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Niiiii f, r.l) (It'ronilirc IS"i'.t
Mon cher ami,
J'ai VGiihi devancer de deux jours mes vœux pour une année qui s'annonce sous de si trisles auspices. Que la Providence nous la fasse passer, s'il est possible, sans calamités î Des mains imprudentes ou criminelles ébranlent des choses qui tiennent aux profondeurs des cieux et de la terre. L'homme se sent menacé jusque dans son àme. De sinistres pressentiments courent dans les foules dos cités. Qnc Dieu se rappelle aujourd'hui notre légende : Qnil protège la France, et surtout l'Eglise, qui a été de tout temps le principe de sa vie et de sa gloire! Notre pays est sous l'impression de la première brochure. Malgré la nuit ofticielle le jour, un triste jour, se fait. Cela vous expliquera le sérieux de celte lettre dans une occasion où la plume épistolaire ne laisse tomber ordinairement que de riantes paroles.
Je n'ai pas le courage de vous parler de Vivia, et
l.KTTP. us m: IF. \N l'iKfiOl'I. 2r>:>
si je ne savais que vous vous y iuléressez, je garderais le silence. Cependant, il faut que je vous dise que j'ai achevé la mise au net. Dans les cliangenienis (|ue j'ai faits, j'ai eu en vue la logique et la fidélité des caractères ; la plupart des critiques sont venues de l'inaction. Le caractère d'IIermias est développé, j'ni tâché que ce ne fût pas au préjudice du rcMe principal do Vivin. Tout, je crois, s'y rattache sans rollaccr.
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Nîmes, 6 lévriiT \H(t{).
.lo n'ai pas voulu, mon cher ami, renvoyer à demain pour répondre à votre affliction. Je sais ce qu'était pour vous votre frère. Quelque chose de filial se mêlait à l'alfeclion que vous lui portiez. Homme de bon conseil et d'austère probité, c'était là que vous alliez confier vos peines et prendre des déterminations. Ainsi le temps, qui est l'action de Dieu, nous dépouille peu à peu de tout ce qui peut être pour nous une tutelle salutaire, jusqu'à ce momen!
56fi I.ETTHES DE .IIIAN REBOUI.
suprême où il nous met seul à seul avec lui. Tâchons de nous préparer à ce terrible lète-à-téte.
Offrez, je vous en supplie, à la famille de votre frère mes compliments de condoléance et dites-lui combien je prends part à sa douleur.
Le temps a des tristesses aussi et ce ne sera pas profaner le deuil de votre foyer que de vous entretenir de nos misères.
On dit à Nîmes que quelques conflits ont éclaté entre l'admiiiislralion et le clerçé. Ce sont de sinistrès présages et les craintes sont universelles. On sent que quelque chose d'indispensable est en danger. Les eaux ont été dévoilées dans leurs sources, la terre a montré ses fondements, parce que vous les avez menacées, Seigneur, et qu'ils 07it senti le souffle de votre colère. Voilà la voix de l'Esprit saint. ïl semble que Dieu, à bout de patience, a dit : A'ous voulez toucher à mon arche? Eh bien, soit! Mais non, mon cher ami, croyons qu'en voyant ses fondements, la terre s'amendera.
f ETTP.RS DE JEAN RFROUl, 267
LETTRE CXll
Nîmes, '24 février 1860.
Mon cher ami,
Quelques amis, après la magnifique brochnre de l'illustre écrivain', avaient senti le besoin de la reconnaissance. On me proposa de l'exprimer dans ma langue, mon admiration y consentit. M. Villemain, snns avoir jamais cessé d'être chrétien, nous venait de plus loin et semblait avoir fait plus que les autres. A'^ous m'annoncez qu'une assemblée de catholiques s'est levée devant lui tout entière. Voilà la pensée qui est partie de Nîmes. La faute est à moi de l'avoir si mal rendue; mais si M. Villemain a cru que la pièce s'adressait au secrétaire perpétuel de l'Académie, signée par un postulant, il se trompe. Je suis loin d'un pareil calcul; aussi vous avez pris une bonne détermination de ne pas lui en parler. Jamais, mon cher ami, je ne me suis cru sérieusement candidat de l'Académie. Vous dire pourquoi, je n'en
1. Il s'agit de \:\ brochure ile M, Villemain «iir 'a Papauté el le pouvoir temporel des pape-i.
2f)R I KTTT.KS l)i; .il'. \N l'.F.lKHI
suis rit'ii. Voici ce qui poinrail rendre ma pensée : jt' ne suis jwnit du bois dont on les fait ; il n'y a point ici d'orgueil plébéien (k- plus insolent de tous): cela vient, je crois, du sentiment vrai de ma position.
