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LtlTItli I. XI
Mmes. Il juillet ISJl.
Mon cher ami, Avez-vous lu le dernier ouvrage de l)oiio>o-Corl(',s'.' Si vous ne l'avez pas lu, lisez-le. Vous y verrez des traces de quelques-unes de nos conversations sur les grands mystères du Catholicisme. Pour ma part, j'ai trouvé dans cette œuvre bon nombre de ces élaborations intimes et non écrites qui ont occupé tant de fois ma pensée. Quelle merveilleuse loi que celle (jui fait penser de la même façon, sur les matières les plus scabreuses et les plus profonde?, les hommes placés à des distances et à des époques si éloignées et si dilTérentes !
LEÏTlil': La 11 ' /■ , f. ^imc^, 7 août 1861.
Mon cher ami.
J'ai reçu hier volrc lettre; je ne m'attendais pas à m'y trouver candidat à l'Académie. Votre bonne amitié vous a égaré, et M. Aiicclot a été généreux
\iii LLirULS nt JLA.N UI.HOLi.
dans sa irpoiise. (Jue diable voulez-\ous (|u'om lasse de moi dans ce corps? J'ai pu, quelquefois, avec vous, Irop IVanchemonl pcut-clre, témoigner le sentiment de ce que je pouvais valoir en j)oésie ; mais de là à me déclarer rival sérieux de ce que la capitale pouvait compter d'Iiommes éminents, cette prétention n'est jamais heureusement entrée dans ma léte. Je dis plus : par le temps qui court, j'aurais iailAthalie que je ne verrais pas là une raison sultisante pour être élu. En temps de révolution, toutes les choses s'envahissent les unes par les autres, et il n y a rien de si ridicule que les gémissements de la gent des lettre? sur les nominations des hommes politiques à TAcadémie" française. Selon toute apparence, ce sera encore un orateur qui emportera la place d'académicien. La révolution, mon cher ami, a toujours gardé ses avenues, el l Institut est son concile. Sans doute, on n'y trouve pus la brutalité proudhonnienne ; mais il y a des gourmets d'impiété et d'apostasie, dont le flair ne se trompe guère sur les candidats. Presque toujours il faut, en monarchie ou en religion, a\oir renié (piekjue chose pour être admis ^ ;
1. Non? laissons à Reboul ia respoiiialiililc de ics jugciiieiits qui soutln'iil an iiiuiiiM-los cxcopîioiis.
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cela vous donnera le secret de bien dL'> ('-hiviilions 011 plutôt de bien des chutes. La révolution depuis longtemps dis[)Ose en Europe de la renommée, et coinhien, mon Dieu, d'Ksaùs ont vendu leur droit d'aînesse pom- un pot de célébrité! La jdus grande quantité des mauvais livres qui se sont produits de nos jours, a été plutôt l'œuvre d'un calcul que d'une haine convaincue. Pour l'œil qui sait voir, cela n'est pas douteux.
Vous voyez, mon cher ami, d'après ce que je viens de vous dire, si j'ai quelque envie et quelque espoir de devenir un des quarante. Le poêle a besoin de croire à lui-même pour ne pas se glacer dans ses rares inspirations. Encore une fois, s'il m'est arrivé devant vous de l'aire le gascon, je sens à tête reposée ce que je vaux, et qu'en déliuilive, j'ai la position que je dois avoir.
A la première occasion je vous enverrai Ant'ujone avec les corrections : tout cela est mis au net. Sans votre malheureuse idée de candidature, je vous aurais dit que j'étais content de mon travail. Mais, crainte de vous enhardir, je me tais. Tâchez du moins de votre côté d'en rester là ; je tiens avant tout à passer pour un homme do sens. La reiiounnée a trop
li« LETIUL^ 1)1. JI.A.N niJlOlil,
mis, pour moi, de l'eau dans son vin poui- me priser. Je veux pioliler de cet heureux désavarilajLre cl m'éviler un ridicule (|ue je ne mérite point.
LLITUL LXIll
^imfc^, 5 seplt'iiibre 18yl.
-Mon cher ami,
Si je vous avais cru i\ Paris, ma letlre aurait devancé la vôtre; car j'avais, à nJon iour, bien des choses à vous dire.
Et d'abord la plus importante est celle qui m'a le plus préoccupé. J'ai reçu ces jours-ci une lettre des Dames du bon Pasteur dont le couvent est à Arles, et qui m'annonce que la nièce que j'ai auprès de moi est décidée à entrer dans leur ordre. Ma sœur et moi, nous étions attachés à la pauvre orpheline ; elle était, à force de piété, de bon sens et d'obéissance, devenue pour nous plutôt une consolation qu'une charge. A la lettre reçue, je la fis venir devant moi seule et sans témoin, et je vous avoue que le poète fut
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liicn |»clil (Icvniit r<'iiriiiil. .1*' ne viii\ \\:\< vous (lire ro (jn elle rue dit: If-iiKilidii inCniitcclifuiiit de conlini<er iiii îcllio.
