AUX FIDÈLES DB BOHÊME
Jean Hus écriTit cette lettre de sa propre raain dans la prison de Constance pour consoler le roi el le royaume de Bohème et les avertir de ne point abandonner la vraie doctrine évangélique, ni la chapelle de Bethléem, ni les fidèles docteurs de rEvangile, malgTré les fureurs de Satan et du monde, mais de vivre dans la piété et dans la Justice, chacun selon sa vocation.
Moi , Jean- Hus , en espérance serviteur de Dieu, je souhaite que tous les fidèles Bohémiens qui aiment le Seigneur vivent et meurent dans la grâce, et obtiennent enfin la vie éternelle.
Vous qui êtes élevés en dignité , vous riches et vous pauvres, vous tous qui êtes les fidèles et les aimés disciples du Seigneur, je vous conjure d'obéir à Dieu , de glorifier sa parole , et de vous élever vous-mêmes en Fécoutant; je vous conjure de vous attacher à cette divine parole , que j'ai prêchée d'après la loi et d'après les témoignages des saints; je vous conjure, si quelqu'un de vous, soit dans des assemblées publiques, soit dans des entretiens particuliers , a entendu de moi quelques paroles ou a lu quelque écrit qui fût contre la vé*
(I) Hiit. et Monum* Johann. Hu^., Epist. XL
1S6 DRUIIÈMB SÉRI8.
rite de Dieu , de ne point vous y attacher, quoique ma conscience ne me reproche ni d'avoir dit , ni d'avoir écrit rien de semblable ; Je vous conjure , en outre , si quelqu'un a remarqué quelque légèreté, soit dans mes discours, soit dans mes œuvres, de ne point m'îmiter en cela, mais de prier Dieu quMl me pardonne ma légèreté ; je vous conjure d'aimer les prêtres de honiim mœurs, et d'honorer de préférence ceux qui s'évertuent à répandre la parole de Dieu ; je vous conjure de vous garder des hommes' trompeurs , surtout des prêtres impies, dont le Seigneur a dit qu'élis sont au dehors revêtus de peaux de brebis, et qu'ils sont au dedans des loups dévorants; je conjure les puissants de traiter avec bonté leurs pauvres serviteurs, et de leur commander avec justice; je conjure les citoyens de garder une bonne conscience dans leur profession , les artisans de s^appliquer avec soin à leur industrie , et d'enliser avec la crainte de Dieu, et les serviteurs de servir fldèlement leurs maîtres; jeconjure les maîtres-ès-artsde vivre honnêtement, d'instruire fidèlement leurs élèves, de leur apprendre d'abord à craindre Dieu , ensuite à travailler pour la gloire de Dieu, pour îe bien de leur pays et pour leur propre salue, et de ne s'MUtofaer forte«
LfiTTRE xxxri. 167
ment à des règles honnêtes ni en vue dés richesses ni en vue des honneurs du monde; je coiyure les élèves de Técole publique et tous les écoliers d'o« béir à leurs maîtres dans les choses permises, et de travailler avec le plus grand zèle, aGn d'avancer un jour le règne de Dieu, leur salut et celui des autres hommes; je vous conjure tous de rendre des actions île grâce aux généreux seigneurs Wenceslas Duba, Jean de Cblum, Henri Plumlovic, Wylem Zagec, Nicolas^ et aux autres seigneurs bohémiens, moraves et polonais^ qui, zélés défenseurs de la vérité de Dieu, se sont opposés de toute leur force à ce concile en luttant pour ma^élivrance, et sur* tout Wenceslas Duba et Jean de Chlum. Ajoutez foi à tout ce qu'ils vous rapporteront, car ils étaient présents dans ce concile pendant les jours où j'ai répondu; ils savent quels Bohémiens se sont éle* vés contre moi; ils connaissent les indignités qui m'ont été imputées par eux ; ils savent comment l'assemblée entière vociférait contre moi, tandis que je répondais à toutes les questions qui m'étaient faites. Je vous conjure 'de prier pour le roi des Romains, et pour le vôtre, et pour la reine , afin que le Dieu de miséricorde soit avec eux e4 avec vous maintenant et à toujours^
