‹ Lettres de jeunesseChapitre 56 sur 60 · Écrit au lendemain du coup d'État du 2 décembre · texte numérisé non relu

Écrit au lendemain du coup d'État du 2 décembre

A Laurent-Pichat.

24 février 1852.

« Quel est le poète qui résumera aujourd'hui, dans un vers mâle et sympathique, les souffrances de ces dernières années, le trouble des esprits, lamertume des cœurs, le découragement de toutes les convictions et de toutes les espérances? La place est au concours ; et peut-être Dieu n'a-t-il infligé le silence aux politiques que pour donner la parole aux poètes. A l'œuvre donc! les versificateurs sont en nombre; mais où est le poète prédestiné du moment? Lheure est propice et le monde attend. »

Je ne pourrais mieux dire, mon cher ami, ni avec plus d'autorité. Ces paroles ont paru hier dans les Débats ; elles sont de Cuvillier-Fleury, qui ne nous a point habitués à cette chaleur des désirs et du style. Le besoin dont il parle est impérieux. Je reprends mon vieux rôle, et je vous dis àe produire. Ne vous laissez pas bercer et endormir par les douceurs d'une vie de famille plus étroite. Elle vous fait déjà négliger vos amis; qu'elle ne vous fasse point négliger du moins l'amie de cœur, l'amie des anciens et tristes jours, la Muse.

Avez-vous lu les misérables vers de Barthélémy? ils exhalent une odeur de corruption; on y voit grouiller les pièces d'or.

Et vous pourriez vous taire et vous assoupir en un temps comme le nôtre? La politique en prose est presque balayée; je doute qu'à aucune époque on ait été plus disposé à écouter la voix claire et nette, la voix calme et hautaine de la poésie! Quelle faute, mon ami, si vous laissiez passer le moment! Faites

quelque chose, une pièce politique, un préambule nouveau à Jacques Bonhomme, ou autre chose ; allez voir ou Jourdan, ou la Revue des Deux Mondes, ou la Presse; agissez, remuez-vous un peu; il le faut.

J'ai lu avec plaisir le mot de Sainte-Beuve sur vous et sur lui. Rappeler Byron, c'est quelque chose. Mais pour Dieu, produisez I

Pbéface d'Alfred Croiset v

Introduction xxi

PARIS (1842-1846

A Laurent-Pichat. 11 février 1842. — Sur P/ièdre jouée par Rachel 1

— 10 avril 1843. — Sur M. Régnier, nommé précepteur du comte de Paris 4

— 26 et 27 avril 1843. — Sur la Lucrèce de Ponsard. ... 5

— 30 octobre 1843. — Le régime de VÉcole normale ... 7

A son frère Arthur. Mars 1844. — Sur la vocation 9

A Laurent-Pichat. 7 avril 1844. — Pradon et Ponsard. Contre

les jugements de Boileau. Sainte-Beuve et les petits poètes. Sur les poètes contemporains. Pourquoi il renonce à l'étude

de l'histoire pour celle de la philosophie 13

A son frère Arthur. Juin 1844. — Sur la Poésie 18

A Laurent-Pichat. 20 août 1844. — Les examens à l'École normale. M. Letrone\ M. Alexandre. La couleur locale et le musée de Cluny 28

— 9 décembre 1844. — Sur Jacqueline Pascal, par Victor Cousin. Contre Victor Cousin, qui marche sur les terres de Sainte-Beuve. Éloge des écrivains de la période de 1820

— 17 décembre 1844. — Sur les deux Nisa7'd. Sur Sainte- Beuve, La guerre du relatif et de l'absolu 40

— 19 août 1845. — Sur Chennevièrcs, village cher à d'Holbach, à Diderot et à Grimm 47

— Novembre 1845. — Pourquoi il renonce à la philosophie.

L" Université el l'Église. La Réaction 49

En note : Lettre à Octave Gréard sur M. Dubois, directeur de l'École normale (28 décembre 1893). ... 52 A Laurent-Pichat. 4 janvier 1846. — Une visite à Chateaubriand . . , '. 63

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