Lettres de Jean Reboul de Nîmes
Mon intention n'est pas de reproduire sur Reboul des détails connus de tous'; mais une occasion m'est offerte de dire mon sentiment sur le poëte et sur l'homme : je la saisis.
Reboul, de son vivant, n'a pas obtenu, dans l'opinion de ses contemporains, le rang auquel il avait droit : j'en donnerai les raisons.
La première et la principale raison, c'est la ligne même que le poêle a suivie. La renommée a savamment organisé ses bataillons au profil de toute œuvre dirigée contre le passé, contre la religion, la morale, l'autorité; on a aisément de la célébrité, je ne flis pas de la gloire, avec ces in-
1. Une notice sur Reboni précède ses |iicmières Poésies. M. : abbé Baunard, dans la Revue d'économie chrétienne 'livraison de juin 1864); M. de Pontmarlin, dans le Correspondant au. 25 juin 1861; M. Canoiiire, dans la Semaine des Familles du 30 juillet de la même année, ont publié d'intéressantes et remarquables études biographii|i;es sur Reboul. M. Gaston de Flotte, en tèle de ses Souvenirs, Etudes, Mélaufjes littéraires, a placé un certain nombre de lettres du poëte de Mmes et une appréciation de se- œuvres : trente ans d'amitié lui iloim^ient le droit de parler de hcbonl. La notice de M. l'abbé de Cabrières, dans les Dernières jio'sies de Reboul, est un travail complet qui ne laisse plus rien à dire ni à swuhaiter sur l'origine, la vie cl le caractère du poëte de ^îme^ : c'est l'amitié studieusument il noblement atlenlive à toutes \fi-< Irace.s du ïénie.
nombrablcs échos. Le droit, l'honneur, le respect sont des vaincus; quiconque s'inspire d'eux, pnëteou prosateur, quel que soit son talent, se trouve frappé d'un certain discrédit ; la porlcedc ses œuvres est amoindrie, leur retentissement limité. Le chantre ou le défenseur du bien et du vrai peut aujourd'hui arriver à un certain éclat, mais il n'est pas sur le chemin où passe la renommée avec l'immensité bruyante de son cortège. 11 se débat sous un linceul de silence et d'oubli que l'indifférence, la prévention ou les conspirations contemporaines étendent sur lui. Et ne croyez pas qu'il soit toujours servi par la portion du public dont les sentiments sont les siens. Cette portion choisie du public garde en j)aix les objets de son culte, accorde son estime sans fracas, dit peu, de peur de dire trop, et, par une étonnante et mystérieuse générosité, donne de préférence ses louanges aux talents ennemis. Ainsi placé entre les défaites de ce qu'il défend et les triomphes de ce (ju'il attaque, entre la sobriété des siens et les concerts hostiles, le
seivilcur du bien le })lus licheiriL'rit doiiô traverse son temps sans une réputation égale à son mérite.
Voilà pourquoi Rel)oul n'est pas aussi connu que d'autres qui ne le valent pas. Le vent des idées et des passions contemporaines n'a pas soufflé dans sa voile ; il a eu contre lui les partis auxquels il déplaisait, les influences offensées par ses prédilections, par ses protestations, ses exemples. Nous voyons à l'œuvre une activité ardente, maîtresse de toutes les avenues; elle accueille ou rejette, caresse ou mord à son gré, sans consulter d'autre justice que celle d'un intérêt calculé; attentive et puissante, elle a des trompettes, et ces trompettes n'ont jamais sonné pour Reboul-. Cette puissance des passions étroites et des petits intérêts est passagère; elle s'entend à faire des renommées, à diminuer ce qui l'importune, mais les dieux qu'elle fait ne gardent pas longtemps leurs autels, et ce qu'elle efface ne demeure pas effacé. Un moment vient où les fragiles appuis s'écroulent, où chaque œuvre est
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livrée à sa propre vie : cesl alors que les médiocrités rentrent dans le néant et que le vrai talent ressaisit l'empire. Heboul grandira jiendant que d'autres descendront à leur taille naturelle.
Dans les temps anciens comme dans les temps modernes, les grands talents partent le plus souvent des conditions obscures ; mais ils n'y restent pas. Reboul, iils d'un serrurier, se fit boulanger et resta boulanger. Il donnait une moitié de ses journées au travail manuel, l'autre moitié à la muse : la poésie et aussi les livres étaient son repos. Dans les jugements portés sur lui, on s'est trop occupé du boulanger; Reboul le regrettait lui-même; non pas qu'il rougît de son berceau plébéien et de son état; bien au contraire, il craignait d'en ressentir trop d'orgueil ; mais il aurait voulu être jugé d'a})rès ses œuvres et non point d'après sa profession. Il ne l'obtint pas toujours, et s'est trouvé, plus d'une fois, mis au rang de ces ouvriers-poëles dont on entend les chants avec plus de surprise que d'admiration.
