Geos, par le docteur Meray
me figure que le dais nuptial de nos premiers pères, d'Adam et d'Eve, devait être autrement flambant. Le ciel a eu depuis tant de représentations! Et puis c'est un peu un décor du cirque que le ciel! Il a essuyé tant de poudre, depuis une centaine d'années ^
Je ne vous parle pas de ma vie. La campagne est le Nirvana de M. Prudhomme, si j'ose m'exprimer ainsi.
Je suis furieux contre les Rothschild. La Providence s'est visiblement trompée ; ils devraient avoir votre Tintoret, vous devriez avoir leur argent, et la chose ne serait pas si longue à arranger. Enfin je veux, quoi que vous disiez, espérer encore.
A quand vos articles sur Les Misérables?
Si vous m'écrivez un mot d'ici au 28, cela vous sera compté dans le ciel et aussi sur la terre. Je vous remercierai de vive voix dans une quinzaine de jours.
Jusque là, tout à vous de cœur,
Jules de Concourt.
1. Cette idée a été reprise par nous, dans le volume d'InÉE? El Se.nsations.
A FLAUBERT
Bar-sui-Seine, 7 septembre 1802.
Mon cher ami,
?sous sommes encore à la campagne, déportés volontaires dans notre famille, par raison d'hygiène et d'économie. ?sotre vie a été cassée en deux, le mois dernier, par la maladie et la mort de notre vieille bonne. Cela nous a si rudement secoué le moral et le physique, que nous avons éprouvé le besoin de nous remettre au vert et de venir ruminer ici. Nous reviendrons, j'espère retapés, dans les premiers jours d'octobre, et prêts à rebûcher ; car notre embêtement s'est compliqué cette année d'une incurable paresse.
Je pense que vous êtes à Paris et que Salammbô est à rimpression. Nous espérions presque vous voir, le 31 août, à la fête de Gautier. Vous nous avez beaucoup manqué. Gautier a été superbe dans une pièce de lui, jouée en famille, dans la chambre de ses deux filles. Il a fait un rùle de Pantalon avec une voix inimaginable : une voix qui ressemblait à du Rabelais gloussé. C'est là-dessus que nous avons quitté Paris, ce qui nous fait paraître le domino d"ici plus fade que
LETTRES DE JLLES DE GOM-OURT 189
jamais... Nous engraissons un peu d'ennui; beaucoup de nourriture
Nous mettons nos quatre mains dans les deux vôtres.
Jules de Goncourt.
A PAUL SAINT-VICTOR
En province, le lo septembre 6-2.
Qu'est-ce que vous devenez, mon cher ami ? Je pense que vous faites vos malles avec la joie d'un écolier qui ferme son dictionnaire. Si nous ne recevons pas de vous une lettre timbrée : Ira los Montes, nous ne vous saluons plus à votre retour à Paris. Tout bien considéré, je crois que vous faites bien d'aller vers Velasquez: il serait venu à vous parle Magasin pittoresque, comme dit Doré, mais la politesse le flattera.
Qu'est-ce qu'on devient chez Peters, en admettant que vous l'honoriez toujours de votre présence? Qu'est-ce que fait Thomme aux millions, à l'endroit de votre Tintoret? Et puis, comment se porte M"^ de Montmorency ? Grandit-elle en grâces — et en phrases? Je m'aperçois que voilà trois questions qui ressemblent à l'échelle de Jacob : ça va de notre terre à votre ciel.
N'attendez pas de nouvelles de deux hommes au vert. Ils paissent, et c'est tout. Flaubert m'a écrit qu'il avait signé son traité, à des conditions extrêmement avantageuses, mais non fantastiques, comme on l'avait dit.
Vous m'avez appris ce matin que M"'' Vernon dé-
butait vendredi à l'Opéra. A l'heure, où elle dansera, je jouerai aux dominos, je cueillerai des double-six pour lui en tresser des couronnes. N'est-ce pas qu'elle devrait s'appeler Diane ? C'est, comme vous dites, un style de la Renaissance; on dirait une collaboration de Goujon et de Cellini. Enfm, vos quatre lignes m'ont rendu rêveur.
Nous serons à Paris le V^ octobre, et on se donnera, ce jour-là, une forte poignée de main.
Je suis jusque-là, mon cher ami, tout à vous et de tout cœur.
Jules de Go>'COurt.
P. -S. — Bien des choses à Claudin, le dernier des Parisiens de Paris. Dans l'autre monde, il herborisera; ce sera sa punition I
A SAINTE-BEUVE
17 novembre 1862.
Cher monsieur.
Vous nous offrez ce que nous n'osions espérer.
Nous sommes bien heureux, d'autant plus heureux qu'il nous [eût] été odieux de profiter de nos bonnes relations, pour réclamer de vous ce grand service et ce grand honneur *.
Nous sommes d'avance vos très reconnaissants.
E. et J. DE GONCOURT.*»
1, Réponse à une lettre de Sainte-Beuve, nous demandant les bonnes feuilles de la Femme au xviue siècle, pour faire un article dans le Constitutionnel.