‹ Lettres de L. Euler a une princesse d'AllemagneChapitre 50 sur 130 · DE LA DÉCLINAISON MAGNÉTIQUE · texte numérisé non relu

DE LA DÉCLINAISON MAGNÉTIQUE

Ayant donc une fois déterminé la déclinaison de l’aiguille aimantée, om peut s’en servir aussi bien que si elle montrait précisément le nord. On entouh» ordinairement l’aiguille d’un cercle, et alors on n’a qu’à marquer le nord à la juste distance du bout boréal B de l’aiguille, afin qu’elle en décline de io° vers l’occident , et la ligne nord-sud nous marquera la vraie ligne méridienne avec les quatre principaux côtés du monde, nord, est, sud, ouest.

Pour déguiser mieux le secret, on cache l’aiguille aimantée dans un cercle de carton, comme la figure le fait voir, excepté que l’aiguille n’est plus visible; de sorte que le carton fait avec elle un seul corps qu’on met au centre sur un pivot, afin que le cercle avec l’aiguille puisse se tourner librement ; et alors le cercle prendra toujours cette situation, que le point marqué nord soit dirigé précisément vers le nord, pendant que le bout boréal de l’aiguille, qu’on ne voit point, s’en écarte en effet d’un angle de i5° vers l’occident. Cette construction ne sert qu’à déguiser la déclinaison, que le vulgaire regarde comme un défaut , quoiqu’il soit plutôt un digne objet de notre admiration, comme nous le verrons bientôt; et le carton ne faisant qu’augmenter le poids de l’aiguille, empêche qu’elle ne puisse plus tourner si librement que si elle était plus légère.

Pour prévenir cet accident et se servir mieux de la boussole, on pose l’aiguille dans une boîte ronde, dont la circonférence est divisée en 36o degrés, et porte, outre cela, les noms des principaux côtés du monde. Au centre se trouve le pivot ou la pointe ii. 16

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qui porte l’aiguille, laquelle affectant une certaine direction, on tourne la boite jusqu’à ce que le bout boréal de l’aiguille B réponde au juste point dans la circonférence, c’est-à-dire au 1 5* degré , en comptant depuis le nord vers l’occident; et alors les noms marqués sur la circonférence conviendront avec les vrais côtés du monde.

Mais par mer on se sert pourtant des aiguilles enchâssées dans des cercles de carton, dont la circonférence même est divisée en 36o degrés , pour n’être pas obligé de tourner la boîte : alors le cercle de carton, qu’on nomme boussole, marquant les vrais côtés du monde, on n’a qu’à y rapporter la route que tient le vaisseau, pour savoir vers quel côté le vaisseau court , si c’est au nord , au sud , à l’est, à l’ouest, ou à quelque direction moyenne. C’est aussi sur la boussole qu’on juge les vents, ou la contrée d’où ils soufflent; puisque c’est de là qu’on leur impose des noms. Cependant il faut être bien assuré de la déclinaison ou variation de la boussole; nous l’avons bien trouvée ici de i5° vers l’ouest, mais en d’autres lieux sur la terre elle pourrait être différente, comme j’aurai l’honneur de le faire voir, dans la suite.

LETTRE XXXIX

(13 octobre 1781.)

Sur la variation que la déclinaison de la boussole éprouve au meme endroit.

Quand j’ai dit que la déclinaison de la boussole est de i5° vers l’occident, cela ne se doit entendre que de Berlin et pour le temps présent; car on a remarqué que non-seulement dans les différents endroits de la terre cette déclinaison est différente, mais qu’elle change aussi avec le temps dans le même lieu.

Ainsi à Berlin la déclinaison magnétique est à présent beaucoup plus grande qu’autrefois : je me souviens encore très-bien qu’elle n’a été que io°; et au siècle passé il y eut un temps où elle fut nulle, de sorte que la situation de l'aiguille aimantée convint alors exactement avec la ligne méridienne. Cela est arrivé environ l’an 1670, et depuis ce temps la déclinaison est successivement devenue de plus en plus grande vers l’ouest jusqu’à 1 5° , comme elle est aujourd'hui; or, il y a apparence que de ce temps-ci elle ira de nouveau en diminuant, jusqu’à ce qu’elle revienne nulle une seconde fois. Ce n’est cependant qu’une conjecture , et nous sommes encore bien éloignés de pouvoir prédire quelque chose de certain là-dessus.

ni* partir. — LETTRE xxxix.

D’ailleurs nous savons certainement qu’avant l’époque de 1670 la déclinaison a été contraire, ou dirigée vers l’orient; et plus nous remontons au delà de ce terme , plus nous trouvons que la déclinaison est grande vers l’orient. Or, nous ne saurions remonter plus haut qu’au temps où l’aiguille aimantée fut découverte, et qui tombe dans le quatorzième siècle; et encore ici à Berlin, c’est bien longtemps après que cette découverte a été connue, qu’on a commencé à en observer la déclinaison , parce que d’abord on ne s’était pas encore aperçu que l’aiguille aimautée s’écartât de la ligne méridienne.

