DES MACHINES ÉLECTRIQUES
el cela à cause de ses pores ouverts. Et c’est aussi par cette même raison qu'une telle barre, étant devenue électrique par communication , produit des phénomènes beaucoup plus surprenants. Quand on présente à la barre un doigt ou une autre partie du corps, on voit sortir de la barre une étincelle trèsbrillante en forme d’une aigrette, laquelle entrant dans le corps y cause une piqûre sensible et quelquefois douloureuse. Je me souviens y avoir présenté une fois la tète couverte d’une perruque et d’un chapeau; mais le coup perça si vivement à travers, que j’en ai senti la douleur encore le lendemain.
Ces étincelles, qui échappent partout de la barre en approchant d’elle un corps à pores ouverts, allument d’abord l'esprit-de-vin , et tuent de petits oiseaux dont on présente la tète. Quand on plonge l'autre bout de la chaîne DE dans un bassin rempli d’eau, soutenu par des corps à pores fermés, comme du verre, de la poix et de la soie, toute la quantité d’eau devient électrique; el quelques auteurs assurent avoir électrisé de cette façon des lacs tout entiers, de sorte que quand on y approchait la main , on a vu sortir de l’eau même des étincelles très-piquantes. Mais il me semble qu'il faudrait bien longtemps tourner la boule pour pousser une si grande partie d’éther dans une masse si énorme d’eau ; il faudrait aussi que le lit, et tout ce qui environne le lac, ait ses pores bien fermés.
De celte manière, plus les pores d’un corps sont ouverts, et plus est-il propre à recevoir un plus haut degré d’électricité, et «à produire des effets
prodigieux. V. A. conviendra que tout cela est très-confornie aux principes que j’ai établis au commencement.
LETTKE XIV.
(18 juillet 1761.)
Sur l'électrisation des hommes et des animaux.
Comme on peut transporter l’électricité du verre dans une barre de fer, par le moyen d’une chaîne qui y établit une communication, on peut de la même manière faire passer l’électricité dans le corps d’un homme, attendu que les corps des animaux ont avec les métaux et l’eau cette commune propriété, que leurs pores sont fort ouverts; mais il faut que cet homme ne touche point à d’autres corps dont les pores sont aussi ouverts.
Pour cet effet, on place l’homme sur un grand morceau de poix, ou on le fait asseoir sur une chaise soutenue par des colonnes de verre, ou enfin on suspend cette chaise par des cordes de soie, puisque toutes ces matières ont leurs pores assez fermés pour ne pas laisser échapper l’éther dont le corps de l’homme devient surchargé par l’électrisation.
Cette précaution est absolument nécessaire; car si le corps de l’homme était posé sur la terre nue, qui a aussi ses pores assez ouverts, dès que l’éther dans le corps de l’homme serait porté à un plus