168 DEUXIEMB SÉRIE.
Je VOUS écris celte lettre dans ma prison et de . mit main enchaînée , attendant après-demain ma sentence de mort , et ayant confiance entière en Dieu qu'il ne m'abandonnera pas, qu'il ne permettra pas que je renie sa parole ou que j'abjure des erreurs qui m'ont été méchamment attribuées par de faux témoins. Lorsque nous nous retrouverons dans l'heureuse éternité, vous saurez avec quelle clémence le Seigneur daigne m'assister dans mes cruelles épreuves. Je ne sais rien de Jérôme, mon fidèle ami, si ce n'est qu'il est détenu dans une dure prison, attendant la mort comme moi, à cause de cette foi qu'il faisait éclater si courageusement en Bohême. Mais les Bohémiens, nos plus cruels adversaires, nous ont livrés au pouvoir d'autres ennemis et à leurs chaînes. Priez Dieu pour eux. Je vous conjure surtout, habitants de Prague, d'aimer ma chapelle de Bethléem, de faire en sorte, si Dieu le permet , que sa parole y soit préchée. La fureur de Satan s'est acharnée contre ce lieu; voyant que la puissance des ténèbres y était aflPaiblie, il a excité le clergé paroissial contre ce temple; j'espère que Dieu le conservera, et que sa parole y sera prêchée avec plus de succès par d'autres qu'elle ne Ta été par moi , homme faible
iETTKB ïtirf. 169
et débile, le vous obi^re enfin de vota aimer les uns les autres^; de ne fermer à personne le chemin delà vérité divine, et de veillera ce que les bons ne soient point opprimés par la violence. Amen ! Lettre écrite dans la nuit du lundi avant là saint f^itusy et envoyée par un bon etjidèle Allemand.
AUX SBIGNEUBS BOHEMIENS A COBSTARCB.
Profession de foi authentique par laquelle Jean Hus déclare, t? eo Tassistance de Notre-Seigneur Jésus-Ciirisi, qu*il ne Teat point abjurer la Térité qu'il a reconnue, à moins d'être mieax instruit par les Ecritures.
Ma dernière et ferme volonté est que je refuse d'avouer pour erronés les articles qui ont été vérjrtablement extraits de mes œuvres, et que je refuse d'abjurer ceux qui m'ont été attribués par de faux témoins; car abjurer c'est avouer qu'on a tenu des erreurs, c'est s'en éloigner et adopter une opinion contraire. Dieu sait , en effet , que je n'ai jamais enseigné ces erreurs que m'imputent ceux qui ont retranché de mes œuvres beaucoup de vé-
(i) Ei$i. et JUonum, Johann, Hus*^ Epist. XX*
11$ ramtet 4ÉiiiB.
eMtriJre à U vérîtéi» je le eorpifBiiii» ^ Je 1# n»liMMriierMi ^ gnind eoNir 9 f ePi(Hfr«er4«ji #t je l^benû le eontraîre; imM) bieii qy'il fût oonsi- 4éfié eeiMia lOftiidiUwx et eri^otté imp €#4ix à qni
ii déplaît, je ne pense pas qu'il y ait un seul passage qui soit opposé à la l4M ^e Christ ou à la parole des saints docteurs.
Je déteste et-edadamne léntb interprétation fausse qui se trouverait contre mon intention dans mes articles^ me soumettant à la correction de
UQtr^ 4ivia Maitra , et me coafi^nt en m miséricorde îiiÈnîe, pour qtie im-mêœe daigne me laver des péchés que j'ignore (1). Je rends grâce à tous fai kmmm^ iMièiBe^iet smteat #u tm W««aeirias, 4l Ia mtiè , yna ^ffmcmm^ sotiv^rame , ptme qn^ m^mumimé^ fwee qn^ihi e&t pîeMeafêiit agi em-- ^F€m m(A , ^ fii'i1« #nt tra^f^aiiié 9vm «rdest à n^ ééMvraMe^, |e M&d« griicee asMi à l'wipi&fettr Sifwra^ttl , pour ses bonnes tmentionsa mon ^ard ; je retdfi gt^&ee aux s^gftewfs 4e #0iiéiiie et âe Peî&pEke , qm se sept iaeviCrés fermes {^h* défmidre ia vérité et %f4ser mes lîeii« ; je 4étiN le aeiut (je
(1) (^uod ab-0eeulti(S feee«|t«fii#it4pse4^€imii)4tvtt9
toiiâ^ iei-^ltM dans ta gr&ee, et ensuite àmu une glorieuse éternités
Que le Dteu 4e toute boi^té voiis ramène en Bohteie avee la saaté d« eoirpa et de Fàoie^ afin que^ aervajat en cette vie le Ghriat notre sonveraûi roi > vona arriviea à ta vie éternelle^
Voua salnerea tons mea amis, auxquels je ne puia éerire ; ai je saluais moi-môme les uns et point les autres, je paraîtrais faire aceeptiçn des peraonnea^ et ceux auxquels je n'écris pas penseraient que je ne garde point leur souvenir^ ou que je ne les aime point comma je dois les aimer,
JSoiù éhns la pmon et dans les chaînes ^ le sixième four want la fête de saint Jean-^BapUsie.
