III* PARTIE. LETTRE XLI
et que toutes leurs forces réunies fournissent la fora générale qui produit tous les phénomènes magnétiques. Par là y nous sommes aussi en état d'expli quer pourquoi, au même lieu, la dédinaison magné tique change avec le temps ; car on sait que le mines de tous les métaux sont assujetties à des chan gements continuels, et en particulier celles de fier où il faut aussi rapporter les aimants : tantôt dan un endroit il s'engendre du fer, tantôt il s'y détruit de sorte qu'il y a aujourd'hui des mines de fer oi il n'y en eut point autrefois ; et là où l'on a tromn autrefois de telles mines en abondance, on n'y trouvi presque pkif^ rien aujourd'hui. Cela prouve suffi samment que la masse totale de tous les aimanti renfermés dans la terre souflre des chang^meoÊ très-considérables; d'où sans doute les pôles, sur les quels se règle la déclinaison magnétique, cbangerom aussi avec le temps.
C'est ici donc qu^il faut chercher la cause pourquoi les déclinaisons magnétiques sont sujettes à des changements si considérables aux mêmes lieux de ia terre. Mais cette même raison, fondée sur l'inconstance de ce qui se passe dans les entrailles de la terre, ne nous laisse aucune espérance de parvenir jamais à prédire d'avance la déclinaison magnétique, à moins qu'on ne trouve moyen de ramener les changements de la terre à quelque loi fixe. Une longue suite d'observations, continuée pendant plusieurs siècles, pourrait peut-être nous fournir des éclaircissements là-dessus (i).
(i) Il n*est plus permis d'expliquer le magnédsiiie terrestre
LETTRE XLIÏ.
(a4octobral76I.)
idaircissements ultérieurs sur la cause et la variation de la déclinaison des ai^illes aimantées.
Ceux qui prétendent que la terre renferme dans OD sein un grand aimant, comme un noyau , sont jfigés de dire , pour expliquer }a déclinaison mainétiquey que ce noyau change de situation succèsifement. 11 faudrait alors que ce noyau fût détaché le la terre'dans toutes ses parties; et comme sans loute son mouvement suivrait une certaine loi, nous lourrions espérer de découvrir un jour cette loi suiint laquelle la déclinaison change avec le temps, lais, soit qu'il y ait un tel noyau magnétique dans I terre, soit que les aimants dispersés dans son sein éunissent leurs forces pour produire les phénonenes magnétiques , on peut toujours regarder la efre même comme un aimant selon lequel se diigent tous les aimants particuliers et toutes les ai- [oilles aimantées.
HT l'existence des gites de fer magnétique. Selon toute appattoe, des courants électriques, engendrés par les inégalités de tepérature des couches superficielles du globe, sont la cause le tous les phénomènes du magnétisme terrestre, et de Taimanition permanente de certains minerais que la terre renferme ians son sein.
JL 17
258 m* PARTIE. LETTRE XLII.
Quelques physiciens ont renfermé dans un globe un aimant d'une très-grande force ; et ayant placé sur la surface dudii globe une aiguille aimantée, ils y ont observé des phénomènes semblables à ceux qui ont lieu sur la terre j après avoir placé TairoaDt dans le globe de plusieurs façons différentes. Or, en considérant la terre comme un aimant , elle aura ses pôles magnétiques, qu'il faut bien distinguer de ses pôles naturels autour desquels elle tourne; ces différents pôles n'ont rien de commun entre eux que le -seijj nom ; mais c'est de la position des pôles magnétiques à l'égard des naturels que proviennent les irrégularités apparentes dans la déclinaison magnétique, et en particulier des ligne^ tracées sur la terre, dont j'ai eu l'honneur de rendre compte à V. A.
Pour mieux éclaircir cette matière, je remarque que si les pôles magnétiques tombaient précisément dans les pôles naturels , il n'y aurait point de déclinaison sur la terre; partout les aiguilles aimantées seraient précisément dirigées du nord vers le sud, 1 et leur position serait précisément la même que celle de la ligne méridienne. Ce serait sans doute un très-grand avantage pour la navigation , puisqu'on connaîtrait alors exactement la route du vaisseau et la direction du vent; au lieu qu'à présent on doit toujours chercher la déclinaison de la boussole, avant que de pouvoir déterminer les vrais côtés du Ynonde. Mais alors la boussole n'apporterait aussi aucun secours pour la détermination des longitudes, bùtauquel la déclinaison pourrait bien conduire un jour.
