‹ Lettres de Jean Reboul de NîmesChapitre 55 sur 103 · LETTRE LXXI · texte numérisé non relu

LETTRE LXXI

(;-. ! Niiiicj, ÔO mai 1857».

Mon iher ami,

lies détails tjue vous me donnez sur la mort de

Donoso-Cortès m'ont louclié jus(pi'à l'àme, sm'tont

les mots adressés à la pauvre sœur qui le servait au

lit de mort. Quelle devait donc être cette âme, puis

que Dieu, au moment de son départ, lui donnait une

telle confiance'? L'Espagne perd beaucoup; mais le

1. ' Ma lnjiiiic tœur, bi je siuûris ilii iiial ijui me consume, je \ous

IW ILIir.l.s l)K .IKA> i; hliOl 1.

monde catholujue perd encore davanlagc, C'était un llambeau qui consolait notre faiblesse. Tout, jusqu'à sa réputation d'écrivain, qui est r.nemcnt accordée parle siècle à ceux qui oui leur IVanc-parler envers ses doctrines, tout était pour nous un motif d'espérance: sa mort est un enseignement, connue vous la dit M. Nicolas. Dieu, ])eut-étre, a voulu rester seul à l'ieuvre, et puis, à quoi bon la lumière pour ceux qui ferment volontairement les yeux'.' Et il y en a beaucoup.

On dit que le succès de l'année est une Dame (Iiià' Camélias, que les chiffres manquent pour nombrer les représentations, que tout le momie et même le beau monde a voulu voir cette dame et prendre des leçons d'une botanique qui n'a rien de conmiun avec celle du vertueux Dupaty.

J'ai toujours tâché de respecte^ les prospérités de mes amis ; sans cela j'écrirais plus souvent que je ne le fais à Mgr Sibour. Dans cette occasion, il a fallu le souvenir de la réserve que je m'étais imposée pour ne

0 récompenserai de vos excellents soins. Mais si la Providence nie « rappelle à elle, je vous récompenserai bien davantage, car je de- « nianilerai à Dieu de répandre sur vous toutes ses grâces et de « payer ma dette. » Telles sont les paroles de Donoso-Cortès.

LLTTHLS UL JtA.\ liLUUUL ItjO

j)iis le leliciter des lignes dont vous parlez ', el qui valent à mou avis le plus beau uiaudenient; cela prêche d'exemple ; monseigneur avait dans la parole et dans le style quehpie chose de la grâce de Fénelon ; il vient de nous en montrer le caractèi'c. Celte humilité a fermé ici la bouche aux })lus hostiles, et monseigneur ignore jusqu'à quel point il s'est l'ait du bien el il en a fait aux autres. Dieu en celte circonstance, a réconspensé la droiture de son cirur, et lui a donné un [)oint d'appui pour réduire au silence les brouillons qui tenteraient de troubler la paix de l'Eglise. Tout cela est providentiel, el vous avez raison de dire (jue rautorilé de Rome est un miracle permanent.

llemerciez, je vous en supplie, M. Jasmin de ce (ju il a bien voulu dire de moi ; Paris fait bien de fêter le poêle languedocien ; les ovations netombenl pas à faux, el je vous remercie de vous joindre à ses nombreux amis pour lui donner aussi une marque de sympathie qu'il mérite àtanl de titre. Soyez persuadé que si deux cents lieues ne nous séparaient pas, je me ferais une véritable fêle d'aller partager votre dîner et de jouir encore une fois de cette verve de la-

1. A roci'iibiun (le la sotiiiiissiuii de ce s;iiiit pivl.il à la \ulunlc ilu (loiitii'c siiiirùiie, 'Ijus la t|iicrclic avec le jouiiial ïiiiivers.

lu

17(1 l.lll l'.fcîS Ith .ILA.N l;tl!(il]l,

Iciil L'( do coiiveisa!ii)ii (jui n a pas de paiLMlle au monde.

Nous avons l'ait hier nos (uocessions, elles élaienl niagnili(jues ; la pluie, qui durait depuis vingt jouis, a cessé ce jour-là, et depuis lors le ciel est du bleu le |)lus pur.

LtTTlli: LXXIl

iSimes, '20 juillet 185r>.

Mon cher ami.

Je vous remercie de tout ce que vous voulez bien l'aire pour moi dans vos réunions ; je crains seulement que votre abonne amitié ne vous abuse et ne. vous fasse aller trop loin ; le véritable moyen de nuire à des ouvrages est souvent, comme dit Montaigne, de les planter comme beaux. Nous ne lisons pas tous de la même manière, nous ne prenons des livres que ce que noire nature peut s'approprier. Les préjugés des écoles littéraires, les rivalités d'opinions politiques, philosophiques et religieuses, tout cela,

F,ETTnF,S DR lE.W ItEnOUr, 171

mon cher ami, est autant de bmeltes à travers los- (fuelles nous jugeons des beautés ot des défauts des (l'Uvres d'esprit. Jamais siècle ne fut moins j)iopre (jue le nôtre à porter des jugemenis sains sur -les choses et les hommes. Clmcuu fait hande à part, c'est un temps merveilleusement propre à toute usui'palion, et c'est ce qui explique le brigandage de succès (pour me servir d'une expression du prince de Ligne), qui étonne tant le monde, mais dont tout le monde est complice. Il est vrai que le triomphateur du jour jouit de la guirlande à la manière du bœuf gras. Le général Foy a vécu des jours de Démosthènes, pourriezvous me donner des nouvelles de son éloquence? Lui qui dépensa tant de rélliorique pour les Grecs, serait bien étonné de nous trouver avec les Turcs. Pour parler du temps présent, vous avez la Camélia. M. Courbet a fait, dans un tableau, des femmes propres, par la rotondité de leur dimension, à être montrées dans les foires. Son nom est dans tous les journaux, et M. Ingres y est rarement nommé. Vous voyez, mon cher ami, combien il v a là de motif de consolation pour les dédains dont vous me parlez : non pas que je veuille dire par là que-je ne les mérite pas, mais je serais bien fou de m'en attrister. Je di'-

I7i' IKTTKRS ItK ,1 F. \ \ liKIîdl I.

sire COI liiiiiciiiciit avoir les siirirafres des gens de hieii et des gens de goûl, et cependant, si ma répntation est petite, j'ai peu d'envie de l'accroître, pouvant à peine tenir ma place dans la situation où il a plu à la Providence de me mettre.

M. le duc de Reggio, dans une lettre pleine d'une modestie héroïque, m'a remercié des strophes qui lui ont été remises avec répée de la ville de Lyon .

J'ai remercié du mieux que j'ai pu madame la marquise du Bouchet -, de l'ode que vous m'aviez fait parvenir; vous avez bien jugé son talent, il est naturel, correct et harmonieux : j'ai trouvé là comme une réminiscence des cantiques et hymnes de Racine.

1. Nous donnons ici les strophes adressées .tu général Oudinot.

2. Aujourd'hui madame Élie de Beaumont, mariée en secondes noces à rillustre géologue. On a d'elle un petit volume de poésies ri-marqualiies. Elle est nièce du saint archevêque de Paris, Mgr de Oiiélen.

i.r.TTi; i:< DK .11. AN i;i:i!()i I

\ M. \.V, CKNKIIM- (Il liINOT.

Page 1