‹ Lettres de Jules de GoncourtChapitre 30 sur 67 · Ernest Chesneau · texte numérisé non relu

Ernest Chesneau

Bar-sur-Seine, ce 7 juillet 1862.

Ecrivez-moi ce que vous devenez, mon cher ami. Nous avons besoin de vous, de votre écriture, de votre poignée de main dans une lettre. Nous sommes dans une sous-préfecture bête, au milieu de gens... qui chantent du Béranger et confessent Jouy, — oui, Jouy lui-même, le Jouy de V Ermite de la Chaussée d'Antin. Je vague dans une bibliothèque, où il y a les œuvres complètes d'Andrieux. Je me sauve dans la campagne, et je trouve que, décidément, c'est ennuyeux comme un paysage

Brusquons ces litanies.

Où êtes-vous? Je vous écris à Groisset à tout hasard. Peut-être êtes-vous à Alchy avec votre mère? Ma lettre en tout cas peut vous attendre. Elle n'est ni un? nouvelle, ni une demande, seulement un souvenir, quelque chose qui arrive toujours à temps. Et le polissage de Salammbô, où cela en est-il? C'est vous, mon cher Flaubert, qui auriez bien mieux fait le monde qu'il n'est fait; vous ne vous seriez pas arrêté le septième jour... Quand on nommera un Dieu au suffrage universel, — ce qui ne peut manquer d'arriver, — nous vous donnerons notre voix : vous serez la Conscience

ISi LETTRES DE JULES DE GO-NCOURT

une religion perdue ou à peu près, par la littérature qui court et qui arrive.

Allons! nous allons joliment remuer cet hiver au tour de votre œuvre. Il nous faut du train, du bruit, de l'honneur autour de votre nom. Cela va purifier l'air, répandre un souffle et fouetter le public

Saint-Victor a fait, ces temps-ci. un article très bien sur le Nirvana.

Bien à vous.

Jules de Go'COUrt.

A PAUL SAINT-VICTOR

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