Ï)£S SOURCES D ERREUR
les ait pas vus : c’est donc auprès de V. A. une vérité de la troisième classe, puisqu’elle le croit sur le rapport d’autrui ; mais pour moi c’était une vérité de la première classe, puisque je les ai vus, que je leur ai parlé , et que bien d’autres s’en sont aperçus encore par d’autres sens. Malgré cela, V. A. en est aussi bien persuadée que nous autres.
(4 avril 1761 )
Sur le même sujet, et en particulier sur les égarements V dans la connaissance de la vérité.
Les trois classes de vérités que je viens d’établir sont autant de sources de toutes nos connaissances, et elles sont aussi les seules : tout ce que nous savons , nous le savons ou par notre propre expérience, ou par le raisonnement, ou parle rapport des autres.
Il est difficile de dire laquelle de ces trois sources contribue le plus à augmenter nos connaissances. Pour Adam et Eve, il semble qu’ils n’ont puisé que dans les deux premières; cependant Dieu leur a révélé quantité de choses dont la connaissance doit être rapportée à la troisième source, puisque ni leur propre expérience, ni leur raisonnement, ne les y ont pas conduits. Ensuite le diable s’est aussi mêlé de leur inspirer de nouvelles idées, et Adam s’est fié sur les rapports qu’Ève lui fit.
Mais sans m’arrêter à des temps si reculés, nous sommes suffisamment convaincus que, si nous ne voulions rien croire de tout ce que d’autres nous disent, ou que nous lisons dans leurs écrits, nous nous trouverions dans un fort triste état. Cependant il s’en faut beaucoup que nous devions croire tout ce qu’on nous dit , ou tout ce que nous lisons. Partout il faut user du discernement, nonseulement à l’égard de la troisième source, mais aussi à l’égard des deux autres.
Nous sommes si sujets à nous laisser éblouir par les sens, et à nous tromper dans les raisonnements, que les mêmes sources que le Créateur nous a ouvertes pour nous conduire à la vérité nous précipitent très-souvent dans l’erreur. Ce n’est donc * pas un reproche qu’on ait raison de faire plutôt à la troisième source qu’aux deux autres. Partout il i faut que nous soyons également sur nos gardes; et on trouve autant d’exemples que les hommes se sont égarés en puisant dans la première et la sej conde source, que dans la troisième. Il en est de même de la certitude des connaissances que ces trois sources nous fournissent; et on ne saurait dire que les vérités de l’une soient plus fondées 1 que celles d’une autre. Chaque source est soumise à ' des ^égarements qui pourraient nous séduire; mais il y a aussi des précautions, qui, étant bien observées , nous fournissent à peu près le même degré de conviction. Je ne sais si V. A. est plus convaincue de la vérité que deux triangles qui ont la même base et la même hauteur sont égaux