Je suis menacé de tomber ici à Nîmes dans le même écucil ; l'Académie du Gard m'a chargé de féliciter M. Guizot qui doit bientôt arriver pour le mariage de son fils, et présider une de nos séances. J'ai promis. Un refus aurait été une ingratitude, et ce (jui pis est, auprès de certaines gens, une rancune ( alholique. Vous savez que c'est lui qui a dit quelques mots sur moi dans le docte cénacle. Mais à la visite Je l'illustre compatriote, tout sera o\pli«pié.
LKTTP.E ex 111
A MONSEIGNEUR UlJPANLOL'l'
ÉVÊOLE Il'ORf.ÉA.\-.
Nîmes, 26 septembre 1860.
^ Monseigneur,
Il est des temps tellement misérables que l'esprit a besoin de se pencher vers les âmes fortes, a(in d'y
LETTl'.r.S I)F. JF.AN P.F.BOl'L JCit
riilTiM-mir ses convicrKuis. J';ii lu loul ce que vous avez publii' pour la défense du Saint-Siège, et In 11- (lèle a bondi d'orgueil en comptant dans ses' rangs un pareil défenseur. Il semble (jue, depuis que voire voix s'est fait entendre, l'épiscopal français ait retrouvé ces jours de combat (jui ont toujours été pour lui ses plus beaux jours. Rien de la terre, je le sais, ne peut vous être offert pour un pareil service; mais (|ue la Providence triple pour vous les saintes joies du devoir accompli ! Après cette céleste récompense, je ne sais si l'bumble poète peut payer pour le chrétien, mais songez que son hommage ^ est une consolation et que son œuvre vous est envoyée sous les auspices de votre charité.
IJ'.TTRF. CXIV A MADAMI' I.A COMTFSSE DE C tiAMDOlif).
Nîines, sopk'iiihre 18(10.
Madame, >< - -
Quand le sol tremble, la lidélite a besoin de laire
connaître qu'elle n'a rien perdu de ses espérances,
I. !.(>■; 'Iroililioiiiii'llcs ûlaioiil joinU's ;"i celle Ir-llri'.
'270 I.ETTIiES DE JKAN l'.EBUDI,
cl qu'elle possède un principe plus sûr que les caprices de la fortune.
Agréez, madame, avec bienveillance, l'hommage que je dépose respectueusement à vos pieds*.
i.KTTi'.i' rxv
i ,^i \ >iime<. '29 octobre 18(30.
f fi ' '
-J - ^ H ne faut pas vous chagriner du refus de la Co-
médie-Frnnçahe. Elle a mieux fait pour moi qu'elle ne le croit et que vous ne le croyez. Même mûrs, les raisins ne me tentaient guère. La réception m'aurait ramené à Paris, et je me souciais fort peu de subir les tribulations de la représentation, je bénis le ciel d'avoir délivré le pan de ma redingote d'un pareil engrenage. Vous savez, dans les visites que vous m'avez conseillé de faire, quelle était mon indifférence et le langage que j'ai tenu. Croyez qu'il était sincère, La plainte ici n'est pas permise ; l'auteur de Icpitre à AL Boyer ne devait pas s'attendre à une
I Le volume dos Traditionnelles' r\a\\. joint à celte lettre.
LETTRES DE JEAN HEBOUl. 571
iiulro issue. 11 Hillait avoir votre confiance pour croire à la représentation de Vivia. Ne pensez pas que ceci soit de la rancune ni une injure .pour des artistes que j'estime. Quand la pièce eût été un cheld'œuvre (ce qui est loin d'être), elle n'était pas dans le besoin de la direction^ de l'esprit du public. Pour parler comme M. de Maistre, l'ouvrage n'élait pas assez mauvais pour être bon. La glorification des martyrs n'est pas à l'ordre du jour. J'avais d'abord pensé à tout cela et c'est, encore une fois, ce qui vous expliquera la mollesse de mes sollicitations qui n'avaient pour but que de vous satisfaire. Après tout ce que je viens de vous dire, je suis de l'avis de M. Thierry sur l'Odéon ; vous y trouverez les mêmes obstacles et moi les mêmes répugnances.
l.F/rîUK ex VI
Nîmes. 2'2 janvier ISOl.
