DU FONDEMENT DE NOS CONNAISSANCES
C’est ainsi que je connais que l’aimant attire le fer , puisque je le vois , et que l’expérience me le prouve indubitablement. Telles vérités sont nommées sensuelles , et fondées sur nos sens ou sur l’expérience.
Les preuves de la seconde classe sont renfermées dans le raisonnement ; quand je puis dire :
Cette chose est vraie , puisque je la puis démontrer par un raisonnement juste , ou par des syllogismes légitimes ;
et c’est principalement à cette classe qu’est attachée la logique , qui nous donne des règles pour raisonner juste. C’est ainsi que nous connaissons que les trois angles d’un triangle rectiligne font ensemble autant que deux angles droits. Dans ce cas je ne dis pas que je le voie, ou que mes sens m’en convainquent; mais c’est le raisonnement qui m’en assure la vérité. De telles vérités sont nommées intellectuelles ; et c’est ici qu’il faut ranger toutes les vérités de la géométrie et des autres sciences, en tant qu’on est en état de les prouver par des démonstrations. V. A. comprend aisément que ces vérités sont tout à fait différentes de celles de la première classe , où l’on n’allègue d’autres preuves que les sens , ou l’expérience , qui nous assure que la chose est ainsi, quoique nous n’en connaissions pas la cause. Dans l’exemple de l’aimant, nous ne savons pas comment l’attraction du fer est un effet nécessaire de la nature tant de l’aimant que du fer; mais nous ne sommes pas moins convain-
eus de la vérité du fait. Les vérités de la première classe sont aussi bien vérités que celles de la seconde, quoique les preuves que nous en avons soient entièrement différentes.
Je passe à la troisième classe des vérités, qui sont celles de la foi, et que nous croyons , parce que des personnages dignes de foi nous les rapportent ; ou ; bien quand nous pouvons dire :
Cette chose est vraie, puisqu’une ou plusieurs personnes dignes de foi nous l’ont assurée.
Cette classe renferme donc toutes les vérités historiques. V. A. croit sans doute qu’il y a eu autrefois un roi de Macédoine, nommé Alexandre le Grand, qui s’est rendu maître du royaume de Perse, quoiqu’elle ne l’ait point vu, et qu’elle ne puisse pas démontrer géométriquement qu’un tel bomme ait existé sur la terre. Nous le croyons sur le raj>port des auteurs qui ont écrit son histoire, et nous ne doutons pas de leur fidélité. Mais ne serait-il pas possible que tous ces auteurs eussent fait un complot de nous tromper? Nous avons raison de mépriser cette objection < et nous sommes aussi bien convaincus de la vérité de ces faits, au moins d’une grande partie, que nous le sommes des vérités de la première et de la seconde classe.
Les preuves de ces trois classes de vérités sont bien différentes; mais si elles sont bonnes chacune dans son espèce, elles doivent nous convaincre également. V. A. ne doutera pas que les Russes et les Autrichiens n’aient été à Berlin, quoiqu’elle ne