‹ Lettres de Jean Hus écrites durant son exil et dans sa prison avec uneChapitre 30 sur 46 · JEAN DE CHLUM A JEAN HUS · texte numérisé non relu

JEAN DE CHLUM A JEAN HUS

11 lui apprend en quels termes l'empereur s'est expliqué ayec les députés du concile touchant l'audience demandée. H l'informe ensuite de l'état et de la sauté de ses amis. .

Ami très -cher, sachez que l'empereur a conféré aujourd'hui avec les députés de toutes les nations du concile louchant vos affaires, et surtout touchant l'audience publique. Tous ont fini par lui répondre qu'il vous avait promis uneaudience,etvos amis insistent pour que vous soyez remis dans un lieu aéré, afin de vous recueillir et d'avoir quelque relâche.

Ainsi donc, au nom de Dieu et de votre salut, et dans l'intérêt de la vérité, ne vous écartez pas d'elle

(1) Luther n'a point traduit ces mots.

(2) UisU elMonum. Johann. IIus., Episl. XLVlï.

LETTHE XXVI. 141

pour aucune crainte de perdre cette vie misérable; car c'est pour votre plus grand bien que Dieu vous a visité par cette épreuve. Vos amis de Prague sont en bonne santé, et surtout le seigneur Schopek, qui se réjouit de ce que vous allez bientôt soutenir le combat souhaité pour. la vérité.

Mous vous prions instamment de consigner sur ce papier, en la motivant, votre pensée dernière touchant la communion du calice, afin d'en faire part en temps opportun à nos amis ; car il y a quelque partage entre les frères, et beaucoup sont troublés à ce sujet : ils en réfèrent à Vous et à quelques-uns do vos écrits.

Vos amis s'affligent de la réponse de votre geôlier, et surtout Jessenitz ; mais le passé ne peut être révoqué : ils louent entre eux et célèbrent hautement votre constance.

\\i DEUXIÈME série;

4 4BAN PE GULUM (2). <

Jean Hus répond séparément à tous les articles. Il rappelle en Claire le$ ve^atîQfis au](i|ueIl6sU es( fi\ buUe ^e U P^rt de plusieurs évoques au sujet d'une quantité de pièces d'or qu'ils croient en ea possession. <

Autant que je puis me souvenir, je ae sais rien de plus, et j*]gnQre à quelle fin Vâudienoe rpe sera donnée : j'ai protesté par écrit en présence des no^ tâires ; j'ai adressé aussi à tout le concile une supplique que j'ai montrée au patriarche et dans laquelle je demande qu'il me soit accordé de répondre séparément à chaque article, comme j'ai répondu en partioiilier et par écrit, (^'audience m^ ser^i peutêtre donnée pour répondre dans une forme scolastique, ou Dieu me l'accordera peut^trepnur que je fasse un sermon.

J'espère de la grâce de Dieu que je ne m'écarterai jamais de la vérité telle que je la connais. Priez donc qu'il me protège !

En ce qui touche la communion du calice, vous

(1) Ilist. et Monum, Johann. Bus., Epist. XLVIII.

(2) Oiuloit croire que cette lettre est une réponse à la prrcédeuU'y ù cause de ce qui est dit du sacremenl^ du calice.

LETTUK XX VIL î ÎS

possédez récrit où j'ai consigné mes raisons, et je ne puis rien dire déplus, si ce n'est que rÉvangilé et répitre de Paul prescrivent cette coutume , et qu'elle fut en vigueur dans la primitive Église, S'il est possible, iFaites en sorte que ceux qui de- ^manderont d*y participer par un motif religieux puissent l'obtenir (1) : ayez cependant égard aux , circonstances.

Que mes amis ne conçoivent point d^alarmes de mes réponses particulières : je ne vois point comment les choses auraient pu être autrement depuis que tout a été arrêté par le concile, avant même qne je Fusse mis en prièon. Dans un écrit publié par lei commis^res et qui m'a été lu , je suis appelé un hérésiarque et un séducteur du peuple. Mais j^espère que le§ choses que j'ai dites dans l'ombre seront plus tard prèchéesaugrand jour(2).