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Et cej)er)dant, si on ne le savait pas, on ne se douterait jamais, en lisant Heboul, qu'il pétrissait le matin et qu'il écrivait le soir ; l'homme du peuple, penché sur l'ouvrage grossier, n'apparaît nulle part dans les inspirations de Rcboul ; un ])atricien ne s'y prendrait pas autrement. Le >ouffle du peuple (je parle du jieuple du Midi) ne se mêle au souffle du poêle de Nîmes que lorsqu'il chante la vieille foi catholique, le vieux droit monarchique, la vieille race dont la grandt^ur est la grandeur même de la nation française. Hors de là, le vers de Reboul n'est pas d'origine populaire ; il s'épanouit en pleine région de la médilation et de la pensée; il a l'habitude des hauts sommets. Nous avons vu des hommes condamnés aux labeurs d'un métier et qui, ayant par hasard rencontré une lyre, en ont su tirer des accords; ils étonnaient, on les applaudissait ; ils ne savaient que cela, mais le luth frémissait sous leurs doigts. Ils avaient des dons, mais pas d'études ; ils étaient mélodieux, mais ignorants. L'art avait eu pour eux des sou-
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rires, mais riiisloiic et les liltératures étaient pour eux des pays inconnus. Tel ne fut pas Reboii!. Les études classiques ayant manqué à sa vie, il y suppléa par les meilleures traductions; il ne lui lut pas donné de respiier le parfum de l'anliiiuilé, mais il en connut le génie. 11 jiortailen lui un sentiment du beau, du délicat et du vrai, qui lui était comme une lumière à travers les œuvres de Uome et de la Grèce. Sans être proche parent, on peut l'être à certains degrés : les visites de Reboul aux génies de l'antiquité furent des visites de famille. Les littératures anglaise, italienne, allemande, espagnole, portugaise lui avaient offert leurs trésors ; les chefs-d'œuvre de notre langue lui ('taicnl familiers; il avait étudié les saintes Écritures, les Pères , l'histoire générale : Reboul était un lettré.
La perfection de la forme, dans la mesure de la faiblesse humaine, est la condition sans laquelle les œuvres littéraires ne durent pas ; c'est la condition que nous mettons à notre admira-
lion. Iieboiil nu I«; conij)rit pas toujours, cl sa valeur de poêle a souffert des lâches qui dépareiil plus d'une fois l'expression de sa pensée. Il croyait que la vie, telle que les temps nouveaux nous l'ont faite, ne permettait pas de polii, et que notre époque ne comportait pas la perfection du style. 11 se trompait. Rien n'autorise les négligences. Le feu de l'inspiration, soit que l'on salue ce qui est beau ou qu'on venge la justice outragée, soit qu'on célèbre les grands souvenirs ou que l'on combatte, n'empêche pas le soin de la forme. Lors même qu'on est en face de contemporains affairés peu sensibles aux délicatesses du goût, à la couleur vraie, à l'harmonieuse noblesse du langage, si on a la prétention légitime de laisser un nom dans les lettres, il ne faut pas prendre pour règle l'heure présente avec ses fanlai.sies, ses dédains et l'orgueilleuse pauvreté de ses succès fugitifs ; il faut s'élever à un autre niveau, à la tiadition glorieuse des temps, et chercher en soi-même ces formes achevées dont le type est d'origine divine. Caria
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beauté (lu slyle e>l éternelle; elle a son principe en Dieu comme tous les arts ; c'est une des formes visibles de l'invisible idéal. Les formes divines demeurent malgré les ignorances, les corruptions et les décadences ; elles donnent aux œuvres de l'esprit le caractère de ce qui ne passe pas. La clarté et la correction, la justesse et la force de l'expression, la vérité et l'harmonie, tout cela est divin, tout cela est la perfection du style, sans laquelle il n'y a pas d'avenir.
Je sais qu'une inflexilde sévérité contre soimême est difficile; mais on peut prendre la forle habitude de vouloir toujours très-bien faire : elle devient alors un impérieux besoin de l'intelligence, une sorte de religieux respect pour les dons qu'on a reçus. On ne fait pas disparaître une paille dans un diamant, mais les fautes contre le goût et le style peuvent toujours se corriger. Les imperfections de Reboul à cet égard sont d'autant plus regrettables que, par une sévérité exercée contre lui-même, il aurait mieux rempli la vocation de son génie. Lorsqu'il esl beau, il
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est très-beau, et il l'est souvent. Il y a certains talents qui, dépourvus de grandes ailes, ne montant pas très-haut et ne descendant pas trop bas, font leur chemin en ire ciel et terre ; mais Reboul n'est jamais médiure : quand il ne plane pas, il tombe. On pourra lui faire un bagage de grand poète avec un choix de ses meilleures productions, et ce bagage ira à la postérité.
