LKTTP, ES DE JEAN REBOUL
me souvenir de la bonne idée que vous me donnâtes on ivagon, revenant du Bel- Air h Paris, d'essayer un pareil remède; l'ange de l'amitié vous inspira. Lors (le la construction, nous plaçâmes, à l'nisu de l'ouvrier, une petite boîte en plomb, contenant une grande médaille à l'effigie de la Bonne-Mère. Ce petit coin de terre est un lieu béni ; il donne des récoltes fabuleuses poiH' sa dimension.
Votre dernière lettre est pleine de judicieux conseils pour la pièce à entreprendre ; j'en tiendrai compte. Je fais seulement une observation qui nous met au surplus d'accord sous l'apparence du dissentiment. Oui, le souverain est responsable, mais j'ajoute les peuples aussi, quand ils se font souverains. L'habitude de séparer les peuples et les souverains est une misère du temps. Sans souveraineté, il n'y a plus de nations, ni même de peuple. Il n"y a qu'une agglomération d'individus ; quand je dis souverain^ vous m'entendez, je sais que vous connaissez la langue politique, cela s'appli(iue à toute forme de li^ouvernement. Tenez pour sûr qu'on déraisoime quand on dit (jirune nation se fait son souverain. Une nation ipii n'a pas encore de souveraineté, n'est pas plus une nation (jM'iin corps, (juand il lui ni.in(|U(' l;i léte.
Trie LETTRES DK JEAN HEROri.
n'est un corps. La mclaphysiqup de Rousseau et de ses adeptes ronge l'Europe, et Dieu fasse (prclle ne la tue pas !
Il est bien dommage que le papier ne soit pas plus grand ; j'étais lancé ! Ce sera pour une autre fois. Etant borné, je me borne à vous dire que je vous renvoie la pièce mtx Rois, dût-elle encore vous faire enrager !
r.FTTnr rwxix
Nîmes, Cl décembre 1862.
Il fait ici un temps affreux, la pluie ne cesse pas depuis deux mois ; j'ai rêvé cette nuit que j'avais des écailles, il m'était poussé des nageoires; moitié bomme, moitié poisson, j'étais une espèce de caliban aquatique. J'ai cru un moment à la Genèse des pbilosopbes : je me suis souvenu do ces vers ironiques de Voltaire :
Les hommes autrefois ont été des poissons , Les huîtres d'Angleterre ont formé le Caucase.
Je lioiivai le proverbe commi" un poisson dans l'eau
i.KTir.i-s ni; .ii-.an p. r.nouL r.iT
on no pont plus niciitcur. Mon rôvo rontinuait cpiand la moisuro d'nne baleine m'a réveillé en sursaut, no Irouvanl lieurcnsemcnl, à côté de mon lit, d'autre haleine que les haleines de mon parapluie, tout maculé des rafales de la veille.
Parlons sérieusement ; le temps est désastreux pour nos pays où rien n'est prévu pour se préserver de ses conséquences. Tous les travaux sont suspendus ; la suppression de la charité religieuse laisse de cruelles lacunes dans nos fanhourgs; le silence règne sur la douleur et sur la faim. On traiterait de ganache quiconque oserait soutenir que la hienfaisanee mu nicipale ne suffit pas ; ce serait une injure aux jirincipes de 80.
Je suis bien occupé, mais je penserai hienlùt à la copie promise de YHoiiicHc.
i.i;T UL i: I,
Mmes, TtO iléccnibi-e 18r('2.
iMon cher ami,
Je ne puis pas trouver un moment plus heureux pour vous souhaiter une honne année, moi et toute
.'18 l.tTTRF.S I)i: JKAN KKBOUI.
la l'ainille : le hoii Dieu ost pou»' ainsi flirc chez nous. Le saint viatique vient d'èlri; apporté à mon beaufrère, malade de vieillesse, (it-tte cérémonie, que j'ai vue, hélas! tant de fois, uï'a ému aujourd'hui plus que jamais. Que Dieu m'a paru grand dans cette modeste chambre que vous savez ! Après le départ du saint prêtre qui est un ange de charité, la maison a élé remplie d'un calme que je ne sauiais définir. Le vieillarJ, sous la blancheur immaculée de son bonnet de coton, était d'une résignation presque radieuse. La divine nourriture semblait avoir éloigné les appréhensions de la mort. Que vous dirai-je, mon cher ami/.' Tout ce que j'ai pensé et senti pourrait se résumer en ceci : Quitter Dieu est une folie, puisqu'il sait répandre jusque dans le deuil un tel contentement. // est juste., 1/ est équitable et salutaire^ il est souvei^aineinent raisonnable de vous rendre des actions de grâce, ô Seigneur .'...
j'avais fait le projet de vous envoyer une plaisanterie rimée pour vos élrennes; je m'en abstiens afin que rien ne fasse tache sur ce jour.
LFTÏRKS HK ,11, AN HKHOn, '.19
LETTUt CXI.I
Nîmes, 17 janvier 181>."
Mon cher ami, -r' ', .
Voici la plaisanterie promise dans nia dernière
lettre. N'allez pas monter snr le grand dada de la critifpie. C'est pour faire suite au rêve aqualicpie. J'ai fait cela quand la pluie ruisselait aux vitres du mazet, et que la plaine était inondée. C'est une poésie d'almanacli ; si elle ne vous amuse pas, jetez-la au panier.
(Voici cette pièce :