LETTRE LIX
Kîmes, 23 avril 1851
Mon cher ami,
J'avais autrefois fait des démarches auprès du général Cavalgnac pour Jules François Peyron, de Nîmes, qui, pour son malheur et surtout pour celui de sa famille, s'était trouvé parmi les insurgés de Juin. )^ Je connais la famille de ce jeune homme, elle est composée d'honorables propriétaires ; j'ai même dans un temps fait des affaires avec elle, et j'ai là toujours trouvé une probité qui me faisait traiter aveuglément. C'est vous dire, mon cher ami, combien cette famille est digne d'intérêt. Un de ses membres, M. Fontanès, pasteur protestant et mon collègue dans l'Académie du Gard, vint hier chez moi me dire qu'il avait envoyé une pétition à l'Elysée, alin d'obtenir, s'il est
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possil)le, la délivrance de son bean-l'rère, Jules-François Peyron, détenu en Afrique, dans une forteresse où le rcyimc est Irès-rigoureux. Ce (jui l'avait, nie disait-il, encouragé à réitérer sa demande, c'est que le prisonnier s'était fort amendé, et qu'il avait reçu de très-bonnes notes sur son compte. Scriez-vous assez bon, mon cher ami, pour ap|)uver ou faire appuyer cette demande? Je suis convaincu, pour ma part, que le jeune homme en question n'a a^i que sous l'impression du fanatisme qui régnait dans ces filiales journées de juin, et non pas par le calcul d'une coupable convoitise.
Je ne sais même comment il a pu se trouver dans le combat. Je ne lui ai connu ici d'autre exaltation que celle de la musique, et jamais un mot de politique de sa part n'est venu à mon oreille. Je soupçonne fort (pie quelque orateur de club se sera emparé de cette nature impressionnable, et que sa générosité aura élé surprise par l'étalage des vertueux sopliisnics de l'école socialiste, et, en pareille occasion, ceux qui ont été de bonne foi gardent le silence.
114 I.KTir,t.S Dt JEAN IlEDOLL
LLl riU' LX
Kîiii(.'s, 2U mai 1851.
Mon cher ami,
Vous rue parlez de M. d'AIzon. C'est, mon cher ami, un bun et digne ecclésiastique, instruit, plein de distinction dans les manières, charitable jusqu'à la profusion, ardent dans l'apostolat ; c'est un de ces cs|)rits tels qu'en a enfantés l'Univers, et qui, comme ce journal, sacrifierait peut-être les garanties les plus nécessaires à la société pour conserver la liberté de l'Kglise. Je sais bien que nous ne guérirons que par le Christ ; mais je sais aussi qu'il y a un ordre temporel qui ne peut se passer du droit, et qu'il est et qu'il sera toujours peu catholique de professer l'indifférence pour un principe politique qui n'est, en définitive, que la copie du type religieux. Grâce au ciel, les enseignements n'ont pas manqué aux deux ordres; l'État a vu ce qu'il avait à gagner à la servitude de l'Eglise, et ct.lle-ci aux caresses qu'elle a pu avoir faites à la révolution.