‹ Lettres de L. Euler a une princesse d'AllemagneChapitre 27 sur 130 · DES MACHINES ÉLECTRIQUES · texte numérisé non relu

DES MACHINES ÉLECTRIQUES

par ce moyen la houle peut être surchargée d’éther à un plus haut degré que les tuyaux de verre. Aussi les efTets de l’électricité y sont plus considérables, mais de la même nature que ceux que je viens de rapporter, en attirant et repoussant alternativement des corps légers; et les étincelles qu’on y voit en y touchant sont beaucoup plus vives.

Mais on ne s’est pas contenté de cette espèce d’expériences que je viens de transcrire à V. A. ; on a employé cette houle électrisée à nous découvrir des phénomènes beaucoup plus surprenants.

Après avoir construit la machine pour faire tourner la boule autour de ses essieux A et R, on suspend une barre de fer FG (fig- 7) , au-dessus ou à côté de la houle, et on dirige vers cette houle une chaîne de fer ou d’autre métal ED , terminée en D à des fils métalliques qui touchent la boule (1). Il suffit que cette chaîne soit attachée à la barre de fer d’une manière quelconque, ou qu’elle la touche seulement. Alors, quand on fait tourner la houle qui frotte contre le coussin en C, afin que l’éther dans le verre devienne surchargé et plus élastique, il en passera aisément dans les fils D, lesquels, étant d’une matière métallique, ont leurs pores très-ouverts; et delà il se déchargera par la chaîne DE dans la barre de fer FG. Ainsi, par le moyen de la houle, l’éther exprimé du coussin C s’accumulera successivement dans la

(1) Dans les machines modernes, la barre de fer est remplacée par un cylindre de laiton faisant corps avec les supports du plateau, et qu’on nomme conducteur. I.e conducteur est armé, de pointes qui soutirent l'électricité accumulée sur le plateau.

barre de fer FG , qui devient par conséquent aussi électrique, et son électricité s’accroît à mesure qu’on continue à tourner la boule.

Si cette barre communiquait encore avec d’autres corps à pores ouverts, elle y déchargerait bientôt le surplus de son éther , et perdrait par là son électricité; l'éther puisé du coussin serait dispersé par tous les corps en liaison entre eux, et sa plus grande compression ne serait plus sensible. Pour prévenir cet accident, qui ferait échouer tous les phénomènes de l’électricité,’ il faut nécessairement appuyer ou suspendre la harre par des soutiens d’une matière qui ait ses pores bien fermés : de cette nature sont le verre, la poix , le soufre, la cire d’Espagne et la soie. Il sera donc bon d’appuyer la barre sur des soutiens de verre ou de poix, ou bien de la suspendre par des cordes faites de soie. C’est donc par ce moyen que la barre est mise à l’abri de perdre son éther accumulé, puisque de tout côté elle n’est euvironnée que par des corps à pores bouchés, qui n’accordent presque aucune entrée à l'éther de la barre. Dans cet état, on dit que la harre est isolée, ou dégagée de tout contact qui lui pourrait dérober son électricité. Cependant V. A. jugera aisément qu’il n’est pas possible d'empêcher toute perte; c’est pourquoi l’électricité d’une telle barre diminue successivement , à moins qu’on ne continue à l’entretenir par le mouvement de la boule.

De cette manière on communique l’électricité à une barre de fer, qu’on ne saurait jamais rendre électrique, quelque peine qu’on se donnât à la frotter,

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