L'harmonie fait penser ; ceux-là le savent qui parfois ont promené leurs pas solitaires au bruit du vent dans les forêts ; les gémissements des mélèzes, des chênes et des sapins les jetaient en de profondes rêveries. Des pensées naissent aussi de la vague harmonie des vers ; mais c'est comme un monde où tout est innommé, où tout est flottant. Une autre manière de frapper l'esprit, c'est la vive abondance des idées, nettes, précises, allant au fond; c'est la manière de Reboul. L'oreille est plus d'une fois charmée par les sons de sa lyre, mais il est surtout poëte penseur. En le lisant, on sent un esprit sérieux et nourri, accoutumé à la méditation, accoutumé à creuser
los choses humaines ; le vague ne s'y rencontre pas ; c'est la plénitude de l'intelligence éclairée par les principes ; c'est un pas toujours ferme, parce (ju'il a toujours son point d'appui.
La jusiice était la règle de Hehou'l pour juger les événements de ce monde, la foi était sa lumière pour les devoirs et les destinées de l'homme. Reboul était un penseur chrétien. Il excelle à exprimer une idée vraie, à prononcer un jugement dans une concision cornélienne : tel vers de lui est frappé comme une médaille. C'est complet, c'est beau, un en garde le souvenir. Un lioiniiKî de goût, doué de mémoire, aurait frécjuemment à citer de Ueboul des vers-proverbes. Dans l'expression de la vérité et du bon sens, la poésie de Reboul est faite au burin.
Le cœur des mères, l'art et toutes les langues se sont emparés de l\inge et l^Enfant., charmant chef-d'o'uvre d'inspiration chrétienne, par lecjuel Reboul se révéla. Peu de temps après l'apparition de cette ])ièce dans la Quolidieimc (c'était en 1820), un voyageur se pré-
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sonlait chez le puële, cl ouvrait la s;>rie des hommages venus de loin. Ce voyageur, homme de savoir et de goût, Irès-épris de poésie et d'art, était M. Marcellin de Fresne , alors secrétaire-général de la préfecture de la Seine. Il visitait le génie dans Tobscurilé avant que M. de Lamartine l'eût chanté. M. de Fresne donna au poëte quelque chose de plus que son admiration; il l'aima, et dès cette époque commença une affection mutuelle dont le temps resserra les liens, et qui n'a été brisée que par la mort. Une longue correspondance est sortie de cette amitié. Nous offrons au public les lettres écrites par le poëte à celui dont il ne prononçait le nom qu'avec tendresse et reconnaissance ; on dirait les Mémoires de Ilcboul pendant trente ans ; il est là tout entier comme homme, comme poëte, comme citoyen : il apparaît dans sa vie, dans ses œuvres, dans ses jugements.
On trouve dans ces lettres l'intérêt d'une biographie, les confidences d'un observateur attentif aux choses de son temps, et toujours la fran-
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cliise, toujours l'indépendance. Le sel méridional s'y mêle à la gravité du philosophe, et la fermeté de la foi à la fermeté des opinions; la raillerie, la réprobation, les applaudissements se succèdent selon les événements (jué le flot de chaque jour amène; et parfois Reboul, dans ses épanchements familiers, arrive à l'éloquence sans la chercher.
Les dates nous conduiront à une appréciation successive et plus complète des œuvres de Reboul.
Son premier volume de poésies, publié en 1856, renferme des morceaux d'une beauté soutenue, de beaux vers dans des pièces imparfaites. Quoique Reboul fûtà l'âge où le talent a coutume de briller dans sa plénitude, il n'élait pas encore lui-même ; on sent une pensée non encore dégagée de tous ses nuages et un artiste qui n'est pas encore sûr de son instrument; mais on pressent la hauteur que le poëfe doit atteindre. Sa réponse à M. de Lamartine est bien véritablement d'un de ces esprits choisis sur lesquels
« s'est abattu le souffle inspirateur. » 11 a de nobles accenis lorsqu'il accompagne de ses conseils d'ami et de chrétien son compatriote le peintre Sigalon partant pour Rome :
Salut en abordant à ce sacré rivage 1
A cette autre pallie il te faut rendre hommage,
Sigalon! le Nimois est à demi Romain :
Sa ville fut aussi la ville aux sept collines ;
Un beau soleil y luit sur de grandes ruines,
Et l'un de ses enfants se nommait Antonin.
Qu'un saint enliiousiasme en ses murs t'accompagne ; Sou viens- toi que la foi transporte la montagne : Ton pinceau sera grand si ton cœur est pieux.
Sigalon mourut jeune à Rome, après avoir admirablement reproduit le Jwjemenl dernier de Michel-Ange, et Lacordaire consola ses derniers moments. Reboul versa sur sa tombe les parfums d'une poésie attendrie.
La pièce à un Exilé est la plus belle de ce premier volume. Reboul est à l'aise en face de la gloire de la maison de France, en face d'une incomparable destinée ; il assigne aux devoirs de la
royauté leur vrai caractère dans les temps nouveaux :
Le dief d'un j^raml empiro est une sentinelle Que la mort seulement doit faire reposer.
Et pour édifier sur l'Europe écionléc.
