CI.WIII
Du r> novembre 1647.
Opaca linquena Diiis inférai loca Ldsam profundo Tartan emissus >pi
Ou si vous voulez d'une autre façon :
Je sors de l'Aili'inn. d'où les ombres des morts Ne relouniPiit jamais couvertes de leurs corps.
En effet, Monsieur, je viens de bien loin, et le malheur veut qu«' je ne pense pas en estre encore bien revenu. La cholique a succédé à la fièvre. Je suis enflé après avoir esté sec, et ne sors d'un mal que pour entrer dans un autre. Au milieu des flammes qui me brnsloient. je receus vos chères et amoureuses lettres, qui me donnèrent tout le soulagement dont j'estois capable en ce temps là. Mr de Forgues m'a de plus asseuré de vos bontés pour moy et de vostre compassion pour mes maux. Vous n'estes point trompé si vous me voulez du bien, car je vous jure qu'il ne se peut rien adjouster à l'amour, à la tendresse . au respect, à la vénération que je vous conserve au fonds de mon ame. Vous pouviez faire, Monsieur, de plus grandes pertes que celle de ma pauvre vie, mais non pas d'une chose qui fust plus à vous. J'escris à Monsieur le cardinal une lettre qui m'a desjà épuisé plus d'esprit que je n'en ay perdu dans les neuf saignées de ma maladie. J'y employé toute ma force, puisque vous le désirez ainsy. Je n'oublie pas cette manière qui, à vostre dire, n'est approchée de personne, et il faut bien faire quelque chose d'extraordinaire pour obéir à l'amitié et pour plaire à la grandeur; la lettre partira bientost d'icy, et par avance je la recommande à vos soins et à vostre protection. Je suis plus qu'bomme du monde, Monsieur, vostre, etc.
1 Souvenir de ce vers de Virgile {/Eneid. lib. VII, v. 568) :
Hic specus liorrendum, saevi spiracula Ditis.
ItU LETTRES
Vous voulez bien que celte lettre soit aussy pour Mr Conrarl, le très véritable et le très cher amy de mon cœur, etc.
Ce 18 novembre 1C17.
Monsieur, A mon advis j'ay fait ce que vous avez désiré que je fisse, mais beaucoup plus que je n'espérois et que je n'avois résolu de faire. Dans le progrès de mon discours, j'ay connu que l'estomacb fournissoit à la boucbe de quoy parler et que véritablement peclus crut quodfacicbai discrtos l. Je sçauray de vous l'opinion que je dois avoir de mov en cette rencontre et si je suis mauvais ou bon orateur. Grandis enim adco et verbosa epistola inter oraliones habenda est. Ceux qui l'ont veue icy ont crié Sophos et vivat jusqu'à m'estourdir de leurs continuelles acclamations. Mais le mal est que ce sont espris provinciaux, qui d'ordinaire ont les yeux mauvais et qui se laissent tromper aux diamans d'Alcnçon et aux perles de Venise. Au pis aller l'impression adjoustera ce qui manque au manuscrit, et vous sçavez il y a longtemps que mes premières pensées ne sont pas si sages que les secondes. Je n'ay point de fièvre, mais il ne passe jour que la cbolique ne me tourmente cruellement, et l'enfleure de mon ventre commence à me faire peur. Je suis, Monsieur, vostre, etc.
A Neuillac, ce 20 novembre 1 Ci 7.
Monsieur, IN'avez-vous point ou y parler de cet artisan, qui semper calumniator sut, necfinem habens ddigentiœ, ob id Cacizotechnos appellatus
1 Allusion an mot célèbre de Quinti- Pectus est enim quod disertos fueit, et ris lien (Oratoriœ inslitutionis lib. X, cap. vu) : mentis.
DE JKAN-I.OIUS GUEZ DE BALZAC
Mi ' ï Mon chagrin n'esl pas moindre que le sien. Je ne puis achever les
choses laites :
I hi nu ri (Bdiilco, imiiIii i|iiinli'iitii l'iitiliulis'.