Jean Hus^ en espérance serviteur de Chi*ist.
mtft^f^^ÊimaÊim
LEHRE XXXVm (4).
A MAITBS MARTIK, SOU DISCIPLE.
Maître Martin, mon cher disciple, mon frère bien-aimé en Christ, vis selon la loi de Christ;
(tyaUi. •tJi^num. Jstaaa. 0ai.» Btwft. KXVUU
17S D£DXfâll8 8ÊRlri«
sois zél4 âans la prédicatioù de la parole àe Dieu. Je t'en conjure au nom du Seigneur, ne recherche point des vêtements somptueux, semblables à ceux que j'aimais, hélas, et que j'ai portés, négligeant de donner l'exemple de rhumilîté au peuple que j'in* struisais. Attache ton âme à la lecture de la Bible, et surtout à celle du Nouveau-Testament, et, dans les endroits obscurs, aie recours aux commenta* teurs autant qu'il sera en ton pouvoir de te faire.
Redoute l'entretien des femmes, et sois circonspect lorsque tu les écoules en confession, ide crainte que tu ne sois pris aux pièges de là convoitise; car j'eispëre que tu as gardé toute ta pu* reté et que tu appartiens tout entier à Dieu.
Ne crains pas de mourir si tu veux vivre avec Christ, car il a dit lui-même : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais qui ne peuvent tuer rame. S'ils te recherchent au sujet de ton adhésion à mes doctrines, réponds : Je crois que mon maître a été un bon chrétien, et, en ce qui touche ce qu'il a écrit et enseigné, je n'ai ni tout lu ni tout compris; je le dis comme je le pense. J'espère que la miséricorde de Dieu, avec l'aide des gens de bien, vous fera la grâce de vivre en paix, quoique Paletz travaille avec ses associés à faire cohdam-
LËTTRft XIXYIII. 173
ner tous mes adhérents. Hais sachez qu*il est vivant le Seigneur qui peut vous conserver tous dans sa grâce, et qui peut confondre et perdre tous les ennemis de sa parole.
Je te recommande mes très-chers frères; agis envers eux comme tu le sais. Tu salueras Pierre avec sa femme et ^a famille, et tous ceux qui appartiennent à Téglise de Bethléem , Catherine , cette sainte fille, et le curé Gnzikon, Maurice Hatzeret tous les amis de la vérité, Geskonisse, le seigneur Grégoire, tous les maîtres, Jessenitz, Kuba, les deux Simon, Nicolas Naulikon. Que tous ceux qui ont ou qui auront de mes livres soient prudents. Tu salueras aussi tous mes frères bienaimés en Christ, les docteurs, les écrivains, les cordonnier», les tailleurs, en leur recommandant d'être zélés pour la loi de Christ, d'avancer humblement dans la sagesse, et de ne point se servir de gloses qui leur soient propres^ mais de recourir à celles des saints. Tu diras à Henri Liffel de donner à récrivain Jacob la pièce d'argent qui lui a été promise.
Salue Matthieu, autrefois mon disciple à Bethléem, et surtout maître Matthieu Chudy et le fidèle Jean VitUs, afin qu'ils prient pour moi péchcuf«
174 DBUXliMB 9ABIB.
Di^XMe les âls de mon frère à ex^roer un né** tier, oar je craindrais, s'ils entraient dans une charge spirituelle^ qu'ils ne la remplissent pas comme ils. le devraient. Satisfais, autant qoe tu le pourras, ceux à qui je dois quelque chose; si cependant ils veulent remettre ces dettes pour IV mour du Seigneur, le Seigneur leur donnera des biens plus grands.
Garde en ta triémoire tout ce que tu m*as en^ tendu dire de bien, et si tu as reconnu en moi quelque chose qui ne fût pas selon Tordre^ déteste cela, et prie Dieu pour moi afln qu'il daigne me pardonner.
Médite sans cesse ce que tu es, ce que tiî as été, ce que tu seras. Déplore le passé, amende le présent, crains l'avenir, c'est-à-dire lé péché.
Que le Dieu de grâce te console ainsi que tous nos frères ci-dessus nommés, et qu'il vous conduise avec tous les autres dans sa gloire, en laquelle, je l'espère fermement de sa miséricorde; tous se réjouiront avant que trente ans soient écoulés.