Au grand apostolat la France est appelée; Le glaive de l'esprit est puissant à son bras. Le Seignem' n'a jamais frappé sa tête altière One pour mieux lui montrer la céleste lumière Et pour la relever du sein de la poussière, Ainsi qu'il fit à Paul au cliemin de Damas.
Les strophes pour convier à l'aumône dans un moment d'épuisement et de malheur, ont de la précision, de la couleur et du sentiment : c'est de la bonne poésie. La pièce à M. Vabbé F. de Lamennah n'est })as au niveau de celle que Reboul adressa, six ans plus tard, à un Apostat^ mais les beaux vers n'y manquent pas :
Je n'attends pas ici le céleste royaume, J'attends ce demi-jour où peut prétendre l'homme, .le crois que tous ces os blanchis et parsemés Sur oe désert sans fin que le soleil dévore.
Sous un souffle vivant se lèveront. J'ignore
S'il viendra du couchant, s'il viendra de l'aurore ;
Mais je crois fermement qu'ils seront ranimés.
0 grand homme, pardonne à ce hardi langage! Sur ton front foudroyé d'autres jettent l'outrage ; Mais mon cœur a banni tout sentiment amer. Ah! loin de t'affliger, que ma voix te console! C'obt toi qui la formas, c'est ta propre parole,
Un modeste ruisseau qui retourne à la mer.
Le 11 septembi-e 1854, Reboul, ne recevant aucune réponse de Lamennais, écrivait à M. de Fresne : « Le silence de cet homme m'épouvante. » Le 2 mai 1859, il croyait au retour de l'auteur de VEssai sur l'indifférence, et, comme il n'avait pas encore publié sa pièce à Lamennais, il remerciait la Providence, « qui avait su brider sa vanité de poëte. » Mais son illusion devait être de courte durée.
Le naturel respire dans le morceau intitulé: Souvenirs d'enfance. Le poëte se rappelle les jours où un bon curé, lui caressant la joue d'un doigt pâle et ridé, lui disait : Sois sage, oti il
bakinçait l'encensoir devant l'aulel, où, s'écliapjantle longdu Vistre, il goûtait «les plaisirs du vagabond jeudi ; » en remontant le cours de ses jeunes années, il rencontre les pleurs de sa mère :
Mon père s'en alla par ce mal triste et lent .Qui fait voir chaque jour le soleil moins brillant, Qui fait passer des nuits aux longues insomnies, Qui, pour un seul trépas donnant vingt agonies, Enlève lil à fil la trame de nos jours, Oîi l'art ne peut donner que d'impuissants secours. Que de fois, loin du lit où gisait sa souffrance, Ma mère, avec des yeux qui cherchaient l'espérance, A dit au médecin qui nous donnait ses soins : « Ne le trouvez- vous pas mieux qu'hier? — Beaucoup moins;» Et ses yeux se mouillaient de larmes, et les miennes Se mettaient à couler, voyant couler les siennes, l'uis elle médisait : « Pourquoi gémir ainsi? • Enfant, de jour en jour tu deviens pâle aussi; « Bientôt dans la maison nous auroiis deux malades. « Va te distraire avec tes jeunes camarades. i> Et, sortant pour aller essayer le bonheur. J'entendais une voix me dire au fond du cœur : < Comment te réjouir quand ta famille pleure? » Et, triste, je rentrais dans ma pauvre demeure. Et le front dans la main, sur la table accoudé, Je me sentais encor de larmes inondi'-.
i» INTRODUCTION
JMrabe àsoncoursiersemh\édél.\chéd' Antar, celte Iliade du désert. La Lampe de nuit, à laquelle les admirateurs de Reboul n'ont pas pris garde, est d'un grand poëte. C'est une contemplation solitaire et sombre, où l'esprit, intrépide dans ses tristesses, va au fond de la vie et de la mort. Le poëte y regarde en face les effroyables réalités réservées à notre corps périssable, et dans son âme passent les amertumes de Job. Sa pensée est forte et profonde ; l'expression est d'une austère vigueur. L'Accablement est comme un long soupir de douleur dans la maison vide et au milieu d'espérances brisées : on n'a plus rien à attendre sur la terre, on ne sourit plus à rien. C'est le deuil avec la coupe épuisée; alors h poëte, à qui la mort a tout ravi, demande que sa course s'achève.
Hâtez la nuit, mon Dieu, puisqu'il faut qu'elle vienne ;
Puisque rien ne peut plus me tromper sur la terre, Que le prinlemps sans fleurs et les bois sans mystère N'ont plus de doux parfum et de charmante voix ; Que tout éclat pâlit sitôt que je le vois.
Que mon œil ne peut plus aimer aucune étoile S;ins que la froide mort la couvre de son voile, Puisque enfin, m'abusant depuis que je suis né, Entre le monde et moi tout parait terminé !
Dans la Consolation sur P oublia le poêle se résigne à passer inaperçu, à n'obtenir aucune part de la gloire humaine; une lyre est un présent du ciel, et c'est déjà une joie que de s'entendre soimême: qu'importe l'admiralion du monde?
