‹ Lettres de L. Euler à une princesse d'Allemagne sur divers sujets de physique et de philosophieChapitre 143 sur 253 · LETTRE LUI · texte numérisé non relu

LETTRE LUI

(I«'cMcembrel76I.)

Comment on communique à des barres d*acier une force ma*> gnétique très-grande, par le moyen d'autres barres qui n'en ont qu'une très-faible.

Quoique cette manière d'aimanter à double tOu^ che soit fort préférable à la précédente , on ne sau* rait cependant porter la force magnétique au delà d'un certain degré. Soit qu'on se serve d'un aimant naturel ou de deux barres magnétiques pour frot-' ter d'autres barres, celles-ci n'acquerront jâmtiis tant de force que celles-là; l'effet ne saurait jamais être plus grand que la cause.

Si les barres dont on frotte ont peu de force, les autres qui en sont frottées en auront encore moins; la raison en est évidente : car comme des barres destituées de toute force magnétique n'en sauraient produire en d'autres, une petite force magnétique n'est pas capable d'en produire une plus grande, au moins par la méthoda que je viens de décrire.

Mais on n« doit pas prendre à la rigueur cette

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règle, comme s'il était absolument impossible de produire une plus grande force magnétique à l'aide d'une plus petite. J'aurai l'honneur d'expliquer à V. A. une méthode par laquelle on est en état d'augmenter la force magnétique presque aussi loin qu'on voudra, et cela en commençant par la plus petite. C'est une découverte de ces derniers temps, qui mérite d'autant plus d'attention, qu'elle nous éclaircit incomparablement mieux sm* la nature du magnétisme.

Supposons donc qu'on n'ait d'abord qu'un trèsfaible aimant, ou bien, au défaut d'un aimant naturel, des barres de fer rendues tant soit peu magnétiques par le seul tourbillon de la terre, comme j'ai eu l'honneur de l'exposer à V. A. dans mes lettres précédentes. Alors, qu'on se procure huit barres d'acier qui ne soient que fort petites et non trempées, pour recevoir plus aisément la petite force magnétique que le faible aimant, ou les barres mentionnées, que je suppose tant soit peu magnétiques, sont capables de leur communiquer en frottant obaque paire ou couple de la manière que j'ai exposée précédemment. Ayant maintenant quatre paires de barres tant soit peu magnétiques, qu'on -en prenne deux paires, et qu'on les joigne ensemble.

Des deux barres, en les réunissant ensemble pr

lés pôles du même nom, on n'en fait qu'une seule

d'une épaisseur double, et ajors on forme le cooh

pas des deux barres doublées AC et BD^(y^. 45

»qui se touchent en haut CD, où, pour mieux entre-

DES PROCÉDÉS d'aimantation. 309

tenir le courant magnétique , on peut mettre un morceau de fer doux P. En bas, on en ouvré les jambes autant qu'on le juge à propos, et on en frotte les autres p^res l'une après l'autre, qui par ce moyen acquerront plus de force qu'auparavant, puisque deux paires y réunissent leurs forces. A présent on n'a qu'à joindre ces deux paires nouvellement frottées ensemble de la même manière, et en frotter, l'une après l'autre^ les deux autres paires dont on s'était servi la première fois, et la force de celle-ci sera considérablement augmentée. On joindra ensuite ces deux paires ensemble, et on frottera encore les autres pour y augmenter la force magnétique; et ainsi on continuera de frotter alternativement deux paires par les deux autres jointes en» semble. Par cette opération, on les portera bientôt à un degré de force tel, qu'il ne sera plus susceptible, d'augmentation ultérieure, quand même on la continuerait plus longtemps. Quand on a plus de quatre paires de telles barres , au lieu de deux paires, on en peut aussi joindre trois ensemble, et en frotter ensuite les autres paires : par ce moyen on les portera plus vite au plus haut degré.

Maintenant les plus grands obstacles sont surmontés; et à présent, par le moyen de ces barres, enjoignant deux ou même plusieurs paires ensemble, on en frottera d'autres faites d'un acier bien trempé, et qui sont, ou de la niême grandeur, ou encore plus grandes que les premières, et de cette façon on communiquera aussi à celles-ci la plus grande force dont elles sont susceptibles.

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