J'en veux mal à mes oreilles, qui sont si difficiles à contenter, cl porte quelques fois envie à l'heureuse facilité «le mon cher Minci. (C'esl celuj des derniers Illustres pour lequel j'ay le plus d'inclination.) S'il l<t ii I en croire l'auteur de sa harangue funèbre \ il ne se trouva pas une seule rature dans les originaux de ses oraisons. Bene, bene Mis sii sine labore, sine anadetate disertis.
J'oubliais à vous parler par mes dernières lettres de Mrde Cerizantes et de ses vers de dévotion. A vous dire le vray, ces sortes de conversions me sont suspectes, et j'ay peur qu'il sera mauvais Huguenot plus tost que bon Catholique. Ceux qui changent si facilement, et avec si peu de connoissance de cause, après avoir esté à Nostre Dame de Lorette feraient volontiers un pèlerinage à la Mecque, si le bien de leurs affaires les y obligeoit et qu'on y payast mieux les convertis qu'en pays de chrestienté.
Il me semble que vous (nie) promistes, il y a quelques mois, la vie d'Epicure, qui s'imprimoit à Lion; souvenez-vous, s'il vous plaist, de vos promesses ''. Je suis, Monsieur, voslre, etc.
La lettre est changée en beaucoup d'endrois, et plusieurs choses es-
C'est du statuaire Callimaque que Pline l'Ancien parle ainsi (Naturalis Historiœ lib. XXIV , cap. xli).
1 Dirait, a?dificat, mutât quadrata rotundis.
Horat. Episiol. lib. I, ep. ï, v. 100.
3 L'auteur de l'oraison funèbre de Marc- Antoine Muret est le jésuite François Benci, qui avait été un de ses meilleurs élèves, et que Bayle {Dictionnaire critique, au mol Bencius) appelle «Tut) des plus excellents ora- * leurs de ce temps-là. » L'oraison funèbre
de Muret se trouve dans le volume des Harangues de Benci (i5p,o, in-8° — 1592, in-i 2 ). Elle avait paru séparément dès 1 582 : Oratio infunere Marci Ântonii Mureti(¥iome , i585, in-à"; Paris, i585, in-8°; Ingolstadt, 1587, in-8°). On la retrouve en tête des Œuvres de Muret (édition de Vérone, 1727).
4 De vita et moribus Epicuri, par Pierre Gassendi (Lyon,i6/i7).
'i-20 LETTRES
senlidles y ont esté adjoustées. Si, par malheur, la première copie qui partit d'icy il y a huit jours avoit esté rendue, je vous conjure de l'aire en sorte qu'elle soit supprimée et qu'on substitue en sa place l'une des deux autres que j'envoye par le courrier d'aujourd'huv. Je vous en supplie de tout mon cœur. Je ne serois pas fasclié que la lettre lus! imprimée, mais il faudroit que ce fust par commandement et en faire venir l'envie à celuy qui a désiré, il y a plus de six ans, que je parlasse de l'affaire de Cazal '.
Si cela se l'aisoit, je vous en envoyerois une dernière copie encore plus courte que les autres, sed hœcomnia, sapienlissimc et amirmnnc Cupelane, sub sigillo confessionis civilis : et tu nnus optime es dieendn tacendaque dodus, etc.
Si la lettre ne s'imprime séparée, je la mettray à la teste du huiliesme livre des Choisies qu'on veut icy que je face imprimer avec le Barbon ~.
A Neuillac, ce 2 décembre iG'17.
Monsieur, La grand'pilié que c'est de souffrir icy et là, d'escrire de
mauvaises nouvelles et d'en lire qui ne sont guères meilleures, de ne
vous pouvoir parler de ma cholique, que vous ne me respondiez de
vostre rhume :
Florentem servale; diesdale, Fata, beatas Dilecto vati, miseri si nulla sodalis . Vos tangit cura , et morbis placet addere morbos Damnatutnque caput repetitis pei'dere telis.
