DK LA VOIX HUMAINE
la nature des sons. Entre les bonnes qualités d’un clavecin, on exige que tous les sons aient à peu près la même force; et c’est toujours un grand défaut lorsque quelques-unes des cordes sont pincées avec plus de force que fes autres. Or, le grave et l’aigu ne se rapportent qu’aux sons simples, dont toutes les vibrations se suivent régulièrement et par intervalles égaux; et ce n’est que de ces sons, qu’on nomme simples, qu’on se sert dans la musique. Les accords qu’on y emploie sont des sons composés , où un amas de plusieurs sons produits à la fois, où parmi les vibrations doit régner un certain ordre, qui est le fondement de l’harmonie. Mais quand on ne découvre aucun ordre dans les vibrations, c’est un bruit confus dont on ne saurait dire avec quel son du clavecin il est d’accord; comme, par exemple, le bruit d’un canon ou d’un fusil.
Mais parmi les sons simples, il y a même encore une différence très-remarquable, qui semble être échappée à l’attention des philosophes. Deux sons peuvent être également forts, et d’accord avec le même son du clavecin; et malgré cela ils peuvent être très-différents à l’oreille. Le son d’une flûte est tout à fait différent de celui d’un cor, quoique tous les deux conviennent avec le même ton du clavecin, et soient également forts. C’est ainsi que chaque son tient quelque chose de l’instrument qui le rend, et on ne saurait presque dire en quoi cettequalité consiste (i) : aussi la même corde rend-elle des sons
( ij Cette qualité est ce qu’on nomme le timbre. Imaginons une série de battements inégaux , laquelle se reproduit pério-
IIIe PARTIE. — LETTRE V.
différents à cet égard, selon qu’elle est frappée, touchée ou pincée; et V. A. sait très-bien distinguer les sons des cors, des flûtes et d’autres instruments.
diquemcnt avec une grande rapidité, par exemple, 100 fois dans une seconde : le ton du son produit sera le ton C (tome I, page 12), et il ne changera pas, quel que soit l'ordre suivant lequel se succèdent , dans chaque série ou période , les battements inégaux. Au contraire, le timbre du son produit changera, selon l’ordre dans lequel se succéderont les battements forts et faibles, ou suivant les rapports qu’on établira entre les intervalles de succession des battements. Des expériences de M. Cagniard- Latour, faites avec l’appareil auquel il donne le nom de sirène, et qu'on voit dans tous les cabinets de physique, justifient trèsbien cette explication du timbre. 11 résulte de là qu’on ne peut pas concevoir une série simple ou une échelle des timbres, analogue à l’échelle ou à la série ascendante des tons; puisque, à chaque hypothèse sur le nombre et sur les intervalles de succession des battements, en peuvent correspondre une infinité d’autres sur les renforcements alternatifs, et réciproquement. D’ailleurs, chaque battement ou explosion isolée est un bruit qui n’a , à proprement parler, ni ton , ni timbre appréciable , mais qui pourtant affecte l’oreille d’une manière propre : de façon que, dans les mêmes hypothèses sur le nombre, sur l’ordre de successiorf, et sur la loi de renforcement des battements consécutifs , un changement dans le mode de production de chaque bruit ou battement élémentaire devrait donner lieu à distinguer de nouvelles sortes de timbre dans les sons produits.
Il V a sujet de croire que la distinction des voyelles , dans les voix humaines, correspond à une sorte particulière de timbre, dont la cause rentre dans l’une de celles qui viennent d’étre indiquées. Mais les expériences manquent pour nous apprendre à laquelle des causes indiquées tient ce timbre sui generis, qui se combine encore avec d’autres , par exemple avec celui qui nous fait distinguer la voix d’une personne connue, quelle que soit la voyelle qu’elle chante , et sur quelque ton qu’elle la chante.