Adieu, mon bien-aimé frère; démeure toujours en Christ-Jésus, toi et tous ceux qui aiment le nom de Notre-Seigneur.
Ecrit dam U prison U dimanche après la Smnê^ f^itus.
Jean ffus en espétxmce $er¥iieur de Dieu^
»— 4 m mi ■ m ^ m i
LETTRE XXXIX [h).
AU SEIGNEUR HAUIJILOll.
Hw riatlte à ne p«iiit l'oppoter à r«dnilniitnitfoii d« lanr d» JésuB-CbrUt aux laYcs soui Tespèce da Tin«
Prédicateur de la parole du Christ, mon trèscher frère, ne vous apposez point à l'administration du calice, sacrement institué par Jésus-Christ et par ses apôtres. Aucune parole de TÉcriture n'y est contraire, mais seulement l'usage^ et je pense que celui-ci ne s'est établi que par la négligence et l'oubli. Or, ce n'est point Tusage que nous devons suivre, mais c'est l'exemple de Christ. Le concile, alléguant la coutume, a condamné la communion du calice par les laïcs comme une erreur, et il a ordonné que quiconque la pratiquerait fût puni comme hérétique s'il ne venait à résipiscence.
(1) EUU €i Jfomiffi. JoAani»* Htii., Cpist. XVI.
176 DBDXlillB siRik.
Déjà donc la malice des hommes réprouve comme erronée une institution de Christ. Je vous conjure, par Tamour de Dieu, de ne point attaquer maître Jacobel, pour qu'il n'y ait point de scission entre les fidèles et que Satan n'ait point un nouveau sujet de joie. Préparez-vous plutôt, mon trèscher frère, à souffrir pour la communion du calice; déposez toute crainte indigne de vous et demeurez ferme dans la vérité de Christ, exhortant les autres frères par l'Evangile de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Je pense qu'ils vous donneront à l'appui de la communion du calice ce que j'ai écrit à Constance. Saluez les fidèles de Christ. Ecrit dans Usfen^ la veille du jour des dix mille.
▲ QUBLQCBS AMIS.
Belle Yicloire sur les portes de Tenfer, sur ceux qui , avec une ruse Inouïe e( sous de spécieux prétextes, sollicitaient Jean Hus à abjurer la vérité du Seigneur.
Une multitude de gens sont venus pour m'exhorter, et, parmi eux, beaucoup de docteurs et peu
(1) HM. et Monum. Johann. Htif.^ Epist. XXX.
LBTTRB XL. 177
de frères, comme dit FApôtre. Us m'ont prod^ué les conseils et les phrases; ils m'ont dit que je de* vais et que je pourrais abjurer mes scrupules en soumettant ma volonté à la sainte Eglise^ que le concile représente ; mais aucun d'eux n'échappe à la difBcuIté lorsque je le mets à ma place et lui de* mandes!, étant assuré de n'avoir jamais ni prêché, ni tenu, ni défendu l'hérésie, il pourrait, en sûreté de conscience, confesser formellement qu'il abjure une erreur qu'il n'a jamais soutenue.
Quelques-uns ont dit qu'il n'importe pas d'abju<rer, mais seulement de renoncer à l'hérésie tenue ou non tenue; d'autres prétendent qu'abjurer signifîe nier ce qui est attesté à tort ou à raison. Je jurerai bien , leur ai-je dit , que je n'ai jamais prêché , ni tenu , ni défendu les erreurs qu'on m'impute , et que je ne les prêcherai, ni ne les tiendrai, ni ne les défendrai jamais. Et lorsque je parle ainsi ils se retirent aussitôt.
D'autres soutiennent qu'en supposant qu'on trou' vât dans l'Église un homme véritablement innocent, et que cet homme s'avouât coupable par hu^ milité, il serait bien méritant : là-dessus quelqu'un cita , parmi les anciens Pères, un certain saint dans la lit duquel on avait misa la dérobée un livre dé*
17ê DBUllftMi S*ME.
fendit. iBterpenè et îACiilpé à ee ssfel, ee 9mùt nia h faute ; ses efiaernis répondirtiH : « To as caeM le Ihrre et tn Tas mis daaa ton Ht; » al ce Ibre yayant^d tfoavé, le saiat s'avoaa 0oii|iable.
Qaelqcree-^aas appâtent celle epinton de Fex^B* pYe d'une eeriaîne sainte qfut rivait dans an mo* nastère sons on habit d'homme. On raceosa d*a«* Yoir eo un entent d'mte leaioie. Elle ravona et garda Tenfant : son inaoeeiiee tni ensntteffecosniie avec son sexe. Beanconp d'autres moymis furent encore proposés.
