‹ Lettres de L. Euler a une princesse d'AllemagneChapitre 73 sur 130 · DK LA VISION DISTINCTE · texte numérisé non relu

DK LA VISION DISTINCTE

peut-être plus un éléphant d’un cochon; et s’il ^ait transporté dans la lune, il deviendrait absolument invisible, à cause de sa trop petite grandeur apparente; et à cet égard je pourrais bien dire qu’une mouche me parait plus grande qu’un éléphant, s’il se trouvait dans un très-grand éloignement. Ainsi, quand on veut parler avec précision, on ne peut pas parler de la grandeur apparente d’un corps sans avoir égard à la distance de ce corps, puisque le même corps nous peut paraître tantôt très-grand, tantôt très-petit, selon que la distance est plus petite ou plus grande. 11 semble donc très-facile de voir les plus petits objets sous de très-grands angles visuels : on n’a qu’à les tenir à une très-petite distance de l’œil.

Une mouche pourrait bien se servir de cet expédient; mais les yeux des hommes ne sauraient rien voir dans de trop petites distances, quelque courte que soit leur vue; d’ailleurs les bonnes vues voudraient aussi voir les plus petits objets d’une extrême grosseur. 11 s’agit de trouver un moyen par lequel nous puissions voir un objet distinctement , nonobstant sa grande proximité de l’œil. Les verres convexes nous procurent cet avantage, en éloignant l’image des objets qui nous sont trop près.

Qu’on se serve d’un très-petit verre convexe MN (Jig. 74), dont la distance de foyer soit très-petite, comme, par exemple, un demi-pouce: si l’on place devant ce verre un petit objet OP à une distance un peu plus petite que d’un demi-pouce, le verre en représentera l’image quelque part en op , aussi loin II. 24

rir PARTIE. LETTRE LXY1II.

qu’o^ voudra. Qu’on tienne donc l’œil derrière le verre, et il verra l’objet de la même manière que s’il était actuellement en o, et ainsi dans un éloignement suffisant, et tout comme si sa grandeur était op : comme l’œil est supposé très-proche du verre, l’angle visuel sera pio, c’est-à-dire, le même que PiO sous lequel l’œil uu verrait l’objet OP dans cette proximité; mais la vision est à présent devenue distincte par le moyen du verre : c’est le principe sur lequel la construction des microscopes est fondée.

( 23 janvier 1762.)

Sur l’estime des grossissements des objets contemplés par des microscopes.

Quand plusieurs personnes regardent par un microscope le même objet, comme, par exemple, le pied d’une mouche , tous conviennent qu’ils le voient très-grand ; mais leur jugement sur la véritable grosseur sera fort partagé : l’un dira que ce pied lui parait aussi grand que celui d’un cheval, un autre que celui d’une chèvre, le troisième que celui d’un chat. Or, au fond, aucun n’avance rien de précis là-dessus, à moins qu’il n’ajoute à quelle distance il prétend voir les pieds du cheval, ou de la chèvre , ou du chat : ils sous-entendent donc eux-mêmes, sans qu’ils le disent, chacun une cer-

Dit GROSSISSEMENT DES MICROSCOPES. 371

taine distance, laquelle étant sans doute difTéren te, on n’a pas lieu d’être surpris de leurs divers sentiments, puisqu’un pied de clieval étant vu de loin peut bien ne pas paraître plus grand qu’un pied de chat vu de près. Ainsi, quand il s’agit de dire combien un microscope grossit les objets, il faut s’accoutumer à parler d’une manière plus précise, et expliquer principalement la distance dans la comparaison qu’on veut faire.

Or, d’abord il ne convient pas de comparer les apparences que nous offrent les microscopes avec les objets d’une autre nature, que nous sommes accoutumés de voir tantôt loin, tantôt près; le plus sûr moyen de régler cette estime semble celui dont les auteurs qui traitent des microscopes se servent actuellement. Ils comparent un petit objet vu par le microscope, avec celui sous lequel le même objet serait vu à la vue simplë en étant éloigné à une certaine distance, et ils sont d’avis que, pour bien contempler un tel petit objet à la vue simple , il le faut placer à la distance de huit pouces; ils se règlent dans cela sur de bons yeux, car un myope s’en approcherait bien davantage, et un presbyte ferait le contraire. Mais cette différence n’influe pas sur le raisonnement, pourvu qu’on fixe la distance sur laquelle on se règle, et il n’y a aucune raison qui nous oblige de fixer une autre distance que celle de huit pouces, reçue de tous les auteurs qui ont traité cette matière. Ainsi, quand on dit qu’un microscope rend les objets 100 fois plus grands, V. A. entendra qu’à l’aide de ce microscope

les objets paraissent 100 fois plus grands que si nous les regardions à la distance de 8 pouces, et par ce moyen elle se formera une juste idée de l’effet d’un microscope.

En général, un microscope grossit autant de fois qu’un objet parait plus grand que si on le regardait sans le secours du verre à la distance de 8 pouces. V. A. conviendra aisément que c’est déjà un effet surprenant, que de voir un objet ioo fois plus grand qu’il ne parait à la distance de 8 pouces; mais on a poussé la chose beaucoup plus loin, et on a des microscopes qui grossissent jusqu’à 5oo fois, ce qui est prodigieux : on pourrait bien dire alors que la jambe d’une mouche parait plus grande que celle d’un éléphant. Je crois même qu’on pourrait bien faire des microscopes qui grossiraient i ooo fois et même i ooo fois, qui nous découvriraient sans doute quantité de choses qui nous sont encore inconnues.

Mais quand on dit qu’un objet parait par le microscope ioo fois plus grand qu’étant vu à la distance de 8 pouces, il faut entendre par là que l’objet est grossi tant en longueur qu’en largeur et profondeur, de sorte que chacune de ces dimensions parait ioo fois plus grande. On n’a donc qu’à concevoir à la distance de 8 pouces un autre objet semblable au premier, mais dont la longueur soit ioo fois plus grande, de même que la largeur et la profondeur, et ce sera l’image qu’on voit par le microscope. Or, si tant la longueur que la largeur et la profondeur d’un objet sont i oo fois plus grandes

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