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pas content. Tu te désespères. Le courage te manque pour affronter les 3 ou 4 semaines de mise en train. On est obligé de te remonter chaque jour comme une horloge détraquée. Il faut que Mlle X... aille te voir de temps en temps pour cela. Avoue que c'est un peu honteux. Avoue-le, je t'en supplie. Fais cela pour moi. Et tu te plains encore de ne pas être adoré des femmes. Ah ! mon pauvre ami !...
Ces gémissements me font un drôle d'effet, je t'assure, quand je pense à ma propre situation. Que dirais-tu donc et que deviendrais-tu si tu étais à ma place ? Il y a diablement longtemps que tu te serais couché pour mourir. Et aujourd'hui ? Songes-tu que je suis horriblement loin de ma patrie, sans aucun moyen d'y rentrer ? Que je viens de faire une série de six conférences, de sept même, en comptaiit la séance préliminaire qui seule sera publiée, faute d'argent ? Que c'était la première fois de ma vie et que pendant
trois semaines j'ai travaillé nuit et jour? qu'il m'a fallu non seulement écrire la matière de deux cents pages, mais encore apprendre à moitié par cœur, trouver des effets de comédien et qu'enfin, j'ai réussi à me faire passer pour un orateur du plus grand talent ?
Je t'assure qu'il m'a fallu une sacrée énergie, car tout cela me dégoûtait ferme. Mais tu sais combien il est nécessaire que je réussisse, tu sais quel fardeau je porte. Je réussirai donc, ou je mourrai à la peine. Mais je veux réussir et j'en ai le ferme espoir.
Remarque bien que tout cet effort est à recommencer. Les recettes ont été dérisoires, malgré le succès presque immense, ayant été forcé de remplir ma salle avec des billets de faveur pour me faire connaître.
Par bonheur j'ai devant moi une semaine pendant laquelle je vais pouvoir me tuer de travail et de démarches, en vue d'une seconde série plus fructueuse. J'attends une lettre d'audience chez l'une des princesses royales, une d'Orléans et une Française catholique, bonne femme, dit-on. Je vais lui demander simplement d'assurer mon succès en attirant la cour à mes conférences pour lesquelles je viens d'obtenir une vaste salle à l'Université. Ce serait alors le succès complet et je te prie de croire que j'irais trouver le Diable si c'était nécessaire.
Je sais bien, hélas ! qu'il est à peu près impossible d'obtenir de toi une lettre, à moins de t'accabler d'injures atroces et j'y suis aujourd'hui peu disposé. Ton énergie ne va pas au delà d'une carte postale, coutume ignoble qui m'exaspère.
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Je veux encore espérer cependant que, pour une fois, tu auras l'héroïsme de me répondre sérieusement. Tu te souviendras peut-être que je suis un ami de vingtcinq ans. J'ai besom que tu me répondes.
D'abord et avant tout il s'agit de Huysmans, lequel paraît avoir sur toi une influence beaucoup plus considérable que la mienne. Il m'a empêché d'assister aux derniers moments de mon pauvre Villiers, qui n'était devenu son ami que par moi, je te prie de le croire. Aura-t-il le pouvoir de détourner ton âme de la mienne ? C'est une question.
Autre chose. Je t'envoie le Prince Noir corrigé pour l'imprimeur de S... Tu sais que j'avais donné à S... un manuscrit de la Chevalière et qu'il consentait à l'imprimer. Cet opuscule suivi du Fumier des Lys, que je lui ai déjà remis, et du Prince Noir que voici, pourrait, je crois, faire une assez jolie plaquette de 200 pages dans le genre du Brelan, ou mieux, du Christophe Colomb.
Puisque tu te réjouissais de pouvoir servir tes amis dans ta nouvelle situation, c'est le moment d'agir. J'ai besoin de savoir, oui ou non, si S... publie la Chevalière, dont je suis sans nouvelles depuis mon départ. Je ne puis croire que les vingt exemplaires belges (tirages de revue) marqués au prix de dix francs, puissent être un obstacle à une édition sérieuse. Je te prie donc de presser cet homme indolent et de me renseigner au plus tôt. ,
Mais, hélas ! auras-tu le courage de m'écrire ? C'est désespérant.
Autre chose encore. Pour cela, il est inutile d'écrire. Il me faut immédiatement les Névroses pour une conférence. Tu as dit à Guérin que tu m'enverrais volontiers les livres que je te demanderais. Je te demande celui-là de la manière la plus pressante. L'exemplaire relié que tu possèdes me serait précieux à cause de l'article d'Aurevilly qui est collé en tête. De plus on n'aurait pas besoin d'acheter un exemplaire. Si tu peux te décider à un tel sacrifice, envoie ce beau volume recommandé. Tu le verras revenir de la même façon avant un mois.
Sinon, achète la brochure et expédie-la. Mais je t'en prie, sans perdre un instant. Ton inexactitude me causerait un très grand dommage.
J'ai fini. Maintenant je me jette au travail de mes conférences prochaines.
Ma femme t'envoie le bonjour le plus affectueux et moi je te serre la main.
Ton ami qui compte sur toi.
Léon Bloy.
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