DIJON
A son père.
Dijon, 20 octobre i846.
Mon cher papa, J'avais le cœur gros lorsque j'ai quitté, dans la cour des Messageries', tout ce que j'aime à Paris, et je n'étais guère disposé à examiner ce que je voyais et à noter mes impressions de voyage; mais la curiosité des choses nouvelles est si puissante sur nous autres pauvres mortels que, malgré tout le chagrin qu'on a, on ouvre les yeux et on regarde. Quand on a commencé à voir, on veut voir encore. D'ailleurs je songeais au plaisir que vous auriez tous, parents et amis, loi surtout, moucher papa, et vous, Arthur et Valérie^, et tous enfin, car vous m'aimez tous également, à lire quelques détails sur ce voyage si longtemps redouté de part et d'autre. Je vous écris donc le peu que j'ai aperçu et remarqué durant ces trente-quatre heures dont chacune m'éloignait de vous; trop vite à mon gré. Je ne savais pas encore, cher papa, ce que c'est que la distance. Il faut avoir fait quatre-vingts lieues par de mauvais chemins pour le savoir.
1. Il venait d'être nommé professeur au lycée de Dijon. Sa mère l'avait accompagné pour l'installer.