Mais à Londres, où l’on a été plus attentif sur cet article, on a observé la déclinaison magnétique l’an i58o de ii°i5' Est, en i6aa de 6°o'Est, en i634 de 4° 5' Est. En 1657 il n’y eut point de déclinaison, mais en 167a elle fut de a° 3o' Ouest, en 169a de 6°o' Ouest; et à présent elle pourrait bien être de 180 Ouest, ou davantage. I)’où V. A. voit qu’au commencement du siècle passé elle a été environ 8° vers l’est ; que depuis elle a successivement diminué jusqu’à ce qu’elle est devenue insensible en 1657, et qu’après ce temps elle est devenue occidentale ou vers l’ouest, en augmentant jusqu’à présent.

A Paris, elle a presque tenu le même ordre, mais elle fut nulle l’an 1666, ou neuf ans plus tard qu’à Londres ; d’où V. A. apprendra la plus grande bizarrerie dans la diversité des déclinaisons, tant par rapport aux divers lieux de la terre pour le même

temps, que par rapport au même lieu pour des temps différents (i).

A présent, non-seulement par toute l’Europe, mais aussi par toute l’Afrique et dans la plus grande partie de l’Asie, la déclinaison est occidentale ; mais en quelques lieux plus grande, en d’autres plus petite que chez nous. Il y a des contrées en Europe où elle est plus grande que chez nous, savoir, en Ecosse et en Norvège, où la déclinaison sera bien au delà ao°; en Espagne, en Italie et en Grèce, au contraire, elle est plus petite, et environ de n“; sur les côtes occidentales de l’Afrique elle est environ io°, et sur les orientales ia°. Mais avançant dans l’Asie vers l’est, elle diminue successivement, et s’évanouit même au milieu de la Sibérie à Jeniseisk; elle disparait encore à la Chine à Pékin, et aussi au Japon ; mais au delà de ces endroits, plus vers l’est, la déclinaison devient orientale, et va en augmentant en ce sens par la partie boréale de la mer Pacifique jusqu’aux côtes occidentales de l’Amérique, d’où elle va de nouveau en diminuant, jusqu’à ce quelle s’évanouisse derechef en Canada, à la Floride, aux îles Antilles, et de là vers les côtes du Brésil. Au delà de ces contrées plus vers l’orient, c’est-à-dire vers l’Europe et l’Afrique, elle redevient occidentale, tout comme je l’ai déjà remarqué.

Or, pour avoir une parfaite connaissance de l’état présent de la déclinaison magnétique, il fau-

(i) A Paris, la déclinaison ouest est allée en croissant jusqu’en 1819, époque où elle a atteint la valeur maximum d’environ aa" af»'. Elle va maintenant en diminuant.

tirait être en état de marquer pour tous les lieux, tant sur terre que sur mer, de quelle grandeur est à présent la déclinaison magnétique, et si elle tend vers l’occident ou vers l’orient. Une telle connaissance serait sans doute très-estimable, mais elle n’est point du tout à espérer; il faudrait qu’il y eut à présent partout des hommes habiles, qui, observant chacun dans son lieu la déclinaison magnétique, nous communiquassent leurs observations avec exactitude : cependant, nous devrions certainement attendre encore quelques années, jusqu’à ce que les plus éloignées nous soient parvenues; par conséquent nous n’arriverions à cette connaissance qu’au bout de quelques années. Or, quoique dans deux ou trois ans la déclinaison de l’aiguille aimantée ne change pas considérablement , ce changement, quelque petit qu’il soit, empêcherait toutefois que la connaissance de toutes ces observations, faites dans les différentes contrées de la terre, nous éclaircissent parfaitement sur l’état présent des différentes déclinaisons de l’aiguille aimantée.

Il en est de même des temps passés, et à chaque année répond un certain état de déclinaison magnétique qui lui est propre, et qui le distingue de tous les autres temps, tant passés que futurs. Cependant il serait bien à souhaiter que nous eussions un tel état bien détaillé pour une seule année, et nous ne manquerions pas d’en tirer des éclaircissements trèsimportants.

Feu M. Flalley, très-célèbre astronome d’Angleterre, a tâché de nous donner un tel état de la

déclinaison magnétique pour l’année 1700, fondé sur un grand nombre d’observations qui ont été faites en plusieurs lieux , tant sur terre que sur mer; mais outre que des contrées très-considérables, où de telles observations n’ont pas été faites, y ont été omises , la plupart de celles qu’il a employées ont été faites plusieurs années avant cette époque de 1700; de sorte que jusque-là la déclinaison a pu souffrir des changements assez considérables. D’où il s’ensuit que cet état, qu’on trouve représenté sur une carte générale de la terre, ne saurait être regardé que comme très-défectueux : d'ailleurs, à quoi nous servirait-il à présent de savoir l’état de la déclinaison magnétique pour l’année 1700, qui depuis ce temps est très-considérablement changé?