J'ai été ihterrogé, la veille du jour où j'ai vu Jean Barbât, touchant les quarante-sept articles : j'ai répondu comme dans ma protestation précédente. On m'a demandé, en prenant chaque article

(t) Sipoiesl fieri, alientelis ut sallempermillalur per buÙam HUs dariy qui ex devotione postulaverinl, U n'est pas aisé de dire ce quelius entendait par cette expression j^er bullam.

(2) Sed spero qnod qiiae dix! siib tccto praedicabuntur sub lec'.o.

144 DEUXIÈME SÉBIE.

séparément, si je voulais le défendre : j'ai répondu que je m'en référais à la décision du concile, ainsi que je l'avais fait d'abord, et j'ai dit sur chaque article comme précédemment : c II est véritable , mais dans tel sens. — Voulez-vous le défendre? m'ont-ils demandé. » J'ai répondu : « Non ; je m'en réfère a la décision du concile. »

Je prends Dieu à témoin que, dans ce moment, je n'ai rien vu de mieux à répondre , ayant écrit auparavant de ma propre main que je ne veux rien défendre avec opiniâtreté; mais je suis prêt à me laisser instruire. Ces questions m'ont été faites parce qu'on leur a dit que j'ai fait connaître à l'empereur que je veux défendre trois ou quatre articles. Sur cela ils m'ont demandé ce que j'a^ vais déclaré à l'empereur : j'ai répondu que je ne lui avais rien dit de la sorte (1). Michel Causis était là tenant un papier, et stimulant le patriarche pour me forcer à répondre à ses questions ; et, pendant ce temps, quelques évoques entrèrent. Michel a inventé quelque chose de nouveau. Dieu a permis que Paletz et lui s'élevassent contre moi pour mes péchés : le premier scrute mes lettres et mes écrits,

(0 Ji*aii Hu8 ajoiile : Sed sicut êcUis^ ele*^ « mais comme vous savrz, etc. » et ne termine point sa phrase.

LETTBB XXVII. . 145

et Palctz rapporte tous les entretiens que nous avons eus ensemble il y a beaucoup d'années.

Le patriarche a soutenu ouvertement que j'étais fort riche. Un archevêque m*a dit : « Vous avez 70,000 florins. » Michel m'a demandé devant tous : « Hé! qu'est devenue cette robe pleine de florins? Combien d'argent les barons de Bohème gardent* ils pour vous?...» Oh, certes, j'ai bien souffert aujourd'hui.

Un évéque m'a dit : « Vous avez établi une nouvelle loi; un autre : Vous avez prêché tous ces articles ; » et moi j'ai répondu assez vivement avec l'aide de Dieu en disant : « Pourquoi m'accablez* vous d'outrages ? »

Ne m'écrivez rien des témoins cités, car aucune démarche n'a été faite pour eux ni par eux-mêmes, ni par le roi , ni par les citoyens de Prague.

14^ DECXIÂVB SÉftIB.

LETTRE XXVIII (1j,

BUS HÈpÔND k PIERRE LE NOTAIRE, QUI L'EXHORTAIT A LA

CONStAllCB>

Celte lettre, dit Luther, est un bean témoignage à l'appni de cette )Hiro1« de l'apMre ^anl : « ta^miu fifn éti ptàfftkâiam VaffHc* tion^ et Dieu niotssonne en nowpar la tentation^ •

Salut en Jésus-Christ ! Je n'ose, moi en qui la ferveur et le courage sont inGniment moindres qu^en saint Pierre, dire témérairement avec lui , que /e ne serai jamais scandalisé en Christ , lors même que les autres le seraient. Jésus-Christ ne m'a ja^ mais expressément déclaré heureux comme Pierre et ne m'a point promis de si grands dons^ et je soutiens en même temps contre plusieurs une attaque plus forte et plus terrible; je dis cependant qu'ayant mis mon espérance en Jésus-Christ je veux adhérer jusqu'à la mort à la vérité, avec le secours des saints et avec le vôtre.

Si le seigneur Jean de Chlum supporte quelque perte à cause de moi , songe à la réparer, mon cher Pierre , lorsque tu seras de retour. Aie soin du maître de la monnaie^ et de sa femme qui se sont

(1) Hta(. 0( ilfontim. Johann^ Hus.^Ej^isU XXIX,

LETTAB XX VIII. 147

imprudemmeot engagés pour moi, el de tous nos autres amis connus du curé, mon disciple. Si quelque cheval me reste, il doit demeurer avec le chariot au seigneur Jean.