Le rossignol caché sous la feuillée épaisse. Avant de dérouler sa voix enchanteresse, S'informe-t-il s'il est dans le lointain des champs Quelque oreille attentive à recueillir ses chants? Non. 11 jette au désert, à la nuit, au silence Tout ce qu'il a reçu de suave cadence. Si la nuit, le désert, le silence sont sourds, Celui qui l'a créé l'écoutera toujours.
La langue française n'a rien de plus charmant. Le poëte dit encore avec trop de vérilé:
Un grand nom conte cher dans les temps où nous sommes ; 11 faut rompre avec Dieu pour captiver les hommes.
Hrias ! mes veux ont vu lomhcr tant di' soleils!
Le recueil publié en 1846, sous le lilre de Poésies nouvelleny n'annonce pas plus d'éclat et de force dans Reboul ni plus de perfection dans la forme ; la plupart de ces poésies sont contemporaines de celles du premier volume ; l'auteur, encouragé par le succès, semble s'être décidé à donner ce qu'il avait jusque-Jà gardé en portefeuille. Dans l'oratorio sur la Passion, je remarque ces deux vers prononcés par la divine victime au jardin des Olives :
Crimes déjà commis et crimes à commettre : L'enfer de tous les temps tumbe et pèse sur moi!
I/Épître à Cliateaubriand et la Parole humaine adressée à M. Berryer sont les deux principales pièces des Poésies nouvelles. La royauté du style et la royauté de la tribune obtiennent les hommages de Reboul; le poêle est d'autant plus à l'aise qu'il peut estimer ce qu'il admire ; le talent tout seul ne l'eût pas subjugué : il fallait à son enthousiasme la dignité du caractère. Rien ne va mieux au génie que la fidélité ; Reboul aimait
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passionnément dans autrui ce qui faisait son propre cl légitime orgueil. Le début de lu pièce à Berryer est beau :
La foudre a ses éclats, rOcéan son murmure; Mais, de tou.s les grands l)ruits qui sonl dans la nature, Qui montent de la terre ou descendent du ciel, La parole de l'homme est le plus solennel.
Lepoëte fait sortir de leur poussière les rois de notre pays et en compose un auditoire pour l'orateur nalional et monarchique ; forcer la mort à l'admiration n'est pas une idée sans grandeur.
Reboul m'envoya de Nîmes YÉpître à Chateauhriand en me priant de la lire à l'auteur du Génie du Chrhiianmne et des Martyrs ; la pièce porte, par erreur, la date de 1845 dans le recueil des Poésies nouvelles; je la reçus dans les premiers jours de janvier 1845. Je trouve dans la noiice de M. de Cabricresla lettre que j'écrivis d'Ecouen à Reboul, le 7 janvier 1845, après avoir rempli sa commission auprès de M. de Chaleaubriand ; on me permettra de la repro-
duirc comme un souvenir dont la j)lace est ici :
« Je suis allé hier à Paris, pour remettre à M. de Clialeaubriand lepoéli([uect beau message dont vous m'aviez chargé. Vous savez son découragement immense et sa persislance à vouloir s'exiler tout vivant encore chez les morts ; j'ai osé lui faire entendre d'abord à ce sujet quelques paroles de vif regret : « C'est fini, c'est fini, « m'a-l-il répondu; mais, a-t-il ajouté en me c( montrant du doigt votre Epître que je tenais à « la main, je serais charmé de voir ce que font « les modernes. » — « Ce sont les anciens qui ont écrit cette épître, ai-je alors répliqué, et vous allez entendre des vers beaux comme les vers de Corneille, a Tant mieux, tant mieux, a-t-il ajouté ; « cet admirable Rcboul ! c'est un saint ! » Et je lui ai lu cette pièce où vous peignez si éloquemment les misères contemporaines et où vous invitez avec tant d'âme et de grandeur l'illustre écrivain à reparaître à la tête de son parti, ne fût-ce que pour lui donner l'accolade des adieux.
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Je l'ai remué, louché jusqu'aux larmes avec votre poésie, et sa vive t'motioii a clt' pour moi un spectacle qui ne sortira jamais de mon souvenir... »
A vingt-deux ans d'intervalle, je vois encore, assis dans un fauteuil devant moi, mon devancier aux bords de l'AIplire et du Jourdain, le corps un peu en avant, la têle inclinée, les bras croisés et couvrant d'une main le bas de son visage, se balançant doucement au bruit des vers que je lui lisais, atlenlif et sérieux, laissant passer les impressions de son àme sur son large front dépouillé. Le poêle lui disait .
Ton astre, aimé du ciel, ne s'est point refroidi, Son couchant l)rille encore des feux de son midi. Ta muse grandiose et rivale d"Homcre Doit encore un secours a la France, ta mère, Un chant provocateur de sublimes élans, l'ar ses graves beautés âgé de trois mille ans, Et semblable à ceux-là dont ta lyre féconde A peuplé jusqu'ici la mémoire du monde. De son propre votiloir nul ne peut ici-bas Opérer sa retraite el clore ses coml)ats;
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n'npics les saintes lois que les deux nous imposonl, Kous pleurons sur les morts parce qu'ils se reposent, El cessent d'ajouter au pénible trésor Qui de la cité sainte ouvre les portes d'or.