Gomès3 n'est plus Gomès, si on ne le traitte plus de ridicule, et
' Le cardinal Mazarin. 3 Gomès n'a d'article ni dans le Worèri,
'■ Les Lettres choisies parurent chez ni dans le Bmjie, ni dans la Biographie um-
flniii-bé un an avant le Barbon ( 1 G 't 7 . rersellc, ni dans la Novwik Biographie gé-
deiix vol. in-8°). nérale. Tallemant des Réaux n'en dit abso-
DE JEAN-LOUIS GUBZ DE B ILZAC Ml
M Ménage u'esl plus luy meame, s'il entre en raison avec le ridicule Gomès. De mon temps, quand ce galand homme prétendoil <l estre offensé, il m' demandoil poinl de satisfaction. Il ne demandoil que «lu vin et de li> soupe, el ses grands esclaircissemens ae se faisoienl qu'à la table, mais c'estoii las plais qu'il esclaireissoit, et quœ sequuntur ex an tiqua comœdia apud ithenœum.
Je in- siay ce i[ue veut dire M1' de la lloguette de son désaveu1, ny de ses Messieurs Dupuy. Mais je sçay bien que je l'av extrêmement obligé dans la lettre à Mr le chantre de Saintes, et que toute sa philosophie et toute sa politique ne mélïtoient pas les six lignes que j'ay escriles de luy. C'est à mon compte le quatriesme ou cinquiesme Mélancholique qui m'a donné de la peine et que j'ay exorcisé inutilement. Dieu nous garde de ces bestes qui ne peuvent estre apprivoisées, et qui nous mordent quand nous les pensons caresser !
Les gens de plus haute esloffe qui appliquent à l'eu Monsieur le cardinal l'endroit où il est parlé des tirans qui font mal les vers sont un peu trop ingénieux dans les intentions de l'auteur, et une si subtile pénétration des pensées d'autruy me fait souvenir du palatin Polonnoisqui
lument rien. Le Menagiana nous apprend
(t. I, p. 5o) que Ménage fit pour ce poëte
cette épitaphe, parodie de celle du grand
capitaine Jean-Jacques Trivulce :
Ici repose Gomais Qui ne reposa jamais.
Guéret ( Guerre des nuleurs) attribue à Gomès un quatrain qui a été quelquefois donné à Clément Marot, et Ménage, dans ses Observations sur Malherbe, cite une épigramme de ce mauvais poëte contre un autre mauvais poëte, Marc de Maillet. Le Menagiana rapporte (t. III, p. 55) un mot cruel de Bautru contre la pauvreté de Gomès. J'ai recueilli quelques autres citations sur Gomès dans une note des Vies des
poètes bordelais el périgourdins , par Guillaume Colletet (1873, in-8% p. 85, 86).
1 Pierre Fortin, sieur de la Hoguette.
auteur du Testament , ou Conseils d'un père à ses enfants (i655, in-12), ouvrage plusieurs fois réimprimé. Voir, sur ce beau-frère de l'archevêque de Paris , Hardouin de Péréfixe, Tallemant des Réaux (t. IV, p. 266) et la lettre de Luillier à Boulliau , du 1 9 septembre i643 (ibid. p. '194). Voir encore, sur ses derniers moments , une bonne anecdote dans le Menagiana (t. III, p. 284). Ménage, dans des lettres inédites que je publierai bientôt, et qui sont datées d'avril 16/18, fait un grand éloge des qualités littéraires du sieur de la Hoguette.
dit à Mr le président de Pibrac un jour dans une diette de Varsovie : Au pernoctasti in meo [cwv/e] ' ?
1 Je n ai retrouvé cette particularité dans aucune des nombreuses notices biographiques publiées sur Guy du Faur de Pibrac, pas même dans la plus ample de toutes, Vidi Fnbricii vita, scriptore Carolo Paschalio (Paris, i S 8 i . in- 1 a). M. le mar-
quis de Noailles, qui, dans son ouvrage intitulé: Henri de Valois et la Pologne en i5j2 (Paris, 1867, 3 vol. in-8°), s'est tant étendu
sur le séjour de Pibrac en Pologne, n'a pas connu cet hommage si naïvement rendu à la finesse de l'ambassadeur de Henri III.