Un Anglais me dit : « Si j^étais à votre (dace, en conscience j'abjurerais; car, en Angl^^re, tous les maîtres et tous les hommes eonsidéirés qui étaient soupçonnés d'adhérer aux opinions de Wycliffe ont été cités chacun à leur tour devant l'ar^ chevéque et ont abjuré. » Enfin^ hier ils sont demeurés d'accord pour m'engager & m'en remettre à la miséricorde du concile.
Paletz est venu à ma prière, car je voulais me confbsser ft lui : j'ai demandé ttux commissaires et i ceux qui m'exhortaient qu'ils me donnassent pour confesseur, soit lui, soit un autre. Et j'ai dit : « V^ lett est mon principal adversaire^ je veox me con^ fesser à lui , ou donaez^moi a sa place un homme
LETTBB XL. 179
qui soit en état (la m'entendre : je vous en conjure au nom du Seigneur. » Ce dernier vœu fut exaucée je me confessai à un moine qui m'^ pieusement et parfaitament écouté : il m'a absous, et m^a conseillé^ mais non enjoint, de suivre Ta vis des autres. Palelz est venu; il a pleuré avec moi lorsque je Tai prié de me pardonner d'avoir laissé échapper devant lui quelques paroles offensantes, et surtout de l'avoiF appelé faussaire en écritures. Et comme je lui rappelais que, dans Taudience publique, lorsqu'il m'entendit démentir les articles cités par les témoins, il s'était levé en disant : « Cet homme ne croit pas en Dieu ; > il le nia , mais certes il Ta dit, et peut-être Tavez-vous entendu. Je lui rappelai de quelle manière il m'a dit dans ma pri* son, en présence des commissaires : «Depuis la naissance du ChrHt, ftiiciin hérétique n'a écrit plus dangereusement que Wycliffe et toi. » Il a soutenu aussi que tous ceux qui ont entendu mes sermons MiU iafeetés d^ Yervmr ipmhmt le sacrement de ' rantel. Il Ta nié, ajoutant : « le n'm pas dit tous, mais un grand nombre. » Et cependant il est certain qu'rl a parlé a'msi. Et lorsque je Tai repris, en disant : « (Jh! maître Paletz, q«el tort tu me tstk .«i accusant ê^kévé»m vae^^iàêik^um l • il »n'a i^im ivé^
180 DEUXIËME séKiB.
pondu, et il m'exhortait comme les autres, disant toujours que par moi et par les miens beaucoup de mal avait été fait. Il m'a dit aussi qu'il possédait une lettre adressée aux Bohémiens, dans laquelle il est écrit qu'au château j'ai chanté des stances sur ma captivité. Au nom du Ciel , gardez soigneusement mes lettres; ne les donnez i porter à aucun clerc, et que nos seigneurs ne se confient qu'avec prudence à quelques séculiers. Apprenezmoi s'ils accompagneront l'empereur.
Jésus-Christ me conserve toujours inébranlable, par sa grâce, dans ma première résolution.
Jean HuSy en espérance serviteur de Dieu.
A JEAN CABDINAL.
ean Hns répond au Père, c'est-à-dire au cardinal (9), établissant clairement qu'il vaut mieux mourir pour la yérîté que s'en écarter, fût-ce de l'épaisseur d'un ongle, môme sous le faux prétexte du bien de T Eglise.
Que le Dieu tout-puissant et souverainement bon et sage daigne donner à mon Père la vie éternelle
(i) Biêi. et Manum. Johann. Hu$., Epist. XXXIX.
(2) Luther n cru à tort que la personne que Jean H us ne ddsigne
LETTRE ÏLL 181
à cause de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Révérend Père, je vous suis très-reconnaissant de votre intérêt bienveillant et paternel. Je n'ose me soumettre au concile dans les limites que vous me tracez 5 soit parce qu'il me faudrait condamner beaucoup de vérités qu'ils appellent frauduleuses, soit parce qu'il me faudrait tomber dans le parjure en abjurant, en confessant que j'ai tenu des erreurs par lesquelles j'ai fortement scandalisé le peuple de Dieu, qui ma entendu dire le contraire dans mes prédications.
Si donc, dans le livre des Machabées, il est écrit
ici que sous le nom du Père»,. de crainte do la compromettre, estait le cardinal d'Oslie. — J.Lonfant a parfaitement démontre' que celui a qui Jean Hus donne ce nom était un moine nommé Jean Cardinal. (Voyez VHisloire du concile de Constance^ liv. m.)