Ëttous ces mécréants, qui nous livrent combats, Verraient snns fruit pour eux l'heure de ton trépas; Nous emploirions contre eux jusqu'à tes funérailles, Et la cendre, ô vieux Cid, gagnerait des batailles.
C'élail l'époque où M. de Chateaubriand, las de toutes choses, mais non pas d'être fidèle, attristait ses amis, surtout ses jçunes amis, par ses découragements ; Reboul, ne s'inspirant que de son cœur et de sa foi, le conviait à l'espérance et à la lutte; il voyait les maux de son pays, mais il le trouvait guérissable, et, malgré la profondeur de la nuit, il croyait au lever de l'aube. L'émotion de M. de Chateaubriand croissait à mesure qu'il entendait ces accents généreux, et, quand j'arrivai au dernier vers, ce vieil Achille des grandes causes ne put retenir ses pleurs. L'année suivante, M. de Chateaubriand citait l'Ange et VE)ifant dans V Essai sur la littérature anglaise ; en 1838, il avait visité à Nîmes Jean Reboul.
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« Ji; l'ai Irouvô, dit-il, dans sa boulangerie ; je me suis adresse à lui sans savoir à qui je parlais, ne le distinguant pas de ses compagnons de Cérès ; il a pris mon nom et m'a dit qu'il allait voir si la personne que je demandais était chez elle. Il est revenu bientôt après et s'est fait connaître. Il m'a mené dans son magasin ; nous avons circulé dans un labyrinthe de sacs de farine, et nous sommes grimpés par une espèce d'échelle dans un petit réduit, comme dans la chambre haute d'un moulina vent. Là nous nous sommes assis et nous avons causé. J'étais heureux comme dans mon grenier à Londres, et plus heureux crue dans mon fauteuil de ministre à Paris. »
J'aime à voir Chateaubriand grimper dans le petit réduit de Reboul ; il y saluait la poésie et l'honneur, la poésie qui était son propre génie, l'honneur, le seul bien qui lui fût resté. Des gens, autrefois craintifs et courbés devant le grand écrivain, s'acharnent aujourd'hui sur sa mémoire ; Montaigne parle des a chiens couards <( qui deschirent en la maison et mordent les
» peaux des besles qu'ils n'ont os(' attaquer aux » champs. » Les vaillants agresseurs ont attendu que le lion fût mort.
Ikboul avait lu à son illustre visiteur de 1 838 quelques pages d'un poëme en dix chanis intitulé le Dernier jour ; il le publia au commencement de l'année suivante. C'était une vision de la fin des temps, vision provoquée par le spectacle d'une immense décadence morale et pa r je ne sais quelle lassitude des choses humaines. On sent souvent dans ce poëme le souffle de Dante ou de Milton. Des éclairs de génie s'y mêlent à des ombres. Un p^nceau vigoureux y déploie ses couleurs sur un fond immense. En ouvrant devant nous le ciel et l'enfer sur les débris de l'univers, le poëte est tour à leur doux et touchant, impitoyable et terrible. C'est toujours la foi qui est son guide ; le patriotisme le suit jusque dans son rêve. Le Dernier jour n'a pas encore été jugé. Le premier mouvement de la critique parmi nous, c'est de se tenir en garde contre une épopée ; elle n'ose pas hasar-
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(.1er son admiration de peur d'avoir à faire des comparaisons trop glorieuses. Celle ri'sei've est un droit; mais voudrail-on qu'elle devînt une injustice? Le ciel de la grande poésie me paraît assez vaste pour que, dans le voisinage des beaux soleils, une place y soit donnée à des astres d'une moindre splendeur. Que de beaux morceaux dans le Dentier jour ! je me rappelle ce passage du chant viii*' où le poëte nous peint l'écroulement de la Babylone des cités :
Et chacun s'empressait do sortir de ces lieux, La terreur sur le front et la mort dans les yeux, Comme s'il existait un seul point sur la terre Qui ne fût pas encore marqué par la colère. Ainsi quand le théâtre aux magiques accents .Abime dans l'ivresse et l'esprit et les sens, Si le rouge incendie à la gueule enflammée Exhale tout à coup sa livide fumée, L'assemblée, arrachée à son enchantement, Du plaisir à l'effroi passe subitement.
Des foules tour à tour sous leurs flots submergées Se hâtent d'envahir les portes engorgées ; Et faisant, pour sortir, un homicide effort. L'impitoyable peur donne et reçoit la mort. Et mêle sa lugubre et déchirante plainte Aux hurlements du feu qui dévore l'enceinte.
