LETTRES KE JEAN P. E 110 II
Il |il(iil des jMtiifs ('[ (les réclames. Des grands hommes de fcuilleloii ; \)o< nnitiis, jadis fièros âmes, Mais aujourd'hui haissanl le Ion ; 11 pleiiL des romans hystériques, l'>rits par des boucs impotents ; Il ideut des catins poétiques :
Quand viendra le beau temps? {Bis..)
Il pleut des succès de scandale, Dbs dramaturges patronés, Commis à l'œuvre socinlc De mordre des gens bâillonnés; Il pleut des muses qui bafouent Leurs dieux devenus indigent^; Il pleut des gredins qui les louent :
Quand viendra le beau temps? {Bis.)
Il pleut, pour riionneur qui se lasse, Des proxénètes à blason, Beaux esprits ouvrant avec grâce La porte de la trahison ; 11 pleut des geais, il pleut des pies, Qui, sm^ des tombeaux éclatants, Font ce que laisaient les liarpies :
Quand viendra le beau temps? {Bis.)
1,ETTI'.ES DI' JEAN RF.ROII r,2l
Paris, ai^ssi Paris s'arrose
Du libraire Ve>]);\sien,
Oui, lorsque l'or est d;ins la chose,
Compte loiil le reste pour rien;
Cliacuii peut voir sous sa vitrine
Ces Mémoires exorbitants.
Défroques de la guillotine :
Ouand viendra le beau temps? iUis.)
Pour consoler dans leur souffrance
La pudeur et la probité,
Ah! quand tombera sur la France
Le grand jour de la véiilé!
N'en vois-tu pas quelque symptôme?...
Pour faire fuir ces cbats-huants,
0 Nostradamus delà Drôme!
Quand vieudia 1(> beau temp-;? (Bis.)
-w.hro 180t>
".22 lETTI'.ES DE JEAN REBOUL
LETTI'.E ex 1.11
Nîmes, jè févri
er 18f)7>.
Mon cher ami,
1- - - ^ . , Giboiiercsl mort ici. Représenté deux fois à grands
renforts de police et de gendarmerie, il n'a pas osé paraître une troisième fois : la moutarde montait au nez des Nimois. Le véritable publie lui préparait une réception digne. J'ai lu celte pièce : c'est médiocre, elle n'a d importance que sous le rapport politique ou plutôt social. Tous les traits sont dirigés contre les forces conservatrices que la France possède encore. Cela donne à réfléchir. C'est une machine de guerre partie de la direction de l'esprit public. Le patronage dont tous les préfets l'entourent ne laisse aucun doute.
J'ai entre les mains un entretien de Lamartine sur les Misérables. Ce livre, à travers quelques précautions louangeuses, est l'objet de la censure de l'illustre poète. Mais, hélas! c'est un aveugle ijui en conduit un aulre. On est étonné de voir ce que l'a-
LETTP.ES m: .IF.AN REBOri, 520
bandon d'un priiicipn a laii de ravages dan? ces deux grandes intelligences. Je ne veux pas Irop les blâmer; c'est la plaie de l'époque. La révolution française a l'ait, dans le monde politique, ce que la réforme a fait dans le monde religieux : elle a fait perdre à la raison tout point d'appui, et la raison, cherchant àse suliire elle-même , a produit ce (|u'on a vu, hélas ! et ce que nous voyons.
Je ne sais pas ce qne pourraient se reprocher deux interlocuteurs qui avaient également conquis lindépendance absolue de la raison. Ce seraient deux dieux et, parlant, infaillibles ; la logique serait le silence. Bénissons Dieu, mon cher ami, dclre parmi les passagers de cette barque qui s'oriente au ciel, qui subit sans doute des tempêtes, mais des tempêtes qui conduisent au port et ne vont jamais jusqu'au nnufraue. C'est la promesse élernelle, il faut y croire, surtout après le désarroi de ceux ipii n'ont pas voulu s'y lier.
LtlTKKs ItL JEAiN ULBOLL
LETTHE ex 1,1 11
Ninics, 2b mars 1805.
Mon cher ami, '. ''■'"'
Vous m'invitez à écrire en [irose, c'est le conseil
que l'on donnait à Chapelain :
Il se tue à rimer, que n'écrit-il on prose?
Mais pour moi, c'est trop lard. L'amble est pris et Pégase ira jusqu'à la fin. Oue voulez-vous? Bon ou mauvais, c'est le moule que Dieu m'a donné pour couler ma pensée. Elle aurait, je le sais bien (et plus je vais, plus j'en suis convaincu), besoin d'être passée au burin. Ma's la prose chez moi aurait-elle mieux réussi? J'en doute, et puis le vers quand il dit quelque cJwse, résiste mieux au temps.
Scarron même aiijoiird"hui l'emporte sur l'atiu.
La prose est la langue de Vactiialité (excusez-moi d'employer ce mot barbare qui n'a jamais été franr çais). 11 n'y a chez elle que quebjues élus qui rosis-
tent au temps \ Si vous me demandez ce qui restera des plus huppés de nos jours, je n'en sais rien. Je sais qu'il y a dans les limbes littéraires .bien des noms qui ont f.iit, dans leur temps, beaucoup plus de bruit que tous ceux d'aujourd hui. Mais je suis certain d'une chose, c'est que les beaux morceaux lyriques de Victor Hugo, et surtout le Lac de Lamartine, ne mourront pas.
Vous trouverez du reste ces pensées émises dans V Homélie.
Je travaille à com\)\clo.r Le Dernier jour ; j'ai ajouté au ciel deux types, saint Louis et Pie IX. Vous serez, je l'espère, content de ces deux morceaux qui, je le crois, n'ont rien de la faiblesse de mes pièces de circonstance que je ne puis pas toujours perfectionner.
J'ai diné lundi avec Mgr Pavy, évéque d'.Vlger, chez notre évoque. Mgr Pavy fut très-aimable et sa conversation des plus intéressantes ; il va, dit-on, à Paris pour empêcher le roijaunie arabe^ qui serait une véritable abdication de la France. L'Angleterre verrait cela avec plaisir. Qui sait si ce n'est pas une complaisance à
i. En vers comme en prose « quelques élus » arrivent seuls à l'imuiorlalilé. Ou relienl mieux les vers, mais rien n'est au-dessus d'une belle page de Bossuet.
son adresse et comme une possibilité éventuelle de l'abandon? Il y a desPrusias dans les hautes régions qui ne veulent à aucun prix se brouiller avec la Pie'publique!