‹ Lettres de Jean Reboul de NîmesChapitre 85 sur 103 · I.Ll 1 11 Es IJE .ILA.N IlLUdll, -J.j'j · texte numérisé non relu

I.Ll 1 11 Es IJE .ILA.N IlLUdll, -J.j'j

l(.-iii.s iiKiilKurs, les récits émouvants de mou IVérc m'avaient l'ait connaître leurs vertus, leur honte, les Inenlails de leur gonvernemeni, le Irunliem- dt vivie sous leur doux empire. Pour moi, ils étaient comme des dieux, ils étaient vérilahlcment les secondes majestés.

Kl (juandj ai vu, au retoiu' de leur exil, ces princes aceom|»lir, sjmis èlre des héros ni des irénies, de £;ran(Jes clioses, des choses vraiment prodigieuses, j'ai trouvé mon amoxu' jnstilié, et j'ai remercié Dieu de .-a prédilection pour la Irance Laissez-moi, mon Uevérend Père, laissez-moi, puisque vous avez tout ou- Idié, résumer ici, en peu de mots, leur règne et leur histoire :

Us ont payé les dettes de la Uéi)ublique, du Con- .-ulat, delFimpire, de deux invasions; ils ont rétabli la Hotte, rempli nos arsenaux et nos magasins laissés vides; ils ont pourvu, j)ar l'exemple des privations et des sacrilices, à d'alfreuses disettes ; par la sage loi dite de l'indemnité, ils ont l'ait disparaître l'inégalité du sol, la rivalité des possesseurs, et rendu jdusieurs milliards de valeur territoriale à la France ; ils ont l'ail l'utile et politique expédition d'Espagne; ils ont entrepris rétablissement chevaleresque et

■loi I-Liri; ES 1»E JEAN REBOUL

populaire du loyauiiie de Grèce; ils ont ((iiioi ! vous n'aviez pas dans voire pensée le souvenir de colle gloire), ils oui détruil la piralerie des mers et l'esclavage des chrétiens, en ajoutant à la France un royaume plus grand ([uo ses propres limite». Enliii, en 1850, ils diminuaient, pour commencer et en s'excusanl du Irop peu, ils diminuaient de [)0 millions l'impôt t'oncier qu'ils voulaient faire tout à t'ait disparaître ; et, tous les services largement dotés et pourvus, ils linissaient cette même année 1830, de si glorieuse el de si al'fligeanle mémoire, par un bud- f

get normal et complet de 940 millions !

Non, la postérité ne pourra jamais croire à de si merveilleux faits accomplis avec simplicité et bonhomie par des princes ijue la calomnie a étouffés, quand ils n'opposaient à ses clameurs quotidienne.^ que leur douce humeur et leur amour pour les Français, et le bien dont ils couvraient leurs calonnnateurs et la France.

Quand je songe aux paroles qui viennent de sortir (le voire bouche, je me demande comment vous n'avez pas été retenu en pensant à ce jeune exilé dont on vous a sans doute quelquefois dit la droiture, la haikle itilelligence, la sai^esse el la lui.

LETTRES DE JEAN REBOUL 'lôo

Et lie dites pas, mon Révérend Père, qu'occu[)é des choses de la religion, vous vous souciez peu du reste. Bossuet a défini la politique, l'art de rendre Ui vie commode et les peuples heureux. Sans la bénédiction du Ciel, on n'arrive point à cet art que les Bourbons ont si magnifiquement pratiqué.

Ils sont tombés ! Ah ! ne leur jetez pas le mol païen par excellence : Vœ victis ! Je ne m'aveugN; pas sur leurs fautes, ils sont tombés; mais est-ce |)our leur châtiment ou pour le nôtre? Et la peine qui a atteint, en 1848, le cou[)able de 1850, nous atteindra-t-elle à notre tour?

Je m'incline avec respect devant les décrets mystérieux et terribles de la Providence ; je vois nos temps fertiles en miracles ; j'ai vu en dernier lieu, dans un conflit que je blâmais, briller une armée de héros cl de chrétiens qui me fait espérer en la clémence de Dieu pour notre chère et adorable France.

Vous aurais-je offensé, mon Révérend Père, en vou^ parlant comme je viens de le faire ? J'en serais bien chagrin, et je vous en demanderais pardon très-sin cèremenl, et ce pardon, quel (pie soit mon tort, vous me l'accorderiez, si mon cœur était à découvert, car vous y verriez que personne ne peut se sentir attiré

■j-'io i.i-i ii;l> ue ,ii;.\n i;ki;uui,

vers \uiis plus teiidreinent ([uc moi, <|iic peiM^iiiif ne vous adiiiiie avec [)lus de piissioii el vous aime iiM'c |)his (Je respect ()iie je ne le fais.