Les lettres de Reboul nous apprennent que, dans les derniers temps de sa vie, il avait remis sur le métier son poème du Dernier jour ; W appli(|uait à celte révision la loi de la sobriété dont il sentait le prix littéraire, et dont il s'était inspiré dans les TraditioJiiielleii. Le poète avait ajouté à son ciel deux types : saint Louis et Pie IX'.
Quoique l'art dramatique soit un tout autre art que l'art des vers, la scène a tenté plus d'un poêle sans vocation tragique ; les succès du théâtre ont des ravissements particuliers auxquels il est naturel que le talent aspire. Reboul, dont l'âme était si chrétienne, et qui avait beaucoup lu Corneille, composa le Martyre de Vivia, mystère en trois actes et en vers. Ce n'est pas assez, pour cet ouvrage, de dire qu'il renferme une belle scène, la scène entre Vivia et son fils; tout le rôle de Vivia est beau; la
1. M. l'abbé de Cabrières, dans sa nolice, nous apprend que le poëine du Der)ner jour est augmenté de trois nouveaux chants, que le poëme entier devait en avoir quatorze, et que le treizième n'est pas fait.
douleur paternelle de I.ucilius s'exhale, contre les chrétiens, en des accents dignes de Polijencle; la scène des préposés du cirque et surtout le personnage ivre d'une ivresse prophéti(jue, appartiennent à un ordre de beautés d'un genre à part. L'ouvrage n'o])tint pas un grand succès au théâtre, mais il caplive à la lecture, parce que, le livre à la main, on est doucement subjugué par la poésie et par les caractères, sans qu'on ait besoin des combinaisons et des effets dramatiques pour vous tenir en haleine. Le Martyre de Vivia demande peut-être, non pas une grande mais une petite représentation ; et je me rappelle avoir goûté un vrai plaisir, lorsque la pièce fut jouée, non ])as à l'Odéon, mais chez M. de Fresne, alors conseiller d'Etat, dont les soins charmants, délicats et dévoués, formaient comme un sanctuaire autour du talent de lieboul. M. de Fresne fut pour lui, pendant trente ans, l'ami sévère que Boileau souhaitait aux poètes, mais quelle ardente et touchante admiration que la sienne !
Ce volume contient une préface inédite , d'abord destinée à être placée en tête de Vivia^ et puis restée entre les mains de l'honorable ami à qui elle jivait été adressée sous forme de lettre. Elle prouvait une fois de plus que Reboul n'était pas, comme on l'a dit, Vhomme de la nature^ mais un homme d'étude qui fréquentait Tantiquilé. L'antiquité s'était trouvée d'ailleurs autour de son berceau ; elle avait étendu son ombre sur ses premiers pas et ses premiers jeux : Reboul avait eu de bonne heure pour voisin le génie de Rome respirant dans les Arènes. Les immolations chrétiennes des premiers temps lui étaient apparues au milieu de la majesté sévère de l'amphilhéâtre de Nîmes; que de fois il dut y arrêter sa pensée sur le spectacle du paganisme s'armant des lions et des léopards contre la foi innocente et divinement intrépide ! Le Martyre de [7r/ft naquit de ces méditations au pied des Arènes, de ces souvenirs et de ces images.
Il y a pour tout homme de talent, comme
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pour toul C(î ({iii. grandit sur la terre, un point d'éclatante maturité; on donne alors tout ce qu'on peut donner ; on a sa pensée et sa forme dans la mesure de sa puissance ; on a tiré le meilleur de son intelligence ; on est'au sommet de soi-même. Ce dernier mot de la valeur d'un homme ne vient pas à époque fixe; l'histoire des écrivains célèbres, prosateurs ou poètes, nous montre que ce développement suprême de l'esprit s'accomplit à des saisons diverses de la vie. Parfois on a toute sa taille à mi-chemin de l'existence humaine, et parfois aussi les plus beaux fruits de la pensée couronnent le déclin des jours. On ne peut pas dire de lieboul qu'à tel âge il atteignit à toute la hauleurde son talent, car des pièces remarquables nous apparaissent à des dates de sa vie très-éloignées les unes des autres ; mais les Traditionnelles peuvent être considérées comme l'expression la plus soutenue de son inspiration ; Heboul s'y montre penseur plus ferme, poëte plus harmonieux, plus correct, moins inégal. I^es pièces dont se
composent les Traditionnelle^^ ont ('lé écrites de 1840 à 4856. Ce cœur vaillamment fidèle est admirable lorsqu'il s'adresse à un Apostat dont il attendit si longtemps le retour, et à l'auteur des Girondins dont l'aile avait abrité son premier essor, oiseau errant dans l'étendue et qui ne retrouve plus le soleil. Reboul est bien le poëte catholique, soit qu'il parle à un pieux ami le Jour de sa première înesse, soit qu'il glorilie un converti, ou qu'il restitue à la Foi et à la Raison leur grand et véritable caractère. La pièce sur le Sacerdoce en temps de révolution, adressée à un noble prêtre qui méritait cet hommage, s'est forlemenl inspirée de la dignité de l'Église, de la profonde idée du devoir et de la grande loi de l'honneur. Le pendant à ce vigoureux morceau est le Citoyen en temps de révolution : le nom d'Alphonse Boyer, inscrit en tête, est comme le nom du modèle dont le poëte a voulu tracer le glorieux portrait. La Vision, dédiée à mon ancien collègue Augustin Demians, réduit à leur valeur les triomphes de la
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science de noire siècle, et cherche ailleurs les conditions de la vraie vie de rhiimanité. Un Excentrique, la Marraine marjuifiqne, la Chèvre de saint Pierre, le Barbier de mon père, sont des morceaux de poésie naturelle, simple, expressive, et qui dureront. Ils sont composés avec un art supérieur, un art qu'on ne sent pas.