D’autres géographes anglais ont bien donné depuis une semblable carte, où toutes les déclinaisons devraient être représentées telles qu’elles ont été l’an 1744- Mais outre que cette carte a les mêmes défauts que celle de Halley , et que les observations leur manquaient encore pour plusieurs contrées, ils n’ont pas balancé à remplir ces espaces vides, en consultant la carte de Halley , qui n’avait plus certainement lieu l’an 1744* D’où V. A. jugera que notre connaissance sur cet important article de la physique est encore extrêmement imparfaite.

III' PARTIE

(17 octobre 1701.)

Sur la carte des déclinaisons, et de quelle manière elle pourrait servir à découvrir les longitudes.

Il sera bon d’expliquer aussi de quelle manière Halley s’y est pris pour représenter les déclinaisons magnétiques dans la carte qu’il a dressée pour l’année 1700, afin que si V. A. voit une telle carte, elle en comprenne la construction.

D’abord, il a marqué à chaque endroit la déclinaison de l’aiguille aimantée, telle qu’elle y a été observée; parmi tous ces lieux, il a distingué ceux où il n’y eut point du tout de déclinaison , et il a vu que tous ces lieux tombent dans une certaine ligne qu’il nomme la ligne de nulle déclinaison, puisque partout sous cette ligne la déclinaison était alors nulle. Cette ligne n’était ni un méridien, ni un parallèle, mais elle traversait par des tours très-obliques l’Amérique septentrionale, et en sortait près les côtes de la Caroline; de là elle se courbait pour traverser la mer Atlantique entre l’Afrique et l’Amérique. Outre cette ligne, il en découvrit encore une autre où la déclinaison s’évanouissait pareillement; celle-ci descendait par le milieu de la Chine, et passait de là par les îles Philippines et la Nouvelle-Hollande. L’on peut bien juger par le trait de ces deux

UK LA CAHTE UES DÉCLINAISONS. 249

lignes, qu’elles ont une communication près de l’un et l’autre pôle de la terre.

Après avoir fixé ces deux lignes de nulle déclinaison, M. Halley a remarqué que partout entre la première et la dernière, en passant de l’occident vers l’orient, c’est-à-dire, vers toute l’Europe, l’Afrique et presque toute l’Asie , la déclinaison était occidentale; or, de l’autre côté au delà de ces deux lignes, c’est-à-dire, dans toute la mer Pacifique, la déclinaison était orientale. Ensuite, ayant fixé ces deux lignes comme principales, il allait considérer tous les lieux où la déclinaison était de 5° occidentale; d’où il voyait que par tous ces lieux il pouvait encore commodément tirer une ligne , qu’il nomme la ligne de 5° occidentale; il trouvait aussi deux lignes de cette nature, dont l’une accompagnait, pour ainsi dire, la première sans déclinaison , et l’autre la dernière. Il en fit de même des lieux où la déclinaison était de io°, ensuite de i5°, de ao°, etc., et il vit que les lignes de ces graudes déclinaisons étaient bornées vers les pôles, pendant que celles des petites déclinaisons traversaient toute la terre et passaient par l’équateur.

En effet, sous l’équateur, la déclinaison ne saurait à peine surpasser i5°, tant vers l’ouest que vers l’est; mais, en approchant des pôles, on peut arriver à des lieux où la déclinaison surpasse 58° et 6o"; il y en aura aussi sans doute où elle est encore plus grande, surpassant même 90° et plus, où le bout boréal de l’aiguille se tournera par conséquent vers le sud.

Enfin , après avoir aussi tiré de semblables ligues par les lieux où la déclinaison était orientale de 5°, 10”, i5°, et ainsi de suite, M. Halley a rempli de cette manière toute la carte qui représente la surface entière de la terre de telles lignes, sous chacune desquelles la déclinaison est partout la même, pourvu que les observations ne manquent pas. Aussi, M. Halley a-t-il été assez scrupuleux pour ne pas continuer ces lignes au delà des lieux dont il avait des observations; ce qui est la raison que la plus grande partie de sa carte est vide de ces lignes.

Mais en cas qu’on eut une telle carte juste et complète, on y verrait d’un coup d’œil quelle déclinaison aurait régné à chaque endroit dans le temps pour lequel la carte aurait été dressée; car, quand même le lieu proposé ne se trouverait pas précisément sous une des lignes marquées, en le comparant avec les deux lignes entre lesquelles il serait situé, on estimerait aisément la déclinaison moyenne qui lui conviendrait. Ainsi, si je me trouvais entre les lignes de io° et de i5° de déclinaison occidentale, je serais certain que la déclinaison y serait plus grande que io° et moindre que i5°; et , selon que je serais plus proche de l’une ou de l’autre, je trouverais aisément le juste milieu qui m'indiquerait la véritable déclinaison.

V. A. reconnaîtra sans difficulté par là que si l’on avait une telle carte exacte, elle nous servirait à découvrir les longitudes, au moins pour le temps auquel elle conviendrait. Supposons, pour expliquer cette méthode, «pie nous ayons une telle carte

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