Quant à toi, si maître Martin ou maître Christian vivent, tu recevras d'eux une part des soixante-quatre ou des soixantes-dix gros, et je voudrais que cette part fût plus forte. Sache cependant que je ne prétends point récompenser par cet argent ton amour ardent et inébranlable pour la vérité , les services que tu m'as rendus et les consolations qne tu m'as prodiguées dans mes peines. Que Dieu soit ta grande récompense pour toutes ces choses, car je n'ai rien à t'offrir qui en soit digne. S'il m'était donné de vivre à Prague, je voudrais y partager tout avec toi comme avec un frère, et mon retour dans cette ville n'est pas impossible : je ne forme ce vœu, néanmoins, qu'autant qu'il serait d'accord avec la volonté du Seigneur, qui est dans le ciel. Je ne sais à qui remettre le viatique quej*ai encore et que j'avais légué à maître Martin. Dis* pose de mes livres selon ce que j'ai écrit à Martin, et reçois quelques-uns de ceux de Wycliife qui et seront agréables. Je suis (rès-alarmé pour nos

frères qui, je le crains, seront persécutés, à moins

148 DEUXIKMB SÂRIE.

que le Seigneur ne s'interpose pour eux, et j'ai peur qu'un grand nombre ne soient scandalisés.

Salue, je te prie, ayec une grande affection lès seigneurs bohémiens et polonais, et rends des actions de grâces, surtout aux seigneurs Wenceslas de Duba et Jean de Chlum, qui, je l'espère, seront pi'ésents à Taudience du concile.

Adieu en Jésus-Christ.

LETTRE XXIX [i].

il rappelle ce qui loi adYÎDt dans l'audience qoi lui fnl donnée quatre jours avant l'éclipsé de soleil (S!).

Le Seigneur m'a donné aujourd'hui un cœur fort et intrépide. Deux articles (3) sont effacés, et j'esp6re qu'un plus grand nombre le sera. Ils vocifé-

(t) Hist. et Uonum. Joann. Eus., Epist. XXXVI.

(2) CVst une erreur de Luther ; la première audience fui donmie la veiliede l'éclipsé, le 6 juin.

(3; De Tuctc accusateur.

LETTRB XXIX. 149

raient tous comme les Juifs contre Jésus. Ils n'en sont point encore venus au premier chef, savoir à l'aveu que tous les articles incriminés se trouvent dans mes écrits. Vous avez eu tort de présenter le traité contre un adversaire inconnu. Ne montrez, avec le traité de TÉglise, rien de plus que le traité contre Stanislas et contre Paletz.

Il est bon quMls aient désiré que mon livre leur fût rendu, car quelques-uns demandaient à grands cris qu'il fût brûlé^ et surtout Michel de Gausis, que j*ai entendu. Je n'ai pas songé que je n'avais pour amis, dans cette multitude de prêtres, que le frère et un docteur polonais que j'ai connus pour tels. J'ai rendu grâce à l'évéque Lytomissel , car il n'a dit que peu de mots(l).

Je vous suis reconnaissant de la manière dont vous avez rassemblé les articles ; il convient qu'ils soient publiés sous cette forme. Les présidents ont dit que j'avais publié ailleurs une autre définition de l'Église, et ils ont voulu la connaître.

Saluez les seigneurs fidèles et les amis de la vérité , et priez Dieu pour moi, car j'en ai besoin. Je pense qu'ils ne me pardonneront pas l'opinion

(t) Ces mots dans le texte sont : Atzo Huê io hie uUmiL

160 DBCXlilfB steiB.

que j'ai oitée de saint Aagt»tin touchant rÉglisa^ lee membres prédestinés , les élus et les mauvais évéques.

Oh ! qu'une audience me soit accordée, afin que je réponde aux arguments par lesquels ils atta«^ quent les arlicles de mes traités : beaucoup de ceux qui crient se tairaient* Mais que la volonté du Ciel soit faite !

A SES NOBLES BIENFAITEUB^

Cette lettre enseigne en qacM consisle l'épreuve des combats spirituels; elle montre combien est vrai ce que nous confessons dans le Symbole qu'il n'y a qu'une sainte Eglise unîYerseUe (t) et que les biens de cette Kglise sont communs à tous. L'homme est pour son semblable un ange et un Dieu dans les afflictions.

