‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 130 sur 253 · LETTRE XLV · texte numérisé non relu

LETTRE XLV

(8 noTcmbre 1*701.)

Continiiation sur la nature de cette matière magnétique et de son courant rapide. Des canaux magnétiques.

Il s'en faut beaucoup que je prétende parfaitement expliquer les phénomènes du magnétisme; j'y trouve des difficultés que je n'ai pas rencontrées dans les phénomènes de l'électricité. La cause en est sans doute que l'électricité consiste dans un trop grand ou trop petit degré de compression d'un fluide subtil qui occupe les pores des corps, sans que ce fluide subtil, qui est l'éther, se trouve dans un mouvement actuel; mais le magnétisme ne saurait être expliqué, à moins qy'on ne suppose un tourbiflon rapidement agité qui pénètre les corps magnétiques.

La matière qui constitue ces tourbillons est aussi beaucoup plus subtile que l'éther, et traverse librement les pores des aimants, qui sont impénétrables à l'éther même. Or, cette matière magnétique est répandue et mêlée dans l'éther, tout de même que l'éther est mêlé avec Tair grossier; ou, comme l'éther

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occupe et remplit les pores de Tair, on peut dire que la matière magnétique est renfermée dans les pores mêmes de Téther.

Maintenant je conçois que Taimant et le fer ont des pores si petits, que Tëther tout entier ne saurait entrer, et qu'il n'y a que la matière magnétique qui les puisse pénétrer, et qui, en y entrant, se sépare de l'éther, de sorte qu'il s'y fait pour ainsi dire une filtration. Ce n'est donc que dans les pores de l'aimant que la matière magnétique se trouve toute pure; partout ailleurs elle est mêlée et dispersée par l'éther, tout comme l'éther lui-même est dispersé par la masse de l'air.

V. A. imaginera aisément plusieurs semblables fluides, dont l'un est toujours plus subtil que l'autre^ et qui sont parfaitement mêlés ensemble. La nature nous en offre des exemples nullement équivoques. ^ Nous savons que l'eau renferme dans ses pores des particules d'air que nous y voyons souvent monter en forme de petites bulles; ensuite il n'y a plus de doute que l'air ne renferme dans ses pores un fluide incomparablement plus subtil, qui est l'éther, et qui s'en sépare même en plusieurs occasions, comme nous avons vu dans l'électrjcité. A présent nous voyons que cette progression va plus loin, et que l'éther contient encore une matière beaucoup plus subtile , qui est la matière magnétique ; peut-être celle-ci en renferme-t-elle encore d'autres plus subtiles : du moins cela ne serait pas impossible.

Après avoir établi cette matière magnétique, voyons de quelle manière elle produit les phéno-

EXPLICATION DU MAQNÉTISME. 273

mènes magnétiques. Pour cet effet , je considère d'abord un aimant y et je dis, premièrement , qu'outre une très-grande quantité de pores remplis d'éther, comme tous les autres corps, l'aimant contient encore des pores beaucoup plus étroits, où la seule matière magnétique peut entrer. En second lieu , que ces pores sont disposés de manière à avoir une communication entre eux, et constituent des tuyaux ou canaux par lesquels la matière magnétique passe d'un bout à l'autre. En troisième lieu, que la matière magnétique ne saurait passer par ces tuygux que* dans un sens, sans pouvoir retourner dans le sens contraire: cette circonstance, qui est très-essentielle, demande un plus grand éclaircissement.

Je remarque donc d'abord que les veines et les vaisseaux lymphatiques, dans les corps des animaux, sont des tuyaux d'une construction semblable. 11 y a dans les veines de certaines soupapes, représentées {Jig. 26) par les traits fnn , dont la fonction est que, tant que le sang coule de A vers B , ces soupapes se lèvent, et lui accordent un libre passage; mais elles empéckent en même temps le sang de refluer de B vers A.

Car, si le sang voulait couler de B vers A, il pousserait le bout libre de la 'soupape n vers le côté o de la veine, et la soupape fermerait le passage entièrement : oiv>9e sert de semblables soupapes dans les conduits d'eau, pour empêcher que l'eau ne puisse retourner. Par cette raison, je crois ne supposer rien qui soit contraire à la nature, quand je dis que les canaux, dans les aimants qui n'admettent que 11. 18

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