LLliliK cv

Ri'i'u.Nst; m: i»Èi;t i.AroKDAiRi;

A M. m iniis.NL

SiiVL'zr. 'J mai IS.">7.

Monsieur,

Je suis très-touché de la lettre que vous m'avez l'ait l'honneur de m'ccrire sous la date du G de ce mois, et je m'empresse de vous rassurer sur l'inter- [)rélation que vous avez donnée à une phrase d'une de mes conférences de Toulouse. II s'agissait de montrer l'impuissance où sont les hommes de tromper ou de voiler l' histoire ; rien ne pouvait èlre plus frappant que de rappeler la connaissance qu'elle nous donne des fautes et des vices des princes malgré I autorité hérédilaire de leurs descendants. C'est là

LriTTiiKs i»F. ir.AN I', r.iiiii I- -i:,:

mie allégation des [iliis ^HK-iaics (\\ù se rôl'èro aussi Itifiii aux empereurs do liussi(! ol aux rois d'Espaguo, par exemple, qu'à ceux de noire pays, et qui, même en s'appliqnant à ces derniers, n'a rien d'olïensanl, parce qu'il est certain que, dans la meilleure suite de princes, quelques-uns ont infailliblement commis des fautes et même déployé un caractère odieux. Je nommerais Philippe le Bel, Louis XI et Louis XV dans la suite des Capétiens. Qu'est-ce que cela fait au mérite général de leur race? Je vous avoue très-simplement qu'à mes yeux, malgré les torts d'un certain nombre, la liguée des Capétiens est la plus illustre et la meilleure qui ait paru dans le monde, de Hugues Capet à Charles X inclusivement! Jamais, nulle part, je n'ai attaqué la monarchie française, mais seulement quelques-uns de ses rois, et j'ai toujours traité la monarchie tempérée à l'imitation d'Aristote et de saint Thomas d'Aquin, comnu! la forme la plus parfaite de gouvernement. 11 est vrai que je suis partisan de la liberté civile et politique bien entendue; mais quelle que soit la valeur de C(>tli^ opinion, elle n'a rien de blessant pour la monarchie et en particulier pour la monarchie française, qui l'iil toujours modérée pai' des prin-

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• ipos, des traditions, des mœurs et des lois, et i|ui n'a péri que pour avoir manqué, après Louis XIV, de princes capables de concevoir et de soutenir à propos, des réformes devenues nécessaires.

J'ai toujours été surpris, monsieur, qu'une plumé et une parole aussi tempérées que les miennes aient l'iiit, dans certains esprits, les impressions que j'y ai rencontrées. C'est pour moi une sorte de mystère. J'ai imprimé six volumes, et je ne crois pas qu'un honnête homme, quelles que soient ses opmions, puisse V relever une phrase excessive. On peut seulement me blâmer d'avoir des opinions libérales. Mais est-ce un crime quand on n'y joint pas l'excès, ou l'irrélii,aon, ou la mauvaise foi?

Il m'a semblé, monsieur, que je vous devais ces explications, à cause du ton si aimable de votre lott'e.

Veuillez les agréer, ainsi que l'hommage des sentiments très-distingués, avec lesquels j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Permettez-moi de vous envoyer franco, par la poste, un discours où j'ai résumé mes opinions poliliquos.

1,1', TTP.es OE ,IR\N P, KliOI'l. 259

LETTRE r.Vl

Nînip*, "JO rn.ii 1857.

Mon flifr nmi,

.l'iii tu la réponse dn Révérend Père; il se jnslilie, el c'est beaucoup, c'est une preuve que la lettre a eu son effet. /

Si la race des Capétiens esl la plus illustre et la meilleure, qu'on la laisse donc en repos! Le sentiment universel ne se trompe pas sur les tendances de l'illustre dominicain. S'il n'avait attaqué que quelques princes, el non la race, personne ne s'en serait étonné : il n'aurait fait que ce que tous les hommes de sens font en lisant l'histoire. Mais en fin de compte, mon cher ami, je suis heureux d'avoir connu sa lettre ; elle est pleine de modération et de convenance, et l'aveu que j'ai transcrit plus haut, me démontre que ce i^frand esprit sait s'élever où le i>énie n'arrive pas toujours, au hou sens de la foule, et qu'il juge, en définitive, la race de nos rois.

