‹ Lettres de jeunesseChapitre 26 sur 60 · ïambes, VII, éd. Moland, p · texte numérisé non relu

ïambes, VII, éd. Moland, p

leur zèle. Cette vérité, à laquelle j'ai sacrifié toute ma vie, je l'aime dans les autres, autant que dans moi. »

Cela ne ressemble en rien à de la poésie, aucun mot brillant, pas de construction rare et frappante, pas de sentiment touchant au sublime, pas de mélodie ; c'est de l'excellente prose. — Voici encore de l'excellente prose du brave et lourd Descartes, le moins poète des hommes, bien qu'il dise quelque part qu'il était amoureux de la poésie.

« .... Ma seconde maxime était d'être le plus ferme et le plus résolu en mes actions que je pourrais et de ne suivre pas moins constamment les opinions les plus douteuses, lorsque je m'y serais une fois déterminé, que si elles eussent été très assurées : imitant en ceci les voyageurs, qui, se trouvant égarés en quelque forêt, ne doivent pas errer en tournoyant, tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, ni encore moins s'arrêter en une place, mais marcher toujours le plus droit qu'ils peuvent vers un même côté et ne le changer point pour de faibles raisons, encore que ce n'ait été peutêtre au commencement que le hasard seul qui les ait déterminés à le choisir. Car, par ce moyen, s'ils ne vont justement où ils désirent, ils arriveront au moins, à la fin, quelque part où vraisemblablement ils seront mieux que dans le milieu d'une forêt ^ »

C'est de la prose un peu lourde, mais excellente et pleine de bons sens. Elle n'est pas dure, mais elle n'est pas harmonieuse. C'est précisément pour augmenter cette harmonie qu'on a inventé les vers, qui sont une forme, un moule de la poésie. — Chez les anciens, le vers était composé de certaines syllabes,

Page 1