‹ Lettres de Jules de GoncourtChapitre 9 sur 67 · Article de Forgues dans VAtlieneum, du 13 avril 1834, sur · texte numérisé non relu

Article de Forgues dans VAtlieneum, du 13 avril 1834, sur

l'HlSTOlRE DE LA SoCIÉTÉ FRANÇAISE PENDANT LA RÉVOLUTION.

A GAVARNI

Bordeaux, 2-2 mai 18ok

« Je mets la main à la plume pour vous écrire », mon cher Gavarni. Et si je ne l'ai pas fait plus tôt, il faut vous en prendre à l'air de farniente qu'il fait ici; et aux inspirations de douce paresse qui montent de partout, en cette ville de beau soleil et de beaux yeux. Je vous préviens, monsieur et ami, que cette lettre manquera de suite, à cause d'un œil qneie suis en train de poser en face de ma maison, chez une charmante couturière, — avec une lorgnette de spectacle en buffle noir.

Bordeaux, dirait M. Prud'homme, ville monumen taie! beau fleuve! forêts de mâts! Le théâtre, monsieur, le théâtre! Tourny! Superbes femmes! Si monumental que soit Bordeaux, je trouve encore certaines bouchères d'ici — une surtout — plus monumentale que les monuments. Je ne sais pas si c'est à cause d'une petite touche que nous nous donnons d'habitude, mais les femmes nous semblent véritablement avoir le je-ne-sais-quoi coquet, qui fait le caprice de Thomme. Elles ont du style dans la marche, elles ont tout ce qu'avait la marchande do parapluies que vous avez connue, ou plutôt que vous vouliez connaître.

J'ai vu votre pont: ah! pour un pont, un fier pont!

Le « nerf des voyages " nous a manqué pour aller voir s'il y avait encore des Pyrénées, mais nous avons couru, à pied et en voiture, certaines parties des Landes, des villages en os, Audernos, etc. Nous avons vu les échasses, c'est-à-dire deux échasses ; des pêcheuses d'Ares nous ont portés, à bon linaigre, dans des bateaux, et nous avons flairé la résine comme pas un.

A propos d'odeurs. Bordeaux sent la fraise et l'ail. Xe trouvez-vous pas?

Maintenant, vous, comment va? Fait-il beau chez vous comme ici? G'est-il « feuillu feuilleras-tu » à Auteuil ? Messieurs vos arbres vous donnent-ils contentement?

Monsieur Jean, je vous salue, gamin! Je prends ici des leçons de bouchon pour vous administrer, à monsieur papa et à vous, une bonne raclée, ami tricheur!

Vous ètes-vous attelé au type Balzac? En abattezvous à mort, fatiguant votre plume à courir et à hacher, gardant. — je ne sais pas comment vous faites — vos blancs comme s'ils étaient enlevés au grattoir. En aurons nous une quarantaine à baptiser à notre retour? La lithographie doit avoir tort; M^'^ Georges est-elle finie? Vous savez le mot de Heine sur elle : « Magnifique soleil de chair! »

Nous revenons le 4 ou 5 juin, et nous irons vous embrasser le lendemain, et voir où vous en êtes de tout ça.

Nous avons été dans un trou l'autre jour. Nous avons vu. affiché dans l'église de ce trou, un mandement de l'archevêque de Bordeaux, où Méry est cité tout au lona-. tout comme un Père de rÉsrlise. na !

Elle est bonne ! Je tombe ici sur un journal où je vois : la Table tournante, journal catholique des faits merveilleux. Elle est rebonne! hein?

Sur ce, Edmond qui engraisse et moi qui ne maigris pas, nous vous donnons une grosse, grande et forte poignée de main, et si vous nous répondez avant le 4. vous serez un homme !

Votre littre-boit

Jules.

l*'-'' post-scriptum. — On a-t-il mis des beaux luisants à la Lorette i?

2*^ post-scriptum. — Donnera-t-on ce volume pour la rentrée 2? Oui, n'est-ce pas! Tenez, vous êtes le plus grand paresseux de travail que je connaisse- Après ça, vous finissez toujours par tout faire. Je vous rends justice, monsieur et ami, et ne doute pas de la remise du volume dans quelques semaines, hé?

Dernières nouvelles. — Elle sourit, la femme aux gilets de flanelle! Je me prépare sérieusement à enfoncer mon aîné de frère.

Une lettre de vous, mon cher Gavarni, une lettre de vous, grande, si ça se peut. Nous demeurons 97j rue Porte-Dijeaux.

1. Un dessin que Gavarni faisait pour notre exemplaire de ce petit volume qui lui était dédié.

2. Manières de voir et Façons de penser, publié en 1869, par Yriarte.

A GAVARM

Août, le iT, je crois, 18o4.

Monsieur mon ami,

La présente est pour vous apprendre, que nonobstant, nous avons fait un très bon voyage, et je mets la main à la plume pour vous écrire, que notre position sur ce littoral * est parfaitement agréable, et toute pleine de joies rabelaisiennes et autres. Figurezvous, monsieur, qu'un coq en plâtre n'est qu'un souffre-douleur à côté de la vie bonne, douce et tranquillement coulante que nous menons depuis une quinzaine. Xous sommes tombés sur un charmant garçon ^ lequel a une maison ici, et lequel a voulu absolument nous prendre en pension pour un prix rare et inhabituel : gratuitement. Dans ladite maison duquel monsieur agréable, nous mangeons des viandes succulentes, very fareivell S avec des fourchettes et des couteaux anglais, dans un service de porcelaine.

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