■M) I.F/1T1U> DE ir. \N r. r.FiOlII,

commft nous jugeons, nous, lidèles enfants <!(! \'\:glise, la papauté, sans trop nous préoccuper dos misère? (le rhommo qui ont pu parfois ternir le poiiti-

II'. TTIir. C.VII

Mines, 'ir. iiKii isr)7.

Mou cher ami,

Dans tous les temps, il faudra une autorité pour régir les hommes et les lois avec pénalité (l'un ne va jamais sans l'autre). L'homme doit-il être conduit, ou peut-il se conduire ? Est-il déchu ou est-il complet? De là, l'utilité ou l'inutilité du sacerdoce ; protestantisme ou catholicisme ; société ou socialisme ; Dieu ou l'homme. Voilà, mon cher ami, selon moi, la question. Et que l'on ne m'accuse pas d'aller aux extrêmes, j'ai dit catholicisme^ et c'est selon moi la mesure par excellence, et la doctrine qui tient le mieux compte de l'homme et des choses d'ici-bas. Ce n'est pas l'extrême, c'est le milieu divin. La lutte est entre Dieu fait homme, et l'homme

M'TTP.FS ni; .IKAN r.KI'.OII. .CI

s(; faisant Dieu. Moi aussi je suis i»lein d'espoii' u;//r('.v l\'.rj)'tation)^ car si !c mal n'éfait pas Itorné, <e serait le \non. F.a révolution ( j'enteiuls la vraie et non la révolution fantaisie) se dévorera elle-même: la vieille image myllîologifjue de Saturne qui lui a été appli- (pu'e dès or», a été, et sera son histoire.

I I TTP.I' IVIII

Nîmf»-:, fi anrtl |S."i7.

Mon cher ami,

J'avais hien médité ma dernière lettre afin (pie, tout en vous faisant une confidence pour motiver un rehis d'aller à Paris, vous ne pussiez néanmoins vous méprendre sur ma situation et par conséquent sur celle de ma sœur. Ainsi vous trouverez hien, généreux ami, que je vous renvoie sans arrogance, ce (|ue vous avez ciu devoir adresser à ma sœui'. Nous n'en avons pas besoin, puisque vous me forcez à celte crudité, et puis, est-ce que les services qu'elle peut vous avoir i endus et que vous avez cru

ir..

m-i ItTTI'.KS DE JEAN REBOL'I

(lovoir qualifier sur l'enveloppe de l'envoi, peuvent être payés avec celte monnaie? Nom, mon cher ami, non. La prière payée penl son efficacifé. D'ailleurs, tout n'élait-il pas déjà payé par ce que vous avez daigné faire dans le passé pour le poète ? Si vous voulez vous acquitter, conservez-nous votre amitié et donnez-lui des manifestations que nous puissions accepter. Adieu, cher ami, pardonnez-moi cetle bourrade, mais tout en avouant que vous l'avez certes liien méritée.

P. S. — Le thermomètre est monté aujourd'hui jusqu'à 50 centigrades, à l'omhre et au nord.

LETTHE cix

Nîmes, 14 juin 1859.

Mon cher ami.

On m'a dit que les journaux commençaient à préparer la candidature de l'abbé de Lacordaire à l'Académie. Si cela était, vous pensez bien que je ne voudrais pas affronter l'immense ridicule de m'offrir.

LETTRES DE .1 K A N l'.EBOl'L '205

on |)lntàt quo l'on m'offrît, commo concurrent de l'il- Inslre dominicain. Je vous prierai donc, mon cher ami, de voir les personnes qui s'intéressent à moi, nfin de faire cesser toute démarche, -y

Je suis presque fâché d'avoir répondu, quoique avec réserve, aux propositions faites ; je ne sais pas si le refus, tonl orgueilleux qu'il aurait pu paraître, n'aurait pas mieux valu pour tout le monde : cela me tracasse. Rendez-moi mes chansons, mon somme et surtout mes amis, et reprenez votre candidature.

Le genre grognard est ici en pleine possession de tout ; il est au théâtre, aucirijue, dans les journaux, sur les murs, sur toutes les devantures, il est en topette, en pastilles, etc. Les Français gâtent tout par l'exagération, La victoire, mon cher ami, est douce au cœur du poète, et je me réjouis, au milieu de l'afTaissement public, de voir l'armée conserver sa vieille réputation et donner l'exemple d'un pareil dévoùment. Mais le chrétien et surtout le catholique souffre de voir ses frères s'égorger pour des motifs si mal définix^ pour ne rien dire de pins, etc....

".'(i ir.TTUKS DE II'AN l'.KIîOll.

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