Mon cher ami, ,.<
C'était hier le "21 janvier et un linuit. Il y a ^oixante-huit ans (|u'ù la même date et au même jour
(lo la semainf, un roi csl iiinil et le coup donl on l'a luô saiyue encore, selon l'oxpression cornélienne. Toutes les années celle dale passe devant moi comme un fimlôme, et m'apporte des visions sinistres : il me semble voir cette tête coupée demandant pardon pour la France, et le regard de la miséricorde divine se détourner d'elle, afin que l'expiation suive son cours. Maudite soit la nation qui, la première, donna l'exemple d'un pareil crime, qui jugea le juge et fît mourir celui (jui, d'après la loi, devait toujours vivre! Maudits soient les abominables casuistes qui absolvent ou atténuent ces attentats ! Il faut se souvenir de tout le bien qui se fait en France pour ne pas désespérer. Encore une fois ce lona temps à saiyner de Corneille m'épouvante.
LETTRE f.WII
Nimes, 22 1,'vrier I8(il .
V ' Mon clier ami,
' Lamartine m a répondu en ami. La lettre, pleine de douloureuses confidences, m'a navré ; il y a quel-
l.KilUKS IH; .11; AN liKUdl I. 'Il'»
(jiic chose qui me dil (lUc ncri 11 est (l('Scs|MTé dan-- CCI humilie. La soulTrancc hii |);irle, il liml piMM' |i<)ur lui. On dit que sa mère était une saint*; reminc. Les mères, dans le ciel, veillent avec une |)lii> :.!i'ande sollicitude sur les curants (ju'ellcs ont laiï^sé-» sur la terre. Espérons !
i.i:r I HL r w II I
Niincs, (i jtiiii I8G1.
)hni cher ami.
Donnez à M. Keller le morceau qu'il désire avoir. V/ y Le vœu du grand orateur est un honneur pour l'humble poëte.
Votre (ils tnia remercié de mon envoi' par une lettre charmante et pleine d'esprit. H plaisante sur les vénérables maçons de ce Mazet- (jue, grâce à
1. Cet envoi se composail d'uii iiiipnuiiplu IxirlcMjuc que le poêle lui avait aiircssé pendant son séjour en AngleLcrre.
2. Nous avons déjà dit qu'un niazet était une petite niai^oii moins qu'une maison puis(iuon n'y couche jamais), avee un jardin
dos. Le niazct de Heboul était très-près de sa demeure, à la porte de la ville.
l'intérêt que vous lui portez, vous» avez élevé à la hauteur d'un événement!
Les processions se font ici avec une pompe extraordinaire et un ordre admirable. J'ai remarqué sur le parcours que la population, autrefois gaie et souriante du triomphe de son Dieu, était sérieuse et recueillie comme si quelque chose était menacé dans ces fêtes sacrées. Soyez persuade qu'au fond de leur conscience enchaînée, ces populations répondent par un amour immense à l'immense haine que tant d'hommes puissants, de savants et de lettrés, etc., vouent au saint et vénérable Pontile attaché à la colonne de la flagellation.
LETTRt (XIX
Mmes, 10 juin 18eil.
Mon cher ami, (^^
Il ne faut pas trop jeter des anathèmes sur ces tombes où Dieu est descendu pour ainsi dire à la voix du repentira Mais je suis bien de votre avis,
1. Il s'agit de la mort du marquis deCavour, décédé le 1" juin 1 861
LEilhES DE JEAN HEUOlL 275
el entre nous, notre temps donne trop au talent. Le génie qui se consacre au mal, loin d'être une gloire, est une infamie plus grande. Platon a mille fois raison de l'appeler : Industrie malfaisante \ Ce mot d'industrie est surtout bien appliqué et répond à l'orgueil qui prétend à l'intelligence, l'intelligence qui ne saurait être que la région du bien.
La mort de cet homme a fait ici, comme partout, une profonde sensation, mais ce n'est pas en lui la lin de la vie qui a frappé les esprits. La murt dun mortel'- ne doit pas étonner. C'est la cessation de l'orgueil; c'est le recours à l'Eglise ; c'est la mère étoulTée par le fils et qui trouve encore au fond de ses entrailles la mansuétude el le pardon. Voilà ce qui émeut l'Europe en ce moment, voilà le sermon prêché par la Providence pour l'oreille qui sait entendre.
l. Voici le mol de riuluii : Tou(c scieiite tcpuitc ilc lu vtilu ii csl qu'une industrie nlal^'ai^alllo.