‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 124 sur 253 · III* PARTIE. LETTRE XLIII · texte numérisé non relu

III* PARTIE. LETTRE XLIII

ces pour m'as^nrer jusqu'où la force magnétique feii (tesceddre le bout boréal de l'aiguille aimantée, et j'ai trouvé qu'il baissait jusqu'à faire un angle de 72 degrés avec l'horizon, et que dans cette situation l'aiguille restait en repos. Il est bon de remarquer que j'ai fait ces expériences ici à Berlin, il y a erivirôn six ans ; car je ferai voir dans la suite que cette situation sous l'horizon est aussi variable que la déclinaison magtiétique.

Nous voyons par là que la force magnétique eterce un double effet sur les aiguilles : l'un est celui dont j'ai déjà fot-t amplement parlé, par lequel elle dirigé l'aiguille vers un certain côté de l'horizon, dotit l'éloignèment de la ligne méridienne est ce qu'on nomme la déclinaison magnétique. Mais l'autre effet imprime à l'aiguille une inclinaison vers l'horizon, en faisant baisser l'un ou l'autre bout au-dessous de l'horizon, jusqu'à un certain angle.

Soit de Ç/ig, 24) la ligne horizontale tirée selon la déclinaison magnétique, et l'aiguille prendra ici à Berlin la situation ba, qui fait avec l'horizon de l'angle dcd ou eca^ qtii est 72% et par conséqtient avec la verticale^, un angle bcg^ oxxacfj de 18*. Ce second effet de la force magnétique , par Xtquel les aiguilles aimantées aflectenl une certaine inclinaison avec l'horizon, est aussi remarquable que le ^rertiîer ; et domine le premier est nommé la déclinaison magnétique^ le second est connu sotrs lé nom de XincUnnison magnétique j qui mériterait, afâssi bien que fa déclinaison , d^éïVe observée par-

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tout avec tous les soins possibles, puisqu'on y trouve une aussi grande variété.

Comme Finclinaison a été trouvée à Berlin de 72% à Bâle on ne l'a observée que de 70", le bout boréal de Fâiguille étant baissé , et l'autre par conséquent élevé de cet angle. Cela arrive dans nos contrées, qui sont plus proches du pôle magnétique boréal de la terre; et plus nous approchons de ce pôle, plus l'inclinaison de l'aiguille devient grande, ou s'approche davantage de la ligne verticale; de sorte que si nous pouvions arriver à ce pôle même, r^dguille y prendrait effectivement la situation verticale, son bout boréal étant tourné en bas et le méridional en haut, ku contraire, plus on s'éloigne du pôle boréal magnétique de la terre, et qu'on s'approche du méridional, plus l'inclinaison devient petite; elle disparaîtra enfin, et l'aiguille prendra une situation horizontale, quand on se trouvera à des distances égales des deux pôles. Or, ensuite, s'approchant davantage du pôle méridional de la terre, ce sera alors le bout méridional de l'a'iguiUe qui s'enfoncera de plus en plus sous l'horizon , le bout boréal s'élevant au-dessus, jusqu'à ce que, dans ce pôle même, l'aiguille deviendra derechef verticale, tournant son bout méridional en bas et le boréal en haut.

U serait bien à souhaiter qu'on fît partout des expériences aussi soigneuses pour déterminer l'inclinaison magnétique, que celles qu'on fait pour la déclinaison; mais jusqu'ici on a trop négligé cet important article de la physique expérimentale, qui

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Il est pas certainement moins curieux ni moins intéressant que celui de la déclinaison. Mais il n'en faut pas être surpris : cette espèce d'expérience est sujette à trop' de difficultés, et presque toutes les manières qu^on a imaginées jusqu'ici pour observer l'inclinaison magnétique ont manqué de succès; il n'y eut qu'un artiste de Bâle, nommé Diterich, qui y a réussi, ayant construit une machine propre à ce dessein , suivant les vues du célèbre M. Daniel Bernoulli. Il m'avait envoyé deux de ces machines, par le moyen desquelles j'ai obsei'vé ici cette inclinaison de 7^^®; et, quelque curieux que soient d'ailleurs les Anglais et les Français sur ces sortes de découvertes, ils ne firent pas grand cas de la machine de M. Diterich, quoiqu'elle soit la seule propre à ce dessein. C'est un grand exemple qui nous fait voir combien les préjugés sont capables d'arrêter les progrès des sciences. Par cette raison on peut soutenir que Bâle et Berlin sont encore les seuls endroits sur la terre où l'on connaît l'inclinaison magnétique.

Les aiguilles faites pour les boussoles ne sont pas absolument propres à nous montrer la quantité de l'inclinaison magnétique, quoiqu'elles en indiquent grossièrement l'effet, parce que le bout boréal devient dans nos contrées plus pesant : pour faire usage de ces aiguilles destinées à nous découvrir la déclinaison, nous sommes plutôt obligés de détruire l'effet de l'inclinaison, en rendant ou plus léger le bout boréal, ou plus pesant le bout méridional. Pour amener l'aiguille dans la situation

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horizontale , on se sert ordinairement clu dernier remède, et on attache un peu de cire au bout méridional de l'aiguille. Mais V. A. comprend aisément que ce remède n'a lieu qu'ici, où la force inclinatoire est d'une certaine grandeur, et que si nous voyageons avec une t^]e aiguille vers le pôle boréal magnétique de la terre, la force inclinatoîre deviendra aussi plus grande ; de sorte que, pour en empêcher l'effet, il faudra ajouter encore de la cire sur le bout méridional. Mais si nous voyageons vers le midi, et que nous approchions de l'autre pôle de la terre, où la force inclinatoire sur le bout boréal de l'aiguille devient plus petite, il faut alors diminuer la cire attachée à l'autre bout ; ensuite l'ôter tout à fait, parce qu'elle est inutile si l'on parvient à des endroits où l'inclinaison magnétique s'évanouit. Or, passant ce t^rme, et approchant davantage du pôle méridional, le bout méridional de Taiguille est poussé en bas , de manière que, pour prévenir cet effet, il faut attacher de la cii% au bout boréal de l'aiguille. C'est aussi effectivement de ce moyen qu'on se sert dans les grands voyages, pour nsaintenir la boussole dans une situation horizontale.

Or, pour observer l'inclinaison magnétique, il faudrait avoir des instruments faits exprès, et même semblables à celui que l'artiste de Baie a inventé; on nomme un tel instrument un inclinatoire , mais il n'y a pas apparence qu'on en fasse sitôt usage (i).

(i^ Cequ'Eulcr nomme inclinatoire s appelle maintenant bons-

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Encore moins pouvons-nous espérer qu'on Caisse bientôt des cartes sur l'inclinaison magnétique, semblables à celles où Ton^ nous a représenté la déclinaison : on y pourrait bien suivre la mémye méthode, et tirer des lignes par tous les lieux où l'inclinaison magnétique sera la même ; <^ sorte qu'on y aurait des lignes^^sans inclinaison , ensuite d'autres lignes où l'inclinaison est de 5**, io°, i5®, 20^, etc., tact vers le nord que vers le sud.

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