DES VERRES UE MYOPES
\ . l)e là il est clair que les images représentées par les verres concaves sont toujours plus petites que les objets : et la raison en est évidente, puisque les images sont plus proches que les objets; on n’a qu’à regarder la figure pour s’assurer de cette vérité. Ce sont les propriétés principales qu’il est bon de remarquer sur la nature des verres concaves, et la manière dont ils représentent les objets.
Maintenant il est aisé de comprendre comment les verres concaves rendent de grands services à ceux qui ont une vue courte. V. A. connaît bien des personnes qui ne sauraient lire ou écrire, à moins qu’elles ne touchent presque le papier de leur nez. Afin donc que ces gens voient distinctement, il faut qu’ils approchent les objets de leurs yeux, et je crois avoir déjà remarqué qu’on leur donne le nom de myopes : à ceux-ci les verres concaves seront d’un excellent usage, car ils leur représentent les objets les plus éloignés commj»»éianl fort près : les images n’étant plus éloignées de ces verres que de leur distance de foyer, qui , pour la plupart , ne surpasse pas quelques pouces.
Il est bien vrai que ces images sont aussi beaucoup plus petites que les objets mêmes; mais cela n’apporte aucun obstacle à la vision distincte. Une petite chose de près nous peut paraître plus grande qu’un très-grand corps lorsqu’il est fort éloigné. En effet, une pièce de deux dreyer ( i ) paraîtra à V. A.
(i) Petite monnaie d’argent, qui est la quarante-huitième partie d’un écu , et un peu plus grande que la prunelle de l'œil.
( Note des anciennes éditions. )
plus grande qu’une étoile du ciel, quand même cette étoile surpasserait de beaucoup la terre en grosseur.
Ceux donc qui ont la vue courte, ou les myopes, ont besoin de verres qui leur représentent les objets plus près, et ce sont les verres concaves. Or, ceux qui ont la vue trop longue, qu’on nomme presbytes , ont besoin de verres convexes, qui leur représentent les objets dans un plus grand éloignement.
(19 j»n,irr 1769.)
De la grandeur apparente, de l'angle visuel; et sur les microscopes en général.
.l’ai eu l’honneur de parler à V. A. des myopes, qui sont obligés de se servir de verres concaves pour bien voir les objets éloignés, pendant que les presbytes se servent de verres convexes pour bien voir les objets voisins: chaque vue a une certaine étendue, chacun voudrait avoir un verre qui lui représentât parfaitement les objets. Chez les myopes, cette distance est fort petite, et chez les presbytes très-grande; mais on trouve aussi des yeux si bien conditionnés, qu’ils voient également bien les objets voisins et les éloignés.
Cependant, de quelque nature que soit la vue d'un homme, la distance ne doit jamais être trop
DK I.A VISION DISÏINCTK. 367
petite : il n’y a point de myopes qui puissent voir distinctement à une distance plus petite qu’un pouce. V. A. aura sans doute bien observé que lorsqu’elle approche un objet trop près de ses yeux, elle ne voit rien que très-confusément; cela dépend de la structure des yeux, qui est telle dans les hommes, qu’ils ne peuvent pas voir à une trop petite distance : mais il n’v a aucun doute que les insectes puissent voir à de très-petites distances, et que les objets fort éloignés leur demeurent invisibles. 3e ne crois pas qu’une petite mouche puisse voir les étoiles, parce qu’elle voit très-bien à la distance d’une dixième partie d’un pouce, où nous ne voyons absolument rien. Cette considération me conduit à l’explication des microscopes, qui nous représentent les plus petits objets comme s’ils étaient bien grands. Or, pour en donner une juste idée, il faut bien distinguer la grandeur apparente de chaque objet, de sa grandeur véritable; celle-ci fait l’objet de la géométrie, et est invariable tant que le corps demeure dans son état. Mais la grandeur apparente peut varier à l’infini , quoique le corps demeure toujours le même. Ainsi , les étoiles nous paraissent extrêmement petites, quoique leur grandeur véritable soit prodigieuse. La raison en est que nous en sommes à une très-grande distance. S’il nous était permis de nous approcher, elles nous paraîtraient plus grandes : d’où V. A. jugera aisément que la grandeur apparente dépend de l’angle que font entre eux les rayons qui viennent des extrémités de l’objet dans nos yeux.
III* PARTIE. LETTRE IAVll.
Soit POQ \Jig- 7 3 ) l’objet de notre vue, lequel, si l’oeil était placé en A, paraîtra sous l’angle FAQ, qui est nommé l’angle visuel, et nous indique la grandeur apparente de cet objet; d’où il est évident que plus l’œil s’éloigne de l’objet, plus cet angle devient petit; et ainsi il est possible (pie les plus grands corps nous paraissent sous un très-petit angle visuel, pourvu que nous nous en soyons assez éloignés, comme il arrive dans les étoiles. Mais quand l’œil s'approche davantage de l’objet, et qu’il le regarde de B, il lui paraîtra sous l’angle visuel PBQ, tpii est visiblement plus grand que PAQ. Approchons l’œil jusqu’en C, et l’angle visuel PCQ sera encore plus grand. De plus, l’œil étant placé en D, l’angle visuel sera PDQ; et en l’approchant jusqu’en E , l’angle visuel sera PEQ toujours plus grand. Donc, plus on approche l’œil de l’objet, plus l’angle visuel devient grand, et ainsi la grandeur apparente plus grande. Donc, quelque petit que soit l’objet, il est possible d’en augmenter la grandeur apparente autant qu’on voudra : on n’a qu’à s’en approcher autant qu’il faut pour un si grand angle visuel. Ainsi, une mouche étant assez proche de l’œil pourra paraître sous un aussi grand angle qu’un éléphant, à la distance de dix pieds. Dans une telle comparaison, il faut soigneusement ajouter la distance dans laquelle on suppose voir l’éléphant; car, sans cette condition, on 11e dirait absolument rien , puisqu’un éléphant ne nous parait grand que quand nous n’en sommes pas fort éloignés. Déjà, à la distance d’un mille, 011 ne distingue