De là on peut conclure que si les pôles magnéques de la terre différaient de beaucoup des pôles aturels, et qu'ils fussent directement opposés Tun Tautre, ce qui arriverait si Taxe magnétique de la HTe ( c'est la ligne droite tirée par les deux pôles u^nétiques) passait par le centre de la terre, alors 3S aiguilles aimantées se dirigeraient partout vers es pôles magnétiques, et il serait bien aisé d'iissi- ^r pour tous les lieux la direction magnétique : »n n'aurait qu'à tirer par chaque lieu un cercle qui lassàt en même temps par les deux pôle^ magnétiues, et l'angle que ferait ce cercle avec le i;péridie.u u même lieu donnerait la déclinaison magnétique. Dans ce cas, les deux lignes sous lesquelles la léclinsdson est nulle seraient des méridiens tirés )ar les pôles magnétiques. Donc, puisque nous lirons vu qu'actuellement ces deux lignes , où il n'y I point de déclinaison, ne sont point des méridiens, nais qu'elles ont un tour bien bizarre, on voit bien jue ce cas n'a point lieu sur la terre. Halley a bien reconnu cette conséquence, et s'est cru obligé par là de supposer un double aimant dans les entrailles de la terre, dont l'un serait fixe et l'autre mobile; en conséquence, il a établi quatre pôles sur la terre, dont deux se trouvent près du pôle boréal , et les deux autres près du pôle méridional, à inégales distances. Mais cette conclusion me parait un peu Iiasardée : de ce que les lignes s^ns déclinaison ne sont point des méridiens, il ne s'ensuit pas qu'il y ait quatre pôles magnétiques sur la terre; mais plutôt qu'il n'y en ait que deux , et que ces deux pôles
260 m* PARTIE. LETTRE XLII.
ne soient pas directement opposés l'un à l'autre, ou, cch.qui revient au méme^ que l'axe magnétique ne passe point par le centre de la terre.
Il reste donc encore à considérer les cas où ces deux pôles magnétiques ne sont pas directement opposés y et où l'axe magnétique ne traverse pas la terre par son centre; car en effet, en embrassant l'hypothèse du noyau magnétique dans la terre, quelle nécessité y a-t-il que l'un des pôles magnétiques soit précisément à l'opposite de l'autre? U se pourrait bien que ce noyau ne se trouvât point au milieu de la terre, mais qu'il fût à quelque distance du centre. Or, dès que les pôles magnétiques ne sont plus opposés diamétralement l'un à l'autre, les lignes sous lesquelles la déclinaison est nulle prennent effectivement un tour semblable à celui qu'on a conclu par les observations ; il est même possible d*assigner aux deux pôles magnétiques de telles places sur la terre , que non-seulement ces lignes seraient d'accord avec les observations, mais aussi pour tous les degrés de déclinaison, tant occidentale qu'orientale, on trouve précisément des lignes semblables à celles qui nous ont d'abord paru si bizarres.
Donc, pour connaître l'état de la déclinaison magnétique, il ne s'agit que de fixer les deux pôles magnétiques ; et alors c'est un problème de géométrie, de déterminer la route de toutes ces lignes dont j'ai parlé dans ma lettre précédente, qui sont tirées par tous les lieux où la déclinaison est la même. C'est par ce moyen encore qu'on serait en état de rectifier ces lignes , et de remplir des contrées où les
DE LA BOUSSOLE D'iNCLUNAfSCN. 261
observations nous manquent; et si Ton pouvait, pour tous les temps à venir , assigner les lieux des deux pôles magnétiques sur la terre , ce serait sans doute la plus belle solution du problème des lon- ^tudes.
On n'a donc point besoin d'un double aimant dans la terre , ou bien des quatre pôles magnétiques, pour expliquer les phénomènes de la déclîoaisoD magnétique, comme le grand Halley l'a cru; mais un simple aimant ou deux pôles magnétiques sont parfaitement suffisants, pourvu qu'on assigne à chacun sa juste place. Il me semble que par cette réflexion nous sommes beaucoup plus avancés dans notre connaissance sur le magnétisme.
LETTRE XLIU.
(27 octobre 1761.)
Sur rinclioaison des aiguilles aimantées.
Qu'il plaise à V. À. de se souvenir que lorsque nous frottâmes ou touchâmes une aiguille sur un aimant, elle en acquit non-seulemen la propriété de se diriger vers un certain point de l'horizon , mais que son bout boréal descendit aussi comme s'il fiât devenu plus pesant; ce qui nous obligea d'en ôter quelque chose ou d'ajouter au bout opposé, pour remettre l'aiguille en équilibre. Or, ne faisant pas usage de ce moyen, j'ai fait plusieurs expérien-