‹ Lettres de L. Euler a une princesse d'AllemagneChapitre 82 sur 130 · DU CHAMP APPARENT · texte numérisé non relu

DU CHAMP APPARENT

semblerait qu’à un espace de io degrés dans le ciel, ce qui serait bien peu de chose, et bornerait trop notre vue : nous aurions grande raison de rejeter tout à fait un tel instrument. 11 sera donc fort aisé, par rapport au champ apparent, déjuger de l’excellence ou du défaut de ces sortes d’instruments, quand on a égard à leur effet. Ainsi , lorsqu’il ne grossit que 10 fois, on peut bien conjecturer qu’il découvre un champ de 9 degrés, puisque 9 degrés pris to fois font 90 degrés, que notre vue est capable d’embrasser; et si le diamètre de son champ n’était que de 5 degrés ou encore plus petit , ce serait toujours un instrument fort défectueux. Or, j’aurai l’honneur de prouver à V. A. que, si l’on voulait faire de cette espèce de lunettes dont j’ai donné la description , qui grossiraient plus de 10 fois , elles auraient ce défaut , et que leur champ apparent multiplié par le grossissement serait fort au-dessous de 90 degrés, et ne montrerait pas même la moitié. Mais pour de moindres effets ce défaut n’est pas si sensible; car si une telle lunette ne grossit que 5 fois, le diamètre de son champ est environ de 4 degrés, qui, étant grossi 5 fois, ressemble à un espace de 20 degrés, dont on veut bien être content : mais si l’on voulait grossir a5 fois, le diamètre du champ ne serait que d’un demidegré, qui, étant pris a5 fois, ne donnerait que 12 degrés, ce qui serait trop peu. Par cette raison, quand on veut grossir beaucoup, il faut se servir d’autres arrangements de verres, que je prendrai la liberté d’expliquer dans la suite.

(16 février 1763.)

Détermination du champ apparent pour les lunettes de poche.

Le jugement sur le champ apparent étant de la plus grande importance dans la construction de télescopes et lunettes, j’en vais faire l'application aux petites lunettes sur lesquelles j’ai eu déjà l’honneur d’entretenir V. A.

Dans la fig. 86, le verre PAP est l’objectif, QBQ l’oculaire, et la droite EF l’axe de la lunette sur lequel, à une distante très-grande, se trouve l’objet Ee, vu par l’instrument sous l’angle EAe, qui représente le demi-diamètre du champ apparent, puisqu’il s’étend autant de l’autre côté en bas. Le point E est donc le centre de l’espace vu par la lunette, dont le rayon EA , puisqu’il traverse perpendiculairement les deux verres, ne souffre r ,cune réfraction; et ainsi, pour que ce rayon entre *0ans l’œil, il faut fixer l’œil quelque part sur l’axe de la lunette BF, derrière l’oculaire, en sorte que le centre de la prunelle se trouve dans la ligne BF, ce qui est une règle générale pour toutes les lunettes. Considérons à présent l’extrémité visible de l’objet e, dont les rayons remplissent exactement toute l’ouverture du verre objectif PAP; mais il suffira de n’en considérer que le rayon EA, qui passe par le milieu de l’ob-

Page 1