‹ Lettres de Jean Hus écrites durant son exil et dans sa prison avec uneChapitre 40 sur 46 · SUR LB8 OBOVRIQS DE JEAN HUS · texte numérisé non relu

SUR LB8 OBOVRIQS DE JEAN HUS

Toutes les doctrines et les opinions particulières de Jean Hus se trouvent dans son célèbre Traité de l'Église et dans ses Réponses à Paletz^ à Ston nislas de Znoîma et aux huit docteurs. On reconnaît, en les lisant, que, sur un grand nombre de points qui ont séparé un siècle plus tard Téglise réformée de TÉglise catholique romaine, Hus partageait l'opinion de celle-ci, on du moins ne croyait pas qu'il lui fût permis de la combattre; il l'attaquait donc dans ses abus beaucoup plus que dans ses erreufs.

L'horreur qu'il éprouvait à la vue du mal, et surtout du mal commis par les hommes qui doivent donner aux autres l'exemple de toutes les vertus, l'entraîna souvent trop loin ; la colère mêla ses emportements à ceux de l'indignation, et dans quelques traités, dans ceux entre autres de tj^ntechrist et de Y Abomination des prêtres et des moines^ il s'égara jusqu'à proférer l'invective en termes injurieux et offensants. Cependant on serait mal fondé à y voir une excuse pour ceux qui l'ont condamné, car ces traités furent ignorés d'eux et rendus publics seulement après sa mort. D'ailleurs les expressions qu'on y blâme appartiennent moins à Jean Uus qu'à son siècle ; on les retrouve

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dans les écrits des dcM3teurs et des prêtres ortho* doxes les plus céièbres, et il semble que, pour hasarder un langage dont nos oreilles dëiicates s'étonnent, Jean Hus se soit surtout appuyé de Tautoritë du prophète Ezéchiel, dont il s'inspirait souvent.

Parmi les doolrines signalées comme hérétiques dans les œuvres de Hus sont celles de la prédesdestination et de V élection. On a vu une hérésie dans cette définition que Hus donne de l'Église ca-* tholique universelle : « Cette Église , dît-îl , est rassemblée de tous les prédestinés ^ présents ^passés et futurs^ y compris les anges (1). Et plus loin il ajoute : « Aucun lien particulier^ aucune élection humaine ne rend memh^ de t Eglise Unii^erÈelley mais seulement la prédestination divine} cette pré^ destination est , sefon Augustin , téleetion par la grâce de la volonté divine , ou la prépartHion à la grâce dans ta vie présent et à la gloire dans la vie future (2).

A ces divers passages on a opposé la nécessité des sacrements pour le salut , et l'on en a conclu que celui qui admettait la prédestination ou la cam-

{\)DeEçeU$.

(*i) Ibidem,

017R LES OBUVWS M JBAN HUf# 227

iBQQion aTec FÉglise intisible, le salut gratsh par réleetîon et la grâce , ne pouvait aceordeic aucune efBcacité aux sacrements , à la communion da^l'Ë^ glise extérieure el visible (1). Hus cependant ne conteste nulle part la vertu des sacrmients} loin de là, îl m recomoÉande fré(}uems}ent Tusage* Cette deetrine de la pt^desUnation et de Véleciion a sduvidï partagé PËgltse catholique : elle a été aoutenué dans tous les siècles par qurtque^-uns de ses plus illustre» membre } elle a eu pour inter-i» prêtes saint Augustin et Gerson (2). Les opinions les plus hardies dé J. Hus ont trouvé presque foutes des partisans dans les hommes que Rome vénèfe eottine de saints et savants docteurs ; mais il se séparait d'elle sur deux points principaux : i ses yeuXf comme aux yeux de Wyeliffe , Tautorite de TEglise n'était la règle de la foi et de la vie qu'autant que l'Eglise, dans ses décisions, était d'aceord avec l'Ecriture; et le prêtre, quelle que fût sa dignité extérieure, n'était devant Dieu prôtre, évéque ou pape, et représentant de Jésus- Christ , qu'autant que, dans sa vie privée, il prenait

(!) UlnimHussitloclruiafucrilherelica. Disserf , hist. dogmat, Cappeiiberg.

(2) Grrs. oper., de Consolai, Theotog.y U t, \u 137 el suiv.

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l'exemple du Sauveur pour modèle et pour guide. Ces deux points capitaux, sur lesquels repose toute la doctrine de Wycliffe, sont la véritable base de toute église chrétienne dissidente. Hus, comme nous l'avons dit dans un précédent ouvrage, les admettait sans en calculer teute la portée, sans bien comprendre qu'ils ouvraient un abîme entre lui et l'Église dont il se disait et se croyait membre. Son opinion à ce sujet ressort avec force de toutes les parties des traités ci-dessus nommés; ses adversaires mêmes sont, contraints de reconnaître qu'il la puisait dans l'inébranlable conviction que la morale et la religion sont inséparables, et que ceux qui ont caractère pour représenter Jésus sur la terre ne sauraient vouloir et prescrire autrement que n'a voulu et ordonné Dieu lui-même.

