‹ Lettres de L. Euler a une princesse d'AllemagneChapitre 69 sur 130 · DES VERRES DE PRESBYTES · texte numérisé non relu

DES VERRES DE PRESBYTES

entre eux comme INF et NF : et comme des lignes parallèles sont censées courir à l’infini , et que l’image est toujours où les rayons qui sont sortis d’un point de l’objet se réunissent de nouveau après la réfraction; dans le cas où la distance de l’objet OA est égale à la distance de foyer du verre, le lieu de l’image s’éloigne à l’infini ; et puisqu’il est indifférent qu’on conçoive que les lignes parallèles NF et NF concourent à l’infini vers la gauche, ou qu’elles concourent vers la droite, on peut dire également que l’image se trouve, tant à droite qu’à gauche, dans un éloignement infini, l’effet en étant toujours le même.

Cela remarqué, V. A. jugera aisément en quel lieu l’image doit se trouver, lorsqu’on approche l’objet davantage du verre.

Soit OP (Jig. 71) l’objet; et puisque sa distance OA du verre convexe est moindre que sa distance du foyer, les rayons OM, OM qui y tombent du point O sont trop divergents pour que la force réfractive du verre les puisse rendre parallèles entre eux : ils demeureront donc encore, après la réfraction, divergents, comme le marquent les lignes NF et NF, mais beaucoup moins qu’auparavanl; et conséquemment en prolongeant ces ligues en arrière , elles concourront quelque part en o, comme V. A. le peut voir dans les lignes ponctuées No et No. Par conséquent, les rayons NF et NF, après avoir passé par le verre, tiennent la même route que s’ils venaient du point o, quoiqu’ils n’aient pas passé par ce point, puisque ce n’est que dans le verre qu’ils ont piis cette nouvelle roule. Un œil donc qui rc-

coït ces rayons réfractés INF, INF, sera également affecté que si ces rayons venaient effectivement <lu point o , et par conséquent s'imaginera que l’objet de sa vision existe en o. Toutefois, il n’y aura point d’image comme dans le cas précédent: on aurait beau mettre en o une table blanche, il ne s’y représenterait aucun tableau, faute de rayons; c’est pourquoi on dit qu’il y a en o une image imaginaire, c’est-à-dire, une image qui n’est point réelle, le mot imaginaire étant opposé à celui de réel.

Cependant un œil placé en E reçoit la même impression que si l’objet OP, dont les rayons sont sortis originairement, existait en o. Il est donc trèsimportant de connaître, tout comme dans les cas précédents, tant le lieu que la grandeur de cette image imaginaire op. Pour le lieu , il suffit de remarquer que si la distance de l’objet AO était égale à la distance du foyer du verre, l’image en serait éloignée à l’infini , et c’est ce que ce cas a de commun avec le cas précédent; mais plus on approche l’objet du verre, ou cjue la distance AO devient plus petite que la distance du foyer du verre, plus aussi l’image imaginaire s’approche du verre, de sorte pourtant quelle reste toujours plus éloignée du verre que l’objet même>

Pour éclaircir la chose par un exemple, supposons que la distance de foyer du verre soit de six pouces; et pour les différents éloignements de l’objet, la table ci-jointe nous marque la distance de l’image imaginaire op.

DES VERRES DE PRESBYTES. 3(i I

a j de l’objet AO 6, 5, , 3, a, î.

.ï j de l’image Ao iniini, 3o, ta, 6, 3, i j.

Pour la grandeur de cette image imaginaire op, la règle de la trouver est aisée et générale: on n’a qu'à tirer par le milieu du verre (que j’ai marqué par la lettre C), et par l’extrémité de l’objet P, la ligne droite CP/;, et où elle rencontre la ligne op tirée perpendiculairement en o à l’axe du verre, elle donnera la grandeur de l’image imaginaire op ; d’où l’on voit que cette image est toujours plus grande que l’objet même OP, et cela autant de fois qu’elle est plus éloignée du verre que l’objet OP. Ensuite on voit aussi que cette image n’est pas renversée comme dans le cas précédent, mais qu’elle est debout de même que l’objet.

De là V. A. comprend quel usage peuvent tirer de ces verres les personnes dont la vue n’est pas bonne pour regarder les objets de près , et qui les voient mieux dans un grand éloignement. Ces personnes n’ont qu’à regarder ces objets par des verres convexes, et ils les verront comme s’ils étaient fort éloignés. Ce défaut de ne pas bien voir les objets qui sont près de nous se trouve ordinairement chez les vieillards , qui se servent aussi pour celte raison de lunettes qui contiennent deux verres convexes , et qui , étant exposés au soleil , brûlent aussi bien qu'un verre ardent, ce qui fait connaître la distance du foyer de chaque verre. Quelques personnes ont besoin de lunettes dont le foyer est fort court; d'autres se servent de lunettes d’un foyer

plus grand , selon la portée de leur vue : mais il me suflit pour le présent d’avoir expliqué l’usage de ces lunettes en général.

(16 janvier 1762.)

Sur l’usage et l’effet d'uu verre concave, lorsqu'on regarde immédiatement à travers.

V. A. vient de voir comment les verres convexes soulagent la vue des vieillards, en leur représentant les objets plus loin qu’ils sont effectivement ; mais il y a aussi des yeux qui demandent, pour voir distinctement les objets, qu’ils soient représentés plus près, et ce sont les verres concaves qui leur rendent ce service : ceci me conduit à l’explication de l’effet des verres concaves, qui est directement contraire à celui des verres convexes.

Lorsque l’objet OP (Jig. 72) est fort éloigné, et que ses rayons OM, OM tombent presque parallèles sur le verre concave TV , alors , au lieu de devertir convergents par la réfraction du verre , ils deviennent au contraire plus divergents, en suivant les routes NF, INF, qui, étant prolongées en arrière, concourent dans le point o; de sorte qu’un œil placé par exemple en E, reçoit ces rayons réfractés de la même manière que s’ils partaient du point o, quoique effectivement ils viennent du point O; et c’est par cette raison que j’ai dans la figure ponctué les lignes droites No, No.

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