‹ Lettres de jeunesseChapitre 25 sur 60 · Bucoliques, XL (Les Colombes), éd. Moland, p · texte numérisé non relu

Bucoliques, XL (Les Colombes), éd. Moland, p

Sans plus penser à lui, le mangent s'il est tendre.

Dans cet abîme enseveli J'ai le même destin. Je m'y devais attendre.

Accoutumons-nous à l'oubli !

Oubliés comme moi, dans cet affreux repaire,

Mille autres moutons comme moi Pendus aux crocs sanglants du charnier populaire

Seront servis au peuple-roi ' !

Remarque bien quels sont les caractères de la poésie : une grande sensibilité, la beauté des images, une imagination vive qui saisit les petits et les grands rapports, et qui voit les choses, non pas sous le côté vulgaire, mais sous le côté original, ou sublime, ou touchant; ajoute à tout cela une musique, un sentiment parfait de la mesure et de l'harmonie; voilà la poésie, voilà le poète. La poésie est à la prose, ce que les sons de la musique sont à ceux de la parole. Le caractère de la prose proprement dite est tout autre ; il faut surtout de la précision, de la sagesse, de la raison, une construction régulière, le moins de mots possible, pas de figures, pas trop de brillant. Voltaire a le génie de la prose. En revanche, même quand il fait des vers, il est rare qu'il soit un vrai poète; il n'est alors qu'un éclatant versificateur. Écoute un peu sa prose; je prends, au hasard, dans un volume de ses Mélanges :

« J'aurai sans doute bien des querelles à soutenir sur cet ouvrage ; je puis m'ètre trompé sur beaucoup de choses que le temps seul peut éclaircir ; il ne s'agit pas ici de moi, mais du public; il n'est pas question de me défendre mais de l'éclairer; et il faut, sans difficulté, que je corrige toutes les erreurs où je serai tombé, et que je remercie ceux qui m'en avertissent, quelque aigreur qu'ils puissent mettre dans

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