Je suis charmé que le traité contre un inconnu n'ait point été découvert, non plus que quelques autres.

J'ai pu, ces jours passés, nourrir mon âme de meilleures choses (3) que depuis la fôte de Pâques

(1) Hisî. elUonum. Johann. Hus^, Epist. XXXVII.

(2) Catholicam.

(3) De bonis pluê comedù Je n*ai pas cru qu*il fût possible d'entendre ces mots autrement qut d'une manière figurée.

UTTU XXZ« 151

jusqu'au dernier dimanehe. Je pensais qu^l y avait dans ce conoiia plus d'ordre et de déoenee. Que le seigneur Jean, mon ami, soit béni dans Téternité. J'apprendrais avec plaisir dans quel état se trouve Barbât^ qui a refusé de suivre le eonseil de ses amis. '

Depuis qu'ils ont mon livre, je no manque pas de cet écrit. Gardez avec soin la liste des premiers articles avec les preuves, et, si vous avez besoin de témoignages pour quelques articles, assignez des témoins. L'article le plus important est celuici ; Tquè ee quefoit f homme vertueux , il leJkU vertueusement.

Je souffre du mal de dents, et dans la chaleur j'ai été pris de vomissements de sang. Je souffrais aussi de la pierre et de maux de tète. Voilà les peines de mes péchés et les signes de l'amour de Dieu en moi. Depuis qu'ils ont condamné mes traités, je vous prie de supprimer la dernière lettre écrite ne bohémien, que j*ai envoyée aujourd'hui pour que le peuple de Dieu ne crût pas que tous mes livres sont condamnés , ainsi que je l'ai craint, d'après une lettre reçue hier.

U serait à désirer qu^aucune letlre écrite dans cette prison ne fût connue , car ce que Dieu fera

152 DEUXIÂMB SÉRIE.

de moi est encore fort incertain. Je crains que quelqu'une de mes lettres ne soit publiée par Ul* rie. Je vous en conjure donc, au nom de Dieu, veillez soigneusement^ur les lettres, sur vos paroles et sur vos actes. Oh ! quelles consolations j*ai eues en recevant vos lettres et en vous écrivant les miennes ! J'espère , avec la grâce de Dieu , que les hommes en retireront un jour quelque bien. Aussi longtemps que je vous saurai avec nos jeunes seigneurs à Constance, ce sera pour moi une consolation , lors même que je devrais déjà être conduit à la mort. Je tiens pour certain que Dieu vous a donnés à moi comme des anges pour m*affermir et me consoler, moi faible et misérable, au milieu de mes cruelles tentations. Ce qu'elles ont été, ce qu'elles sont et seront encore, le Die» tout-puissant le sait, lui qui a pitié de moi, lui qui est mon refuge, mon soutien et mon libérateur : c'est en lui que j'ai mis mon espérance.

Deux envoyés du concile m'ont demandé dans ma prison si je possédais plusieurs livres dont j'avais fait usage dans mes recherches. J'ai répondu que je les possédais. Ils m'ont demandé en quel lieu? En Bohême, ai*je dit? Ils se sont informés de moi si j'en avais ici. Je l'ai nié; et, en effet, je n'en ai pas,

quoique j'aie apporté précédemment le livre des Sentences, la Bible et d'autres ouvrages. J*ai appris d'eux que Jean, mon élève, s'était retiré, et ils m'ont dit : « N'avez-vous point d'autres conclusions à donner ? — Non ; ce que j'ai dit est la vérité. — Voulez-vous abjurer et révoquer? — Non, ai-je répondu ; mais venez au concile ; là vous m'entendrez ; je dois y paraître, et c'est à lui que je répondrai. Pourquoi me tentez-vous? Venezvous consoler un prisonnier ou ajouter à son affliction? » Alors, après avoir encore échangé quelques paroles, ils se sont retirés. Prenez garde aux livres, si vous en avez; pour moi, je l'ignore.

Dites à maître Jessenitz que le notaire a perGdement altéré mon témoignage touchant la glosé de la bulle, comme vous avez su que je l'ai dit hautement dans le concile.

1&4 OBDXIÈHB 8ÉBIB.

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