Ma nièco n'a fjno sei/,(! nus, elle en a l)icM trente par son bon sens. Cependant nous ne précipiterons lien, et avant de donner notre eonsenteinent, nous voulons, s'd est possible, être l)ien certains que Dieu la veut. Entrer dans les ordres, est une grande grâce ou ini atlVeux malheur. Vous savez quel est mon dégoût j)our tous les éciiappés du sacerdore et tout le venin que le mal tire de ces mauvaises herbes arrachées du champ de l'Kglisc. C'est vous dire que je traînerai tout en longueur et que j'agirai avec la prudence que counnaude une grande responsal)ilit(''.
Silvio Pellico m'avait fait donner de ses nouvelles |iar plusieurs Nimois venant de Turin. J'ai répondu à ses bons souvenirs par l'envoi de Vivia avec supplication, si la pièce avait le bonheur de lui plaire, de payer l'auteur avec quelques prières pour sa famille, l/illustre et saint auteur des Prisons m'a, dans sa ri''ponse, réconqunsé de tontes les manières. Jr n'ai jamais reçu de jibis belle missive : il m'a gracieusement accordé ce que je lui demandais, et ce qui vieni de nous arriver" nie pi'ouve que ses vœux pour ma
\m lETTP.KS OR .ir.AN HEROIIL
famille ont et''; efficaces. La Iri.slesse de ma scmiir me dit à la vérité nuf unus avons été exaucés tout nuirement que nous l'aurions voulu, .le comptais peut-être aussi sur cette enfant pour ma vieillesse; mais, mon cher ami, que sont les désirs de l'homme auprès des voies providentielles?
Je vous remercie infiniment du fragment du rapport de M. LenormantlT II faut, comme vous le dites, lui savoir gré de ses bonnes intentions. Quoiqu'il m'ait présenté comme un homme n'ayant que des données vulgaires sur les amphithéâtres, ce qu'il m'accorde est encore assez beau. Bien d'autres avant lui n'ont vu en moi que le poète de la nature. On le pensera longtemps encore ; la donnée est facile et cela prête à la rhétorique; mais j'espère qu'un jour, si j'ai le bonheur d'êlre lu sérieusement, on s'apercevra que mes écrits, tout faibles qu'ils sont, ne sont pas pourtant dépourvus d'une certaine science et d'une certaine érudition. Dans un tableau donné, l'artiste ne doit faire deviner l'archéologue que par les sentiments et la couleur du temps qu'il décrit. Toute autre manière serait pédantesque et ridicule. Tout cela entre nous; car je vois qu'en vous parlant de moi mon encre rougit sous ma plume, et cependant, mon
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cher ami, il faut que je coiilinne sur (>»! tou, s'il laul vous rendre compte de la séance publique de notre Académie qui eut lieu avant-hier. J'y ai lu le Rhapsode ', et je ne saurais vous dire quel plaisir cela a fait. A celte houlTée, je vous vois d'ici rire dans votre barlie du poC'lc qui lait (juciquefois de si beaux sermons. Oui, mon cher ami, lepoëte est vain et misérable de sa nature, et, quand je le sonde, je suis prêt à pardonner à Platon. / /pA^^^ /«Ldo^cX.
Avez-vous lu les vers d'Ancelot dans le comple rendu de T Académie? (Concevez-vous (jne celui (jui a pu faire la belle tragédie de Lnulfi /X, aille s'amuser à décrire Venise et termine surtout sa pièce par un de ces lieux-communs de l'école libérale, dédaigné même aujourd'hui |)ar M. *** et cela devant le public pari- ' '^ sien! Il faut certes, ou que M. Ancelotsoit bien ignorant de tout ce qui a été dit sur Venise^ depuis Byron,parles touristes imitateurs, ou que sa tête soit plus à sec que le sommet de nos Garrïijues ^.
Je ne veux pas être injuste; les vers dont je vous entretiens sont purs, corrects, harmonieux ; ils disent bien ce qu'ils veident dii'(>, mais ils ne disent rien.
Nous iloniions plus lias ce délicieux morcoaii.
les Cifirrigiirx soiil los 'collines des environs <le Nîmes,
it^ I,KTTRF.S OF, .1 E A N liKHOrL
De tout ceci je tire une morale que vous m'avez souvent prêchée, c'est que le poote doit avoir des amis ])romi)ls à le censurer, parce que quelquefois il se pipe lui-même, et comme les autres hommes, quand il dort, il ne s'en aperçoit pas.^
LF-TTlit: I.XIV
Mme?, 27 octobre I8.")l.
•Mon cher ami.
Je sors à l'instant d'une cérémonie qui m'a touché jusqu'aux larmes. Nous reçûmes hier la funeste nouvelle de la mort de la fille de Louis X\'I, et les ouvriers catholiques de notre paroisse s'étaient spontanément entendus pour nn service funèhre : un service doit être célébré aussi cette semaine dans les autres paroisses. Madame avait laissé lors de son passage à Nîmes de profonds souvenirs dans la classe ouvrière. Celle grande figure était l'objet d'un culte qui touchait à l'adoration. Le peuple, mon cher ami, le peuple chrétien, comprend mieux peut-être que les beauxesprits la véritable grandeur en s'inclinant de luimême devant la majesté que donnent les douleurs