‹ Lettres de Jules de GoncourtChapitre 60 sur 67 · II. H., ii janvier · texte numérisé non relu

II. H., ii janvier

« Comment vous écrire sur votre livre? Il faudrait en causer Vous êtes des écrivains charmants, faisant à deux un écrivain puissant; vous êtes des artistes, des philosophes, des poètes; vous êtes deux esprits d'où sort un talent souple, varié, fin, délicat, vivant; vous êtes la forme, la couleur, la saillie, le jour et l'ombre. Et tout cela, vous le jetez dans un livre ému, railleur et fort. Je me rapproche de vous par les idées, je m'en écarte par les opinions. A de certains moments vous me froissez, presque partout vous me charmez. A présent, analyser votre livre, point, j'aime mieux le relire. Persuadez-vous de ceci, mes vaillants et brillants confrères, j'applaudis vos œuvres, j'aime vos succès, et je presse vos jeunes mains dans mes vieilles pattes, n'étant plus qu'un ours.

Victor Hugo.

1. La Patrie ex danger, publiée dans notre Théâtre, Charpentier, iST9.

A ZOLA

o février 1868.

Cher monsieur et très cher confrère,

Nous avons été profondément touchés par la brave défense, que vous avez osée de Germinie Lacerteux : c'est un grand honneur pour eiJe et pour nous qu'elle ait été prise par vous, comme un drapeau. Nous aurions voulu vous dire de vive a^oIx toute notre reconnaissance; nous avons eu le regret de ne point vous trouver.

Et puis nous aurions voulu aussi vous dire toute l'émotion, que nous avons ressentie à l'âpre lecture de votre beau et poignant livre : Thérèse Raqtiin. Nous connaissons bien peu d'oeuvres, aussi étudiées et fouillées, fouillées aussi à fond dans la terrible vérité humaine, en plein cœur du crime. Admirable autopsie du remords, par toutes ces pages où palpitent des délicatesses frissonnantes, une sorte de terreur nerveuse nouvelle dans le livre. Quels cauchemars inoubliables et qui se cramponnent à la mémoire : le crime, la nuit de noce, la fin : ces deux morts! Vos tableaux sont de main d'artiste, d'observation mélancolique et profonde : le passage

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du pont Neuf, la Morgue, les paysages parisiens!... Comme votre étude presque pathologique creuse les lâches épouvantes des deux êtres, leurs changements physiques, leurs variations morales, ce rangement du crime qui finit par faire dans l'épais Laurent, la place du talent.

Nous sommes à vous et à votre livre de toutes nos s\'mpathies, avec vous par les idées, les principes, l'affirmation des droits à l'Art moderne, au Vrai et cà la Vie. Et croyez-nous

Vos amis,

Edmond et Jules de Goxcourt.

A MIGHELET

Paris, 22 février 1868.

Monsieur et cher maître,

Votre lettre, si cordiale, nous est arrivée dans la lecture de votre livre ^ Nous étions avec vous aux Pyrénées, à Java, dans l'Engadine, emportés sur toutes les cimes de la terre. Quel magicien vous êtes ! comme vous dites les mots qui ouvrent la nature! Comme des choses vous dégagez des idées ! Comme dans une fleur vous créez un monde, un univers d'amour ! Et comme vous faites des heures enchantées de loisirs palpitants aux délicats, des heures de rêves à tous ceux qui lisent encore !

Les contretemps bêtes de la vie semblent vouloir, ces temps-ci, ne nous laisser que cette communion avec vous : votre pensée sans votre parole. Nous partons quand vous arrivez, vous partez quand nous arrivons. Mais soyez sûr que, malgré les séparations^ beaucoup de nos souvenirs vont où vous êtes, et voudraient bien, par moments, y emporter nos personnes.

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