' Voici la formule de révocation qu'il invitait Jean Hns à signer, et que Luther a insérée daus le recueil des lettres de Jean Hus sous le numéro XXXVHI.
Moi, soussigné, outre la protestation que j'ai faite et que je répèle, je proteste encore que, quoique beaucoup de choses auxquelles je n*ai jamais songé me soient imj)ulées, néanmoins, pour toutes les choses dont on m*accuse, soit qu'on les ait tirées de mes livres ou obtenues de la déposition des témoins, je me soumets humblement à la miséricorde, au jugement, à Toxplication et à la correction du saint concile général, pour les abjurer, les révoquer, les rétracter; je subirai la pénitence et je ferai tout ce que le saint concile décidera dans sa miséricorde pour mon salut, m*en remettant à sa grâce et me recommandant à elle avec une entière discrétion.
iSi DEtlIÉMB SÉRIE*
d'Eléarar, homme de Tancienne loi, qu'il r6« fusa de mentir en avouant qu'il avait mangé des viandes prohibées par -la loi, de crainte d'agir ainsi contre Dieu, et de laisser un mauvais exemple à la postérité, comment. moi, prêtre de la loi nouvelle, quoique indigne, voudraia*je, par la ter^ reur d'une peine de courte durée, transgresser gravement la loi de Dieu en m'écartant de la vé^ rite, en me parjurant, etenGn en scandalisant moa prochain ?
En vérité , il m'est plus avantageux de mourir que de tomber dans les mains de Dieu en fuyant une peine momentanée, et peut-être ensuite de tomber dans le feu et dans l'opprobre éternel. Ainsi donc, puisque j'en ai appelé à Jésus- Christ, ail juge souverainement puissant et juste, en lui confiant ma cause, je m'en tiens à sa décision et à sa sentence sainte et sacrée, sachant qu'il jugera tous les hommes, non selon de faux témoignages ou selon les erreurs des conciles, mais selon Ici vérité et selon leurs mérites.
• LETTRB XLII. 183
lETTRE tLll (1).
IBAN GARBINAL. A JEAN HHS.
lié Vèré iniitte iiit le conseil qu'il à donné. « Qui que tn sols qui iiras cts pages, tois combien ce fanx titre de l'Ef Use lait illusion à Texcellent cardinal (2). *
En premier lieu , mon bien^aimé frère , ne yous laisses point troubler par la crainte de condamner des vérités ; car ce n'est point vous qui les condam* lierez, ce sont ceuit qui sont vos supérieurs et les nôtres. Méditez cette parole: Ne vous confiez pas en votre propre prudence. Il y a dans le concile beaucoup d'hommes sages et consciencieux : « Mon Jils^ écoute la loi de ta mère. % Voici mon premier point. *•
J'arrive au second, touchant le parjure : Ce parjure, même si c'en est un, ne retombera pas sur vous, mais sur ceux qui le prescrivent. L'hérésie cesse où cesse l'obstination. Augustin, Origènes^ le Maître des Sentences et beaucoup d'autres ont erré et sont revenus avec joie de leur erreur ; moi aussi j'ai cru souvent bien comprendre certaines
(1) Hiêt. et Manum. Johann. Hui., Epist. XU (3) Luther tombe encore ici dans la même erreur; voir la noU i 4e la page I89t
I8i DEUXIÈME SÉRIE.
choses dans lesquelles j'ai failli.. Mieux informé, je suis revenu avec empressement à une opinion différente.
J'écris en peu de mots, car j'écris à un homme intelligent. Ne vous écartez pas de la vérité, mais arrivez à la vérité; vous ne vous parjurerez pas, mais vous deviendrez meilleur. Ne scandalisez pas, mais édifiez. Le Juif Eléazar a obtenu une grande gloire,, mais Judas avec ses sept fils et les huit martyrs en ont obtenu encore davantage. Paul n'a point hésité à descendre dans la corbeille pour répandre une loi meilleure. Que Jésus-Christ, le juge de votre appel, vous accorde des apôtres comme ceux-là (I). Il vous est encore dû des combats pour la foi cle Jésus-Christ.
(1) Colle parole est cxlri^memenl obscure. On voit qu'elle a rapport à ce que Jean Hus avait dit qu*il en appelait à Jésus- Christ. Dans le droit on appelle apôlres des lettres dimissoires ue rappelant doit obtenir des juges dont il a appelé, parée que s*il ne les obtient au bout d'un certain délai il est censé renoncer à son appel et obligé de subir son premier jugement.
(Lenfant, Histoire du concile de Constance ^ 1. m, ch. 13.)
