I.F.TTP.F. XXX VI
Nîmes, "î juin 1847.
^ Mon cher ami,
J'ai tout à l'heure terminé une épitre à Lamartine (pio jo vous enverrai bientôt: le sujet est Du (Jnfjme on
I i:tti;ks m: ,!f\n iikfioii km
|>liilôl (l(> la l'disuii (Hvine., coninif roiiilciiiontdcs \ô'^l<lalioiis; otj'en déduis des conséipioncos (|ui ne mo paraissent pas à l'avanta^^^e de l'historicn-poëte ; j'ai làrhé d être respectueux sans cesser d'cire franc.
L'épîlre aura deux ou trois cents slvs; ,je n'ai pas eu, comme on dit, le temps d'être court. Je vous fournis encore une occasion de me traiter de barbare, n(ï la laissez pas échapper. J'espère cependant qu< vous y trouverez quelque chose qui vaut mieux que la correction et la netteté, une certaine vie qui ne saurait être là où la conviction n'est point; et puis il nj'a l'alhi forger cela à la hâte, pour que l'indignation n'eût [las le temps de se refroidir et le blasphème de se faire oublier.
Adieu.
1,F.TTI!F, XXXVll
Nîmos, 7 seplonil)ro l^iT.
Mon cher ami,
Je n'avais rien envoyé à Lamartine, et cependant il m'a répondu par une lettre charmante ; jamais je lu^
l'ai trouvé aussi aimable, aussi bon, aussi ami; il doit y avoir quelque chose au fond du cœur de cet hommelà. Puisse la Providence réaliser un jour à son égard mes secrètes espérances ! Il m'a promis de se rendre, le 20 du courant, à Nîmes (vous savez qu'il est à Marseille), afin de me serrer la main.
J'ai peu travaillé, l'été a été atroce ; pas une goutte de pluie depuis un mois; ajoutez à cela vingt jours de cour d assises où il in"a fallu juger des volereaux, car nous ne sommes pas encore assez avancés pour atteindre à la dimension de vos grands criminels. Jugez, puisqu'il s'agit de jugement, si le magistrat devait suer en son lit de justice. Adieu.
I r.TTiu: xxxviii
u Nîmes, 27 novembre 1847.
Mon cher ami,
Je suis heureux du rétablissement de la santé de madame votre mère, c'est une femme si bonne ! je n'ai jamais été mieux à mon ni?e que chez elle, du
:LETTRr,S 1) E .lEAN REBOL'L 10"
temps que j'étais à Paris. Sa maison n'a rien de splendide, mais rien aussi (jui sente la nouvelle richesse; après avoir été dans les grands salons de votre capitale, je trouvais là une odeur de sainteté et de simplicité qui me ravissait. Les plus belles maisons, mon cher ami, sont celles où le démon n'a rien à voir. Que la Providence vous conserve encore longtemps le bonheurd'avoir un pareil refuge! Après Dieu, qui peut consoler connue une mère !
IKTTKE XXXIX
>!inio<. 17 (liVenibre 1817.
Mon cher ami,
Croyez que loul ce que vous avez pu me dire sur mes vers, n'a pas altéré la constante amitié que je vous porte et que je regarde comme une grâce de h Providence.
Si presque toujours je garde le silence sur cet article, c'est que ma conscience ne me reproche rien, et que la plupart du temps votre colère est à mes yeux raisonnable. Vous jugez au point de vue de cette perfection classique que j'idolâtre comme vous, mais
lOi LETTRE"^ DF, IF, \N URnOIM.
h laquelle il no m'est pas donné d'alteindre. I^es nioil- Icuros orfianisations de nos jours peuvent rencontrer une tirade ; mais la plénitude du talent qui fait un chef-d'œuvre, cela ne s'est pas encore vu aujourd'hui, cl je ne crois pas même que cela arrive. Il n'v a qu'une époque dans la vie des arts : sous Louis XIV, sous Auguste et sous Périclès.
Je connais parliculièremcnl et très-parliculièrenient M. (leSaidan, c'est l'ancien président du Consistoire. La branche aînée lui avait donné toute sa confiance, et elle était certes bien placée ; les événements l'ont prouvé. Une intrigue lui fit perdre sa place de président, celle de pasteur et les émoluments qui v étaient attachés ; il ne lui reste aujourd hui qu'une pension modique et les revenus d'une petite propriété avec lesquels il vit de la manière ia plus simple, avec son honorable famille. Cet homme-là, mon cher ami, est un homme des anciens jours, et il marcherait sur des charbons ardents pour aller accomplir un devoir.
Vous me parlez de Cléopâtre; vous me parlez de la tragédie de Samson^; puis de moi. Mais, mon cher
1. Une ti'iii:édie inédite dont M. Samson lit un jour la lecture à un petit nomlire d'amis.
IJ.TTI'. RS DI IRAN llFIlUliL ÎO:.
ami, je ipcoiuiais avoc vous tout le mérite de madame de Girardiii et celui du célèbre acteur. Mais l'un est au Tliéâtre-François cl l'autre disposa d'un jour:ial, et moi que suis-jcV e.\. qti'ai-je'?