DE LA VOIX HUMAINE
La plus admirable diversité s’observe dans la voix humaine, qui nous offre le plus merveilleux chef-d’œuvre du Créateur, sans parler des différentes articulations dont la parole est formée. Que V. A. daigne seulement réfléchir sur les diverses voyelles que la bouche prononce ou chante tout simplement. Quand on prononce ou chante la lettre a, le son est tout autre que si l’on prononçait ou chantait la lettre e, ou o, ou i, ou u, ou ai , etc., quoiqu’on demeure au même ton. Ce n’est donc pas dans la rapidité ou l’ordre des vibrations qu’on doit chercher la raison de celte différence ; cette raison semble si cachée, que les philosophes ne l’ont pas encore pu approfondir.
V. A. s’apercevra aisément que, pour prononcer ces diverses voyelles, il faut donner à la cavité de la bouche une différente conformation à laquelle notre bouche est propre, préférablement à celle de tous les animaux. Aussi voyons-nous que quelques oiseaux, qui apprennent à imiter la voix humaine, ne sont jamais capables de prononcer distinctement les différentes voyelles; ce n’est toujours à cet égard qu’une imitation très-imparfaite.
On trouve dans plusieurs orgues un registre qui porte le nom de voix humaine. Ordinairement ce ne sont que des sons qui rendent la voyelle ai ou œ. Je ne doute pas qu’en y faisant quelque changement on pourrait aussi produire les sons des autres voyelles a, c, i, o, u, ou ; mais tout cela ne suffirait pas encore pour imiter une seule parole do la voix humaine : comment y voudrait-on ajouter n. 7
lll' PARTIE. LETTRE V.
les lettres consonnantes, qui sont autant de modifications des voyelles'* Notre bouche est si admirablement ajustée, que, quelque commun que soit cet usage, il nous est presque impossible d’en approfondir le véritable mécanisme.
Nous observons bien trois organes pour exprimer les consonnantes : les lèvres, la langue et le palais; mais le nez y concourt aussi très-essentiellement. En fermant le nez, on ne saurait prononcer les lettres m et n ; on n’entend alors que b et d. Une grande preuve delà merveilleuse structure de notre bouche, qui la rend propre à prononcer des paroles, est sans doute que l’adresse des hommes n’a encore pu réussir à l’imiter par quelques machines. On a bien imité le chant, mais sans aucune articulation des sons et distinction des diverses voyelles.
Ce serait sans doute une des plus importantes découvertes, que de construire une machine qui fût propre à exprimer tous les sons de nos paroles avec toutes les articulations. Si l’on réussissait jamais à exécuter une telle machine, et qu’on fut en état de lui faire prononcer toutes les paroles par le moyen de certaines touches, comme d’un orgue ou d’un clavecin, tout le monde serait avec raison surpris d’entendre qu’une machine prononçât des discours entiers, ou des sermons, qu’il serait possible d’accompagner avec la meilleure grâce. Les prédicateurs et les orateurs dont la voix n’est pas assez agréable pourraient alors jouer leurs sermons et discours sur une telle machine , tout de même que les organistes