DES PROCEDES D^AIMANTATION
pour rendre magnétiques les aiguilles dont on se sert dans les boussoles : toute cette opération ne consistait qu'à les frotter à un pôle d'un aimant excellent, soit nu, soit armé.
On posait l'aiguille abc {Jig. 38) sur une table , el on passait le pôle B de l'aimant par-dessus de h vers a y et étant parvenu au bout aj on levait l'ai* mant bien haut, et on le ramenait par l'air en b : on répétait cette opération plusieurs fois de suite , et on prenait toujours bien garde que l'autre pôle de l'aimant n'approchât point de l'aiguille, puisqu'il y giterait tout. Âpres avoir passé quelquefois le pôle 6 de l'aimant sur l'aiguille de h en a, on verra c|tie l'aiguille est devenue magnétique, et que le bout A sera le pôle du même nom que celui de Paimant dont on a frotté. Donc, si l'on veut que le bout 6 devienne le bout boréal, en frottant avec le pôle boréal de l'aimant, il faut passer de b vers a; mais ii l'on voulait frotter avec le pôle méridional de Paimant, il faudrait l'appliquer au bout a, et le pasfer au bout b.
Cette manière de frotter ou toucher est nommée I la simple touche, puisqu'on ne touche que d'un leu! pôle; mais elle est fort défectueuse, et ne com* iBQajque à l'aiguille que peu de force , l'aimant futil même très-excellent : aussi ne réussit-elle pas lors> que l'acier est porté au plus haut degré de dureté , oe qui serait pourtant l'état le plus propre pouV la conservation du magnétisme. V. A. jugera elle-même Tort aisément des défauts de cette manière à la simple touche.
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Supposons que B soit le pôle de l'aimant par où sort la matière magnétique , puisque les effets des deux pôles sont si semblables , qu'il est impossibk d'y remarquer la moindre différence. Ayant posé le pôle sur le bout b de l'aiguille j la matière maguÀique y entre avec toute la rapidité dont elle se meut dans l'aimant, et qui est incomparablement plus grande que celle du tourbillon qui est hors de l'aimant dans l'air. Mais que deviendra cette matière dans l'aiguille ? elle ne saurait sortir par le bout b; elle s'efforcera donc de percer par l'aiguille vers a, et le pôle B, ikiarchant du même côté, favorisera ces efforts ; mais dès que le pôle B parviendra vers a^ la difficulté de sortir par le bout a causera des efforts contraires, dont la matière ma^étique sera poussée de a vers b; et avant que le premier effet soit entièrement détruit, celui-ci ne saurait avoir lieu. Ensuite , quand on porte de nouveau le pôle B sur le bout bj on détruit encore ce dernier eflbt, mais pourtant sans produire un courant en sens contraire de b vers a; et par conséquent lorsque le pôle B parviendra au delà de c vers a , il produira plus aisément un courant de a vers b , surtout quand oo appuiera plus fort sur la moitié ca; d'où il est dair que l'aiguille ne saurait acquérir que peu de force magnétique.
Quelques-uns aussi ne frottent que la moitié ca^ en passant de c vers a; et d'autres ne font que toucher le bout a de Ti^iguille par le pôle B de TaimaDt, et cela à peu près avec le même succès. Mais il est évident que la matière magnétique qui entre par le
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out a ne saurait agir assez vigoureusement pores de l'aiguille pour les arranger confor- Qt à la nature magnétique , et que la force qui a imprimée par cette méthode doit être trèset même nulle, si l'acier est bien trempé. U me semble qu'on pourrait remédier à ces s de la simple touche de la manière suivante, x^s de laquelle je ne doute point, quoique je ? pas encore essayée , puisque d'autres expés semblables m'en assurent, oudrais enchâsser le bout b {^fig. 4o) de l'aidans une règle de fer doux EF ; et je crois serait bon de faire cette règle très-mince, et étroite qu'il est possible; mais le bout y doit arfaitement appliqué, et même enchâssé dans mx bien ajusté. Quand on pose le pôle B de at sur le bout b de l'aiguille, la matière maue qui y entre, ne trouvant presque aucune Jté à travei'serla r^le de fer, prendra d'abord »urs dans la direction bd; et à mesure que le ivance vers a , la matière magnétique , pour luer ce cours , n'a qu'à arranger les pores sur ils elle agit immédiatement; et quand on sera lu jusqu'en rz , tous les pores , ou au moins la rty seront déjà disposés suivant cette direction. te, quand on recommence à frotter le bout b^ détruit rien , mais on continue de perfectioncourant de la matière magnétique suivant la direction bd^ en arrangeant aussi les pores kt résisté à la première opération; et ainsi les X magnétiques dans l'aiguille deviendront de
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plus eu plus parfaits. Or, quelques traits du pôle 6 seront suffisants pour cet effet , pourvu que Faiinaiit ne soit pas très-faible ; et je ne doute pas que rider le mieux trempé , ou rendu aussi dur qu^il est possible, n'obéisse à cette méthode; ce qui est uo grand avantage pour la construction des boussoles, puisqu'on a remarqué que les aiguilles ordinaires perdent souvent, par un léger accident , toute leur force magnétique, ce qui exposerait les vaisseaux aiu plus grands dangers , si l'on n'en avait pas d^autres e[n réserve. Mais quand on fait les aiguilles dun acier bien trempé , ces accidents ne sont point à craindre; et comme il faut plus de force pour k rendre magnétiques, elles conservent aussi cettequilité avec plus de vigueur.
