LETTRE XI
Nîmes, 7}() avril 1848.
Mon cher ami,
Grâce à l'élat de siège, la ville est tranquille, mais nous avons eu à passer de mauvais jours, après nos élections qui se sont faites dans le plus grand ordre et le plus grand calme possible. Voici la liste qui a prévalu :
Emile TEULON, cominissaire du gouvcrneinenl.
F. BÉCH.\RD, ancien député.
LARCY, ancien député.
Auguste DEMIANS, premier avocat-général.
ROLiX-CARBO.NNEL, président du tribunal de commerce
de Nîmes.
CHAPÛT, avocat au Vigan.
Carme LABRUGUJÈRE, ancien officier supérieur. BOUSQUET, ancien député.
Jean REBOUL, boulanger de Nimes.
FAVAM, colonel de la garde nationale d'Alais
Comme je suis horriblement pressé par les préparatifs de mon départ et tous les embarras d'un établissement qu'il me faut tout à coup livrer à d'autres mains, je n'ai pour le moment autre chose à vous dire, sinon que sur la fin de la semaine je serai chez vous; et là nous réglerons les conditions qui doivent limiter votre générosité '.
I. ISoiis ex|iliquerons celle dernière phrase en citMiil un triiit qui semble emprunté à la simplicité des vieux âges et qui peindra une l'ois de plus la délicatesse naïve, fière, al)folue de Rcboul. A peine arrivé chez M. de Fresne, Reboul lui signilia (c'est le mot) que, s'il avait accepté précédemment chez lui une hospilalité gratuite, il n'en pouvait être de même, alors que payé par la République, comme représentant, il devait à son tour payer comme hôte. M. de Fresne lui répondit que sa proposition était insensée, parce qu'une personne de plus chez lui ne lui imposerait pas un surcroît de dépenses; mais sachant bien qu'il p> rdrait cette douce et chère commensalité, s'il refusait, il ajouta : « Au surplus, j'ai toujours entendu que vous fussiez le maître ciiez moi, et vou-; le serez encore, même si vous persistez dans la très-mauvaise action dont vous avez conclu la pensée. » Reboul persista. Il fixa à '2 fr. 50 c. par jour sa pension, et, tous les dix jours, en recevant son indemnité de représentant de 250 fr., il remettait 25 fr. à M. de Fresne, dont l'affectueux dévoûment s'honorait par une résignation pénible à cette volonté délicate et altière.
KIS l-LITIlLb DE J LAN KEliOL'L
LLTIUL \IAI
l'aris, samedi 'J7 août 1848,
Mon cher ami,
Nous avons eu dix-liuil heures de séance à l'Assemblée, et avant de me jeter dans mon lit, j'ai \oulu vous apprendre, par(cdmol, les résultats de ces longs débats. On a passé à l'ordre du jour sur l'enquête, et la Chambre a autorisé des poursuites contre Louis Blanc et Caussidière.
l.KÏTP.E XLllJ
Colouilcj, 2i seplenibie 1848
Mon cher ami,
La situation est toujours la nièn\e ici, et je n'ai pas besoin de vous en parler; les journaux, d'ailleurs, vous la donneront au juste.
Ltni'.ES DE JEAN IlEBOUL »00
J'ai été liicM-, avec Aslouiti et Milbcrl, voir Rachel; là célèbre actrice a été on ne peut pas plus aimable ; elle nous a offert des billets que nous avons acceptés ; cela a été cause que je n'ai pas été hier cliez M. Le Roy '. Uermione a été sublime.
M. Le Roy me montre une lettre oii voire itinéraire est tracé. Je regrette bien que vous n'ayez pas trouvé Mgr Wiseman ; j'aurais été curieux de savoir ce qu'il vous aurait dit du mouvement religieux en Europe, et surtout des ruines sociales qui s'y accumulent. J'ai toujours pensé qu'il n'y avait que la sainteté qui pût lire à travers la poussière qui s'élève entre nous et l'avenir; vous auriez été là, je crois, à bonne enseigne. Quoi qu'il en soit, moucher ami, confionsnous à cette Providence dans laquelle tout est miséricordieux, tout, jus(]u'aux châtiments, et mettons surtout notre amitié sous sa protection, afin, comme dit Rossuet, que les années et les intérêts ne puissent ritii contre elle.
P, S. Mes bons souvenirs à votre fils et à \otrc neveu .
1. Députô (le ia Seine sous la HcslauiMlion, beau-père de M. de l'Ycsne et propiiélaire du cliùleau de Colombes, où demeurait alors llebuul.
110 LETTIiES HE .lEA.N liElUHII.