A M. LE DIRECTEUR DU CHARENTAIS
Monsieur, En mettant en ordre les archives de l'hospice d'Angoulême, j'ay eu la bonne fortune de découvrir hier une page inédite de Balzac entièrement autographe, datée et signée de sa main un peu moins de quatre mois avant sa mort. J'ay pensé que vos lecteurs auraient, comme moi, grand plaisir à la lire, et je m'empresse de leur en offrir la primeur. Le grand épislolier vivait alors dans une profonde retraite, dans la modeste cellule qu'il s'était fait bâtir au couvent des RR. PP. Capucins de notre ville, et où, méditant avec passion les saintes Ecritures, il apprenait et se préparait à bien mourir. Il nous semble qu'il a rarement rencontré des accents plus touchants, des pensées plus délicates. La reconnaissance qu'il témoigne à Mme de
1 Ces observations, quelque peu modi- rage à part, qui a paru, en 1871, sous ce
liées, et le document qu'elles annoncent, titre : Le Testament de Bahac, publié pour In
ont été réimprimés , la même année, dans première fois a"ec un fac-similé (Angoulême ,
le Bulletin de la Société archéologique et Iris- Goumard, in-8'). torique de la Charente. Il en a été fait un ti-
CampaignoUes1, sa sœur, pour les soins attentifs qu'elle lui avait prodigués pendant sa maladie, et l'expression des sentiments chrétiens qui 1 animent, sortent avec effusion d'un cœur sincèrement ému. et l'appellent sans désavantage les passages les plus heureux du Socrate Chreslien :
«•Ayant cédé, du gré de mon père et de ma mère, une partie de rrce qui me devoit eschoir par leur succession en faveur de Monsieur o-de Roussines, mon frère, et cette partie n'estant guères moins de la - moitié, j'ay cru avoir suffisamment satisfait à tout ce qu'exige de mov rrde ce costé là le sang et la parenté, et pouvoir disposer sans scrute pule du reste de mon petit hien. J'en ay desjà asseuré quelque chose rrà Madame de Forgues, ma nièce; mais les obligations que j'ay à ma rr sœur, Madame de Campagnol, sont telles, elle m'a rendu des soins «■ si assidus et si passionnés, dans la continuité de mes maux, que, si je « n'avouois qu'après Dieu je luy dois la vie, je serois aussi ingrat que cr je luy suis obligé. Je voudrois bien pouvoir reconnoistre cette fidèle tret constante passion : et voicy la première tentation d'avarice qui cr m'est venue depuis que je suis au monde. Je voudrois estre riche rr pour avoir de quoy luy donner. Mais n'aiant jamais eu l'inclination rr portée à l'espargne, et ne me restant pas un teston de plus de vint rrcinq mille escus que j'ay receus à diverses fois des bienfais du Roy rret de Monsieur le Cardinal de la Valette, je conjure cette bonne rrsœur de me pardonner mon mauvais mesnage et de continuer jusques rr à la fin à m'aymer sans interest. Je n'ay rien qui ne soit à elle; mais rrce que j'ay est si peu de chose, et le nombre de mes péchés est si rr grand, que, quand j'aurois cent fois davantage, je n'aurois pas assez rr pour les racheter. Qu'elle agrée donc (je l'en prie de tout mon cœur), rrles aumosnes et autres œuvres de piété que je désire faire à ses desrepens, et faisons elle et moy ce sacrifice à nostre Seigneur. Il le bé- « nira, s'il luy plaist, par sa sainte grâce, et le recevant pour l'expiation
1 M. de Rencogne nous apprend que la marquis Jean de Campaigno, ancien maire famille de CampaignoUes est encore repré- de la ville de Toulouse , ancien député de la sentée de nos jours, notamment par M. le Haute-Garonne an Corps législatif.
tt de mes fautes, comme je l'en supplie les larmes aux veux, cette bonne m'i chère sœur pourra dire qu'en quelque façon elle a Bauvéson frère irdeux fois, puisque, en cette rencontre, elle n'aura |»;is moins contribué «aux moyens de mon salul qu'elle a eu i!'' pari jusques icj à !;i con it servation de ma vie,
.Ii-.\n Loi \s di. (h i ./..
t Fait .m monastère des Pères Capucins d' A ngulesme et escril de ma "ui.iiii. ce dixiesme septembre mil six cens cinquante trois1.-
1 Près de deux cents ans pins tard, le l'hôpital actuel d'Angoulême. Ce discours
8 février i85i, M8' Cousseau, évêque (extrait, de la Gazette de l'Atigoumois) forme
d'Angoulême, prononçai! un éloquent éloge une plaquette qui n'a pas été mise dans le
de Balzac à l'occasion de la translation 'les commerce, mais que l'on trouvera à la lîi-
restes de cel écrivain dans la chapelle de bliothèque nationale (Ln, •>-. ()iï'i ).
CORRECTIONS El ADDITIONS.
Page 35 , noie 3 , ligne G , au lieu de : avec les sœurs de Louis XIII , lisez : a»ec la sœur.
Page 66, noie 3, ligne 3, au lieu de : lettre \i, lisez : lettre y.
l'âge 1 1 G , note i , ligne 2 , au lieu de : Claude Girard, lisez : Gombauld, frère du jésuite du mémi nom.
l'âge l a3 , ligne h , au lieu de : j'ai pilié du pauvre monsieur, lisez : du pauvre Montmaw.
Page i 55, note 2 , ligne 2 , au lieu de : baron de Montrnbe , lisez : de Montrave.
Page 175, ligne y, ajoutez: La lettre doit être du 8 septembre, la précédente étant du lundi j.
Page 1 88, note 1, ajoutez : En une occasion toutefois (voir plus loin , page 3ôo), le mot tninotaun s'applique à Rocolet.
Page a38, lignes 3 et h , au lieu de : M' Dargence de For gués, lisez : M' d'Argence ou à M' de Forgue
Page 3 '10, note 3, ligne 2 , au lieu de : octobre , lisez : décembre.
Page 280, lignes 18 et 19, au lieu de : M' d'Argence de Fnrgues, lisez : Messieurs d'Ârgence el de Forgues.
Page 33g, ligne h , au lieu de : Du janvier îGgG , lisez : Du 7 janvier iGqG.
Page 3GG, note 1, au lieu de : runel, lisez : unel.
Page 3^3, sous la ligne 7, ajoutez en note : le convive dont Balzac parle avec tant de verve est le poète Peijrarède.
Page 3y6 , ligne 1 5 , au lieu de : Clovis , lisez : Claris.
Page '117, ligne 1 , Ajoutez en note : Le millésime, n'est pas indiqué , mais c'est bien là la place de celte 166' lellre, la suivante ayant été écrite précisément huit jours après (19-26 aoùl).
IV. B. Si l'on s'étonnait de trouver, dans ces Lettres, les mêmes mois imprimés d'une manière différenle, je rappellerais que, dans les éditions les plus soignées des Œuvres de Balzac , et, par exemple. dans l'édition des (Encres diva-ses, publiées, de son vivant, par les Elzeviers (Leyde, i65i), on rencontre également adjousler el ajouster. advis niavis, avec, avecque et avecques, déchirer et detchirer, déguiser el desgnùer, extrême et extrême, etc. Que, devant de telles variations, on n'accuse donc ni le copiste, ni le proie, ni même l'éditeur!
DES NOMS DE LIEUX ET DE PERSONNES
I uvii.m B