(98 DOTcmbn 1761.)
Sur la double touche, et les moyens de conserver la niatièiT magnétique dans les barres aimantées.
Au lieu de cette méthode d aimanter le fer ou l'acier par la simple touche, en le frottant d'un seul des pôles d'un aimant , on se sert aujourd'hui de ùi double touche , où l'on frotte avec les deux pôles à la fois , ce qui se fait aisément par un aimant armé.
Soit EF ( fig. 4 1 ) une barre de fer ou d^cier qu'on veut^endre magnétique: après l'avoir bien fixée sur
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une tabie^ on y pose les deux pieds  et B d'un aimant. Dans cet état^ V. A. verra aisément que la matière magnétique qui sort de l'aimant par le pied B pénétrera dans la barre , et s'y répandrait en tout sens , si le jned A n'attirait de son côté la matière magnétique contenue dans les pores de la barre. Cet épuisement en d déterminera donc la matière qui entrera par le p61e B à prendre son cours de c vers df pourvu que les deux pôles A et B ne soient pas trop éloignés l'un de l'autre. Alors le courant magnétique se frayera un chemin dans la barre pour passer du pôle B dans le pôle A , en y disposant les pores à former des canaux magnétiques. Il est fort aisé de s'assurer si cet effet arrive : on n'a qu'à voir si l'aimant est fortement attiré à la barre ; ce qui ne manque jamais si la barre est de fer doux, puisque la matière magnétique le pénètre aisément. Mais si la barre est d'acier , l'attraction est souvent fort petite, ce qui est alors une marque que la matière magnétique n'est pas capable de s'ouvrir le passage de c vers d; d'où Ton conclut, ou que l'aimant est trop faible , ou que l'espace entre ses deux pôles est trop grand : il faudra donc, dans ce cas, employer un autre aimant, ou plus fort, ou dont les pieds soient plus proches , ou enfin changer l'armature de l'aimant de la manière représentée {Jig. 4^ )•
Mais j'aurai bientôt l'honneur de proposer d'autres moyens pour remédier à cet inconvénient.
Ayant donc disposé dans les petits intervalles cd (Jig. 4^) les pores convenablement au magnétisme, on n'a qu'à passer et repasser plusieurs fois l'aimant
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sur la barre d'un bout à l'autre sans 1 en ôter, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que l'attraction n'augmente plus : car c'est un principe bien sûr que l'attraction croit à mesure que la force magnétique augmente. Par cette opà*ation, la barre EF deviendra magné^ tique, en sorte que le bout E, vers lequel le pôle B était tourné , sera le pôle ami de  , et par conséquent du même nom que l'autre pèle B. Ensuite, en ôtant l'aimant, puisque des canaux magnétiques sont formés par toute la longueur de la barre, la matière magnétique répandue dans Tair traversera ces canaux, et fera de la barre un véritable aimant. Elle entrera par le bout a et sortira par le bout by d'où une partie, au moins, retournera en a, et formera tm tourbillon , selon que la figure de la barre le permet
A cette occasion, je remarque que la formation d'un tourbillon est absolument nécessaire à auj[menter lé magnétisme ; car si toute la matière magnétique qui sort par le bout b échappait et se dispersait entièrement , sans retourner en a, l'air ne suffirait pas à en fournir assez à l'autre bout tf , œ qui diminuerait la force magnétique. Mais si une bonne partie de celle qui échappe par le bout h retourne en a y l'air est bien suffisant pour fournir le reste, et peut-être encore davantage, si les canaux magnétiques de la barre sont capables de la recevoir ; dans ce cas donc , la barre acquerra une beaucoup plus grande force magnétique.
Cette considération me conduit à exposer à V. A. de quelle manière on peut conserver la matière magnétique dans les barres aimantées. Comme il s'agit
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d'empêcher que la matière magnétique qui les traverse ne se disperse point dans l'air, on dispose ces barres toujours par paires qui sont de la même grandeur. On les met dans une situation parallèle sur une table , en sorte que les pôles amis ou de différents noms soient tournés du même côté
MM et NN représentent les deux barres dont les pôles amis a^b; b, a^ sont tournés du même côté. Pour ne pas se tromper, on fait d'abord sur chaque barre une marque, comme x, au bout où est le pôle boréal, et on leur applique de chaque côté un morceau de fer doux EE et FF, pour recevoir le courant magnétique. De cette maifière , toute la matière magnétique qui traverse la barre MM et sort par le bout b passe dans le morceau de fer EE, et s'y ouvre aisément le chemin pour passer dans le bout a de l'autre barre NN, d'où elle entrera par le bout b dans l'autre morceau de fer FF, qui la reconduit dans la première barre MM par le bout a. C'est ainsi que la matière magnétique conlinuera à circuler, sans qu'il en échappe rien ; et , en cas même qu'il n'y en eût pa$ d'abord assez pour remplir le tourbillon , l'air y fournira le reste, et le tourbillon par les deux baiTes demeurera dans toute sa force.
On peut aussi d'abord employer cette dispositiok) des deux barres pour les aimanter Tune et l'autre à la fois. On n'a qu'à passer les deux pôles d'uh aimant sur les deux barres, en passant de l'une à l'au^ tre par les morceaux de fer, et de cette manière faire plusieurs tours, en faisant bien observer que les