuriez ici, soit que vous retourniez, ne portez point mes lettres sur vous; mais dispersez mes écrits entre tous nos amis.
Sachez que j'ai eu un grand combat à soutenir pour ne point admirer mes songes. J'ai rêvé l'évasion du pape avant qu'elle eût lieu ; et, après le récit de l'événement, j'ai entendu dans la nuit le seigneur Jean dire : Le pape vous reviendra. J'ai rêvé la captivité de maître Jérôme , mais non de quelle manière elle aurait lieu ; et aussi les diverses prisons où je serais conduit, telles qu'elles se sont ouvertes pour moi, mais sans aucun détail particulier... Une multitude de serpents m'ont apparu souvent roulés en cercle , la tête joignant la queue ; mais aucun n'a pu mordre. J'ai vu beaucoup de choses encore.
J'écris ceci, non que je m^estime un prophète ou que je m'exalte moi-même, mais afin de vous dire que j'ai eu des tentations de corps et d'esprit, et une grande crainte de transgresser les préceptes
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de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Je pense maintenant h cette parole de Jérôme, qui m'a dit : « Si je vais à Constance , je ne crois pas que j'en re* vienne. » Un bon cordonnier, André Polonus, m*a dit aussi en me faisant ses adieux : « Que Dieu soit avec vous ; c'est à peine si je puis espérer que vous reviendrez sain et sauf, très-cher mattre Jean, qui vous attachez avec tant de force à la vérité. Qtre le roi, non celui de Hongrie (I), mais que le roi des Cieux vous comble de tous ses biens pour la vérita*ble et excellente doctrine que j'ai apprise de vous. »