La gaîté de l'esprit et les qualités séiieuses d'une âme profonde peuvent s'allier. Une verve comique étincelle dans VEpltre à M*** , datée du 21 juin 1849. Le visage de Reboul représentant était un visage ennuyé. Ses longs dégoûls couvaient l'Lpître de 1849. Ce sera le souvenir de son passage comme législateur; d'autres , qui firent alors plus de bruit que lui, ne laisseront aucune trace de leur souveraineté collective, lleboul, à la vue des excès de la tribune, souhaitait que la tempérance eût son jour : à partir de 1852, il se tiouva exaucé plus qu'il n'aui-ait voulu.
L'Epîtrede 1849 révélait une nouvelle face de talent. Ce mélange de satire etde bon sens, de grâce et de finesse, se rencontre au plus haut degré et
avec sa forme la plus achevée dans un poëme en quatre chants que Reboul a inlilulé : Ho)itélie poétique. Celte œuvre est la pièce capitale des Dernières poésies , premier parfum répandu par des mains amies sur un tombeau. L'Homélie adressée à un jeune poêle esl un Art poétique à l'usage de ce temps. L'auleur a voulu tracer le caraclère du poëte de nos jours. G esl une autre œuvre que celle d'Horace et de Boileau, parce que le temps a jeté parmi nous de nouvelles mœurs littéraires ; mais Reboul , malgré quelques vers inutiles qu'on aurait pu retrancher, soutient le voisinage de ses deux immortels modèles. Comme il donnait des préceptes, il a senti qu'il fallait monter définitivement au rang des maîtres. Son vers est expressif, heureux et naturel. Cet ingénieux et charmant poëme, le plus limé de ses ouvrages, suffirait pour sauver le nom de Reboul : c'est son Épître aux Pisons.
L'auteur des Traditionnelles avait offert le premier exemplaire de son livre à l'évêque de Mîmes, Mgr Plantier ; on verra la lettre
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que lui l'crivit l'éminent prélat. « Volie lalenl, lui disait-il, s'y révèle avec de nouveaux rayons et S(Mis de nouvelles formes. Vous permettez à sa maturité des compositions simples, naïves et légendaires que vous aviez interdites à sa jeunesse. Vous allez même jusqu'à vous risquer à travers les récifs périlleux de la satire. Mais, si la mélodie change, Pesprit qui l'inspira reste invariablement le même. On voit partout éclater sans réserve l'aimable fermeté du bon sens et la sainte incorruptibilité de la foi. Le souffle orageux derieiir et de vertige qui, de nos jours, a fiit fléchir les plus fières intelligences, n'a pas pu vous atteindre; vous lavez dominé des hauteurs d'une raison chrétienne. » Mgr Planlier apprécie et félicite le poêle avec l'élégance de Fléchier; et l'on sent la joie du ))asleur d'avoir sous sa houlette une brebis si lidèle. Le nom de l'évêque de Nîmes ne saurait passer devant moi sans recevoir l'hommage de mon respect; son talent courageux s'est trouvé debout pour tous les combats ; il e-^t bien le
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chef des catholiques nîmois qui semblent avoir reçu du soi natnl quelque chose de parliculièrenient romain ; aussi inflexible d.ins ses devoirs qu'intrépide dans sa dialectique, il agit quand il faut et dit ce qu'il veut.
Rebou! était plus qu'un poëlc d'un rare talent, c'était un homme. Parmi ceux de nos contemporains dont la postérité se souviendra, il en est peu à qui elle donnera celte louange. Le génie de Rebou 1 était dans sa conscience. Les lettres qu'on va lire peignent l'homme; les sentiments de tous les jours et les actes sont là. En 1856, des amis se réunissent pour offrir à Reboulune pension au nom d'un Exilé; il la refuse, « 11 n'y a au monde, dit-il, qu'unescule main de laquelle je ne rougirais pas d'accepter ; image de la Providence sur la terre, ses dons augmentent l'honneur et l'indépendance de celui qui les reçoit, et ne lient qu'envers la chose publique; mais la rigueur des temps a tari cette noble source; il ne faut pas songer à y puiser; l'exila besoin de ses miettes, et notre devoir aujourd'hui est