LETTRE XLIll. ]8ji
LETTRE XLIII (i).
A SES AMIS
Hus rappelle un autre combat de la chair et de l'esprit pour la confession de la yérilé, combat digne de parvenir à la connaissance des hommes pieux.
Salut par Jésus-Christ. Je vous invite pour Dieu à ne point montrer mes lettres et à ne les point publier, car je crains qu'elles ne mettent en péril plusieurs personnnes. Si Vitus demeure, qu'il soit prudent. Je me réjouis fort en apprenant que mon gracieux seigneur vient à moi. Notre Sauveur a rappelé Lazare à la vie le quatrième jour, et lorsqu'il sentait déjà; il a conservé Jonas dans le ventre du poisson et l'a rendu à la prédication ; il a tiré Daniel de la fosse aux lions pour qu'il écrivît ses prophéties ; il a préservé de la flamme les trois jeunes gens dans la fournaise, il a délivré Suzanne déjà condamnée et sur le point de périr.
C'est pourquoi il pourrait aussi aisément m'arracher à la prison et à la mort, moi, infortuné, si c'était pour la gloire, pour l'avantage des fidèle^
et pour mon bien propre, Elle n'est pas diminuée
(I) HMt 9l Monum JoUmn^ Uui, i Bplst. XXXili
186 BSuniMB siftiB.
la puissance de celai qui a tiré de prison, par son ange, Pierre condamné à moarir à Jérusalem, et qui a fait tomber les chaînes de ses mains. Hais que la volonté du Seigneur soit faite! qu'elle soit pleinement accomplie en moi pour sa gloire et pour mes péchés !
Un docteur m'a dit : < En toutes cboses je me soumettrais au concile : tout alors serait bon et légitime pour moi. > Il ajouta : « Si le concile diçait que TOUS n'avez qu'un œil quoique vous en ajez deux, encore faudrait-il dire que le concile n'a pas tort. » Quand le monde entier, répondis-je, affirmerait une telle chose, aussi longtemps que j'aurai l'usage de ma raison, je ne pourrais en convenir sans blesser ma conscience. Après d'autres discours il abandonna son argument et me dit : « J'avoue que j'ai mal choisi mon exemple. »
Le Seigneur est avec moi comme un vaillant guerrier, le Seigneur est ma lumière et mon salut : qui craindrais-je 7 Le Seigneur défend ma vie: qui me fera trembler ? Dans ces derniers temps je répète souvent cette antienne: Seigneur, je souffre la violence; répondez pour moi, car que dirai-je à mes ennemis?
Jean Hus^ setviiew en espérance de Jésu$*Chn$U
IBTTRB XUV. 187
LEnRE XLIV (1).
▲ UN ÀMI«
Admirable eonfession de Vinflrmité de la nature humaine. Celle-ci ne lutte pas ayec le mal seul, car la chair lutte perpétuellement contre l'esprit et n'est pas aisément ramenée sous son joug. «- Lis, lecteur, et réjouis-toi (2).
Salut, par Jësus-Ghrist ! Apprends, ami très^ cher, que PaleU , ea essayant de me persuader, m'a dit que je ne dois point craindre la honte d'une abjuration, mais seulement songer au bien qui s'en-< suivra. J'ai répondu : L'opprobre d'être condamné et brûlé est plus grand que celui d'abjurer sincè-* rament. Quelle honte craindrais-^j^e donc en abjurant? Mais dis-moi, Paletz, que ferais-tu si tu étais assuré qu^ des erreurs te sont imputées à tort? Youdrais-tu les abjurer? — Cela est dur en effet, dit-il, et il pleura. Nous avons ensuite parlé de beaucoup de choses que j'ai réfutées.
Miobel de Causis, ce malheureux homme, est Tenu quelquefois devant ma prison avec les dépu-
(t) H{$L et Monum. Johann, Eus, y Epist. XXX.
(2) Nous rappelons au lecteur que, les sommaires des lettres de Jean Hus étant écrits de la main de Lutber, nous n'y avons rien changé. •
188 D]$UXIÉM£ SÉRIE.
tés du concile, et, tandis que j'étais avec eux, il disait aux gardiens : Avec la grâce de Dieu nous brûlerons bientôt cet helvétique ^ pour qui f ai dé^ pensé beaucoup de florins. Sache cependant, mon ami, que je n'exprime point dans cette lettre un vœu de vengeance : je la laisse à Dieu et je le prie du fond du cœur pour cet homme.