Sur ces deux points donc il franchit les limites de l'Eglise romaine , et il provoque ouvertement le reproche que lui adresse un des écrivains catholiques qui l'ont jugé avec le plus d'impartialité, et qui a dit : « Il est grandement à déplorer qu'un « tel homme ait subi un sort si affreux et une mort « si amère, lui qui fut enflammé d'un grand amour « pour Christ et pour sa doctrine , lui qui brilla

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« par rintégrité de la vie, par la sificérité du « cœur, par Tardente chaleur de l'esprit , par l'éa loquence et par d'autres dons excellents, à un « si haut degré qu'il eût été un réformateur il- « lustre si, à l'exemple de quelquis hommes trèsoc éminents, de Gerson, d'Âîlly ou Clémangis, il « eût employé ses talents de tout s<m pouvoir a « l'œuvre de la réforme dans l'Eglist même, et « non hors de son sein (1). »

La ineilleure réfutation de ce reproche est la vie de Jean Hus et l'histoire de son temps. L'une et l'autre font le sujet de l'ouvragé que celui-ci complète, et auquel j'ai dû souvent renvoyer le lecteur (2). On y verra que la réforme des abus, pour être efficace et sérieuse , ne pouvait être accomplie par ceux qui avaient intérêt à les perpé*

(1) Maxime quidem dolendum esse ingénue couGtemur quod tristissiniam sorïeni necemque acerbissimam vir ille perpessus est, qui roagno exarsit Christi reique christiaoae araore, vitae integritale, voluntalc sinccra, maxiino animi ardore, praestantissimaconcionandi facultate aliisque virtutibus mire excelluit, ita ut leformalor exstitisset egregius si cum œqualibus viris prae- Glarissimis,Gersouio, Pelro abAlliaco, Nicolao Clemangis ea qua potuit ac drbuit ratione intra, non extra Eccicsiœ fines, refor* mands^Ecclcsiie operam novasset. DUserl, hisL dogmal. Cappeuberg.

(2) Lts Réformateurs avant la réforme.

SSO ahalysb

tser, et qoe la corruption de l'Eglise extértettra et visible était alors si profonde que pour la ré-* former il fallait en sortir.

De lous les traités de Jean Hus, celui de CEglige est le prus complet et le plus célèbre : rtous en donoons ici une analyse^ et nous terminerons par elle cet ouvragé.

ANALYSE DU TRArTÉ M L'É6USI.

Jean Hus définit l'Église universelle par rassemblée de tous les prédestinés, passés, présents et futurs, y compris losanges. «L'Église, dit-il, est la plus excellente créature de Dieu; nous ne devons donc pas croire en TÉglise, parce qu'elle n'est pas Dieu ; mais il faut croire qu'il y a une sainte Église universelle, dont Jésus-Christ est le seul ehef. L'Église entière et toutes ses parties doivent honorer Dieu 'y mais elle ne doit point vouloir que le culte divin soit rendu à elle-même (t). »

• Les réprouvés, dit Hus, ne sont pas membres de l'Église. Il peut arriver qu'on soit dans l'É^ glise sans être de l'Église ; tels peuvent être le pape,

(t) Tota Ecclcsia etqua)libet ejus pars de bel Deuiii colère, et nec ipsa, iicc rjns pars vull coli pro Deo. De Ecdes.y J. /it«, Uisl, cl HJonum.y t. K'^p.'iH.

DU TIAITÉ M L*É6USE. 231

1m évAqoes, les prêtre», le clergé, quoiqu'ils se disent l'Église par excellence, parce qu'il est possible qu'ils soient réprouvés: de même on peut appartenir a rÉglise sans être extérieurement dans r Église, comme ceux qui commencent à se convertir à la foi. »

Hus examine ensuite le célèbre passage de saint Matthieu : Tu es Pierre^ et sur cette pien^e fétu^ hUrai mon Eglise^ et les portes de t enfer ne pré'iHtudront point contre eUe^ et Je te donnerai les clefs du royaume des cieux^ etc. (Matth., XVI^ t8, 19.) Il y considère quatre choses : PÉgUse^ ^/oi^ son fondement^ sa puissance; et d'abord il examine si rÉglise romaine est TÉglise universelle, comme Taffirme le droit eanon, ou le pape est nommé le chef et les cardinaux le corps de P Eglise. Il nie qu^il en soit ainsi, par la raison que le pape et les cardinaux ne formeoit pas toute l'assemblée des prédesUfiés. Tu es Pierre j et sur cette pierre féta^ bliraimon Église^ signiBe, selon Hus : Tu es le confesseur de la vraie pierre, qui est le Christ, et c^est sur ce rocher que tu as confessé, c'est-à-dire sur moi-même, que j'édifierai mon Église, par la foi et par la grâce : mais cette Église ne consiste pas dans les hommes constitués en puissance et eu di-

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