SÛR LES OEUVRES DE JEAN HUS
Les écrits de Jean Hus qui nous ont été conser- Yés peuvent se classer sous quatre tiires principaux : ses lettres^ ses irwaux et ses commentaires sur les Ecritures^ ses sermons^ et enfin ses imités de morale et de théologie.
Ses lettres ont été données dans ce volume.
Ses travaux particuliers sur les Ecritures sont :
1^ Une histoire de la vie de Jésus-Christ d'après les quatre Evangiles ;
T L'histoire de la Passion du Seigneur, recueillie d'après les quatre Evangiles, et augmentée des commentaires et des gloses des plus célèbres docleurs ;
3^ L'explication des sept premiers chapitres de ta première épltre de saint Paul aux Corinthiens;
4° Commentaires sur les sept épttres canoniques des apôtres saint Jacques, saint Pierre, saint Jean et saint Judo ;
5^ Développements et explications des psaumes 109, 110, 111, 112, 113, 114, 115, 116, 117 et 118.
Tous ces écrits révèlent dans leur auteur une i?cience profonde des livres sacrés et des œuvres des Pères, ainsi qu'un grand zèle pour mettre en lumière les Ecritures et pour en tirer de salutaires instructions. Ils annoncent, en outre, une indépendance de vues qui dut faire ombrage au clergé. C'est ainsi qu'en classant les épitres des apôtres Hus nomme d'abord celle de saint Jacques, qui présida, dit-^il, au concile de Jérusalem. Il assigne le premier rang à cette épitre à cause de la dignité supérieure dont cet apôtre est revêtu auK yeux des chrétiens à trois titres différents : « D'a- .bord comme s'adressant particulièrement aux juifs convertis, qui étaient supérieurs aux païens ; puis en considération de son mérite personnel : car, bien que Pierre fût le premier des apôtres, cependant la prédication évangéliqiie remonte. à saint Jacques ; enfln, à cause de la dignité du lieu où il siégeait, et qui était Jérusalem, d'où sortit d'abord la prédication de la parole (1). »
(1) HUU 9i Monum. Johann, Buê.fU II» p« 176*
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Ces travaux divers et considérables de Jean Hus sur les Ecritures sont d'ailleurs, comme la plupart des écrits théologiques de Tépoque, prolixes et diffus. L'auteur subdivise sa matière à Tinfini, il se répète i satiété , et ses commentaires présentent en général, et surtout pour les psaumes, des explications subtiles et des interprétations quelquefois puériles et souvent forcées , afin de découvrir, sous chaque mot des livres sacrés de Tancienne alliance, le type des paroles du Sauveur dans la nouvelle.
Les discours et sermons de Jean Hus, qui ont été recueillis dans ses œuvres, sont au nombre de quarante, parmi lesquels plusieurs ont été prononcés avant sa rupture avec ses supérieurs ecclésiastiques et son interdiction. On reconnaît déjà dans ceux-ci ce zèle ardent et pur pour la morale, cette horreur pour les vices des gens d'église, dont il fut animé en toute circonstance , manifestation noble et téméraire dans un siècle où le clergé était aussi puissant qu'il était corrompu, et qui accumula sur la tète de Jean Hus de si implacables ressentiments.
Dans quelques sermons prononcés plus tard, et lorsque déjà il était en butte aux attaques de ses
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adversaires , H s'exprime ouvertement contre les abus nés de beaucoup de croyances de TEglise romaine* Il bl&me avec force le faste et Tostentation déployés dans les fêtes en l'honneur des saints^ il réprouve les menteuses flatteries des éloges funèbres et le profit qui en revient aux prêtres. Il rappelle ce vers :
Demorbo inedicus gaudét, de morte sacerdos (1).
Et il ajoute : «Que sert la multiplication des vigiles dans la maison d'un riche défunt, sinon à de vaines louanges 7 On ne se soucie guère de chanter les psaumes de part et d'autre, ni celui qui donne le salaire, ni le salarié. Que sert ce pompeux cortège de riches au convoi d'un mort? Pourquoi tant de prêtres sont-ils mollement et agréablement assis sur des coussins autour d'un cercueil, tandis que toi, ô Christ l tu étais debout, tu pleurais au tombeau de Lazare et tu invoquais humblement ton Père? Nous cependant nous ne pleurons pas, nous nous réjouissons; nous ne poussons pas de pieux gémissements, mais de vaines clameurs (2). » Jean Hus croyait le purgatoire ; cependant il ne
(1) Le médecin se réjouit de la maladie et le prêtre de la mort.
(2) HiiU et Monum. Johann. Hus. Sermo habitus Prag» ia syiiodo ad elerum, t. Il, p. 77.
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donnait que très-peu de confiance à refflcaeîté des prières des vîvants pour les morts, et dans le sermon déjà cité il appuie son opinion sur ce point • du silence de l'Ecriture. « Il n'en est parlé, dîlril, que dans le lU^redes Macchabées^ qui n'est pas raïs par les Juifs dans le canon de l'Ancten-Testament; nî les prophètes, ni lésus-Cbrîst, ni les apôtres , ni les saint» qui ont suivi leurs traces n'ont eosei* gné explicitement de prier pour les morts; mais ils ont publiquement enseigné que celui qui vivrait sans crime serait saint. Pour moi, je pense que Tintroduçtion de cette coutume a eu pour première cause l^avarice des prêtres, qui, peu jaloux d'enseigner aux hommes à bien vivre, à l'exemple des prophètes, du Christ et des apôtres, les exhortent avec grand soin à faire de riches offrandes dans Tespérance de la béatitude céleste et d'une prompte délivrance du purgatoire (1). »
Les neuf premiers sermons recueillis dans les œuvres de Jean Hus (2) ont été prêches par lui à Prague à diverses époques. On trouve à leur suite vingt-huit discours ou allocutions relatives à T^/ztechiisty dans lequel il désigne ouvertement le
(2) J2ÛI. tfl Jf oniiin. Joham. Hui.y 1. 11. |
pape, et où sont reproduits la plupart des arguments du traité dé Vanatomie des membres de Can-techrist.
Les deux derniers sermons de Jean Hus sont ceux qu'il composa en arrivant à Constance,' l'un sur la foi ^ Tautre sur la paix. Ils annoncent le désir d'une réconciliation que ses ennemis repoussaient, et il ne lui fut pas permis de les prononcer.
Les traités moraux et théologiques forment la quatrième partie des œuvres de Jean Hus, et la plus importante, car ce sont eux surtout qui font connaître ses doctrines et qui ont fourni des arguments et des armes contre lui à ses ennemis et à ses juges (1).
Les principaux de ces traités sont : le Traité de rEglise^ lu publiquement dans la ville de Prague, la Réfutation de la bulle de Jean XXI 11^ touchant les indulgences pour la première croisade (2), la Réponse à Etienne PaletZy la Réponse à Stanislas ZnoïmUy la Réfutation de V écrit des huit docteurs de Prague^ le Livide de V Antéchrist et le Traité de V abomination des prêtres et des moines.
(1 ) Pour la liste complète des traités de Jean Hus voir la Note B. (2) Pour cet écrit célèbre, voyez U$ Réformateurs avant la réforme, t. I«if, 1. 1.
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