Je vous exhorte encore tous à user de prudence avec mes lettres. Michel a prescrit que personne ne fût introduit dans ma prison, pas même les femmes de mes gardiens. grand Dieu! que l'Antéchrist étend loin sa puissance et sa cruauté! mais j'espère que' son règne sera abrégé et que son iniquité sera dévoilée au sein d'un peuple fidèle.
Le Dieu tout-puissant afiPermira les cœurs de ses fidèles, qu'il a destinés dès avant la formation du monde à la couronne de gloire immortelle. Que l'Antéchrist exerce à son gré sa fureur, il ne prévaudra point cependant contre Christ, qui le fera mourir, selon la parole de l'apôtre, au seul souffle de sa bouche ; et la créature alqrs sera délivrée de la. servitude de toute corruption, et revêtira, dit l'apôtre, la glorieuse liberté di9$ fils de Pieu !,.,,..
Je suis grandement consolé par cette parole de notre Sauveur ; « Vous serez beureujt lorsque le»
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hornmed vous haïront, lorsqu'ils vous repousseront, qu'ils vous chargeront d'opprobres, et qu'ils vous diffameront à cause du Fils de l'homme. Réjouissez-vous alors et tressaillez de joie , car votre récompense sera grande dans lescieux (Luc, VI). » Admirable consolation, difficile toutefois , non à comprendre, mais à bien recevoir; car elle invite à se réjouir dans les afflictions.
Saint Jacques observait cette règle avec les autres apôtres. « Regardez, dit-il , comme un grand bien les tentations dans lesquelles vous tomberez , car l'épreuve de votre foi produit la patience; mais la patience produit l'œuvre parfaite. » (Saint Jacques, ch. I.) Certes, il est malaisé de se réjouir ainsi d'un cœur inébranlable, et de regarder toutes les épreuves comme des sujets de joie : il est aisé de le dire, mais il est difficile de le faire.
Celui qui fut le plus patient et le plus intrépide, sachant qu'il ressusciterait le troisième jour, qu'il -vaincrait ses ennemis par sa mort , et rachèterait de la condamnation ses élus, a cependant été troublé en esprit après la Cène , et il a dit : « Mon âme est triste jusquà la mort. » L*Evangile nous apprend qu'il trembla, qu'il gémit, qu'un ange le fortifia dans son agonie et. qu'une .sueur sanglante
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décoola de soti corps, Hais^ dans ses angoisses , il a dit à ses disciples : « Que çoire cœur ne se tmtk^ blé point ^ qu*il ne redoute point la cmauié des mé* phants i car je serai éternellemeni ai^eé i^us , afin
que t>ous Ia surmontiez. » Et ses vaillants soldats^ les yeux fixés sur leur obef, sur le roi de gloire, ont livré un grand combat ; ils ont passé à travers Teau et le feu et ont été sauvée, et ils ont reçu du Seigneur cette couronne dont parle saint Jacques, en disant : < Heureux f homme qui souffre des ten-» tationS} cur^ lorsquUl aura été éproux^éy il reeeçm là eùutonne de ne que le Seigneur a promise à ceux qui t aiment. » Glorieuse couronne que le Seigneur m'accordera, je Tespère fermement, et à vous aussi, fervents défenseurs de la vérité, et à tous ceux qui persévèrent dans Tamour de-Motre^Seigneur Je* sus-Christ, qui a souffert pour nous, nous laissant $on exemple , aûn que nous suivions ses traces. Il était nécessaire qu'il sôuffrtt, comme il le dit lui» même , et il faut que nous , qui sommes ses mem« bres, nous souffrions avec celui qui est notre tète) car il a dit : t Si quelqu'un iwut venir ai^ec moi^ quil se renonce lui-^méme^ quil prenne sa croix et me suisse. % divin Jésus , attire^nous aprè| toi , faibles que nous SQmmes \ car si tu ne nous
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attires, nous ne pourrons te suivre* Fortifie mon esprit, afin qu'il soit fort et résolu. La chair est faible , mais que ta grâce nous prévienne, nous assiste et nous sauve ! Car sans toi nous ne pouvons rien , et sommes surtout incapables d'affronter à cause de toi une mort cruelle.
Donne*nous un esprit résolu, un cœur intrépide, une foi pure , une espérance vive, une charité par* faite , afin que nous exposions pour toi notre vie avec patience et avec joie. Amen.
Écrit en prison , dans les fers, la veille du jour de la Saint-Jean-Baptiste, qu^ a été décapité pour s'être élevé contre la corruption des méchants. Puisse*t'il prier pour nous Jésus notre Seigneur (
Jean Hus^ en espérance seivUeur de Jésus-'Chrisl,