‹ Lettres de jeunesseChapitre 1 sur 12 · LIBRAIRIE PLON · texte numérisé non relu

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Aux amis d'Eugène Fromentin

AVERTISSExMENT

Une jeunesse qui se peindrait elle-même sans recourir à l'adresse d'une main étrangère et dans un entier détachement de soi permettrait, avec le recul de la postérité, d'entendre distinctement les palpitations d'une âme rare.

C'est là le principal attrait de la correspondance que nous publions. Elle satisfera surtout ceux qui, à travers l'homme célèbre, cherchent l'homme.

Eugène Fromentin occupe, dans les annales de la peinture et plus encore dans l'histoire littéraire, une place à part. Il ne fit partie d'aucua groupement, société ou académie qui se fût donné pour mission, après sa mort, de prendre soin de sa mémoire. Par bonheur, il est de ceux dont la discrète renommée, d'un mouvement lent mais continu, ne cesse de grandir au jugement des artistes et des lettrés. Il a disparu depuis plus de trente ans. L'heure est venue de jeter quelques clartés sur la formation, jusqu'ici demeurée secrète, de son talent

Comment germèrent, comment s'épanouirent en lui l'homme, le peintre, l'écrivain?

Les documents abondent, d'inégale valeur. L'artiste aimait s'épancher et sa sollicitude, à travers les effusions, les adieux, les souvenirs, les respects, n'oubliait rien ni personne. Il a donc fallu se borner à extraire de ses lettres les pages intéressantes pour le public.

Cette correspondance sans apprêt est d'ailleurs fort incomplète. Le volume qu'on va lire s'arrête à l'année 1849 qui, apportant au peintre avant sa pleine maturité la consécration officielle d'une deuxième médaille, éclaire sa carrière des premiers rayons du succès et lui ouvre définitivement sa voie. Dans cette partie de sa vie, Fromentin écrivit beaucoup, mais la plupart de ses lettres, non sans doute les moins curieuses, ont disparu.

Si, en raison des lacunes qu'elle contient, cette correspondance de jeunesse ne montre pas sous toutes ses faces une nature harmonieuse, au fond très complexe, elle révélera cependant ces lignes maîtresses qui suffisent à conférer un air de vérité et de force à la simple esquisse d'une figure lorsqu'on la sent dessinée de main de maître.

Grâce à d'autres documents inédits — prose ou vers — il sera facile de suivre à travers ses tâtonnements l'évolution de l'écrivain. Au cours des lettres que lui adressèrent ses amis, nous avons trouvé éparses une foule d'indications sur sa personne, sa vie et son art.

AVERTISSEMENT m

L'étude attentive et prudente de Dominique, autobiographie volontairement altérée par la fiction du roman, apporte à son tour une utile contribution à la connaissance de l'artiste dans la genèse de sa personnalité.

De courts extraits de ses carnets de route, des références à quelques passages du Sahara et du Sahel permettront de se faire une idée précise de la jïianière dont le voyageur notait ses impressions. On y saisira de quelle auréole les embellissait plus tard la magie du souvenir.

Il a paru nécessaire, enfin, de compléter la physionomie d'Eugène Fromentin par des notes biographiques d'un certain développement, tout au moins durant les années, jusqu'alors si mal connues, de sa première jeunesse. Il ne s'agit pas ici de satisfaire la vaine curiosité de ceux qui, sous la vie d'un personnage en vue, vont cherchant l'imprévu des aventures et les anecdotes propres à défrayer la chronique du jour. Nous avons voulu simplement déférer au vœu des admirateurs et des amis en quête de vérité sur un maître qui leur est cher. Ne comprend-on pas mieux les productions de l'esprit lorsqu'on a pénétré plus avant dans la conscience intelligente qui les élabora?

Bref, restituer dans son cadre, en bonne lumière, la figure d'un homme qui, chose rare, fut à la hauteur de son œuvre, tel est le but de cette publication. Elle servira de commentaire à cette œuvre.

îv LETTRES DE JEUNESSE

Elle révélera, par surcroît, aux fidèles d'Eugène 1 Fromentin quelques-unes des pages les plus délicates qu'ait tracées sa plume (1).

(1) Comment ne pas marquer en tête de ce livre notre vive gratitude aux personnes, trop nombreuses pour être citées une à une, qui, en nous communiquant des lettres d'Eugène Fromentin, des renseignements et des documents précieux, nous ont fourni la matière de notre publication?

Mme Alexandre Billotte, née Eugène Fromentin, a bien voulu nous mettre en possession des papiers inédits laissés par son père et des lettres par lui écrites à Armand du Mesnil. Elle nous a aidé et assisté dans notre travail. C'est à elle que nous devons d'avoir pu l'accomplir. — Mlle Lilia Beltrémieux nous a confié les lettres qu'elle avait reçues de l'auteur de Dominique. Elle nous a donné d'utiles indications sur Emile Beltrémieux son frère, le plus ancien et l'un des plus chers amis de Fromentin. Elle nous a enfin permis de puiser dans ses souvenirs personnels qui revêtent l'authenticité de véritables témoignage?. — A Mme Ralph Wilson, née Bataillard, nous devons communication de nombreuses poésies du maître et des notes intéressantes prises sur lui par Paul Bataillard, l'intime confident de sa jeunesse.

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