III* PARTIE. LETTRE LXXXIII
on aura une lunette qui grossira 4oo fois, et qui sera encore très-bien traitable, étant au-dessous de 17 pieds, pendant que si Ton voulait produire le même grossissement par un verre objectif simple, la longueur de la lunette devrait surpasser 3oo pieds; mais une telle lunette ne serait certainement d'aucun usage à cause de sa prodigieuse longueur.
Al Paris on a une lunette de 120 pieds, et à Londres une de i3o pieds; mais les terribles diflicultés de les monter et de les diriger anéantissent presque les avantages qu'on s'en était promis. De là V. A. jugera aisément combien il serait important si l'on réussissait dans la construction de ces objectifs composés dont je viens de parler. J'en avais donné les premières idées il y a plusieurs années, et depuis ce temps les plus habiles artistes en Angleterre et en France travaillent à les exécuter ; la chose demande bien des essais, et une grande adresse de la part de l'ouvrier ; et quoique j'aie fait faire par le mécanicien de notre Académie quelques essais non sans succès, les dépenses qu'une telle entreprise exige m'ont obligé d'y renoncer.
Mais, l'année passée, la Société des sciences à Londres a annoncé qu'un très-habile artiste, nommé DoUond, en était venu heureusement à bout; et maintenant on admire partout ses lunettes. A Paris, un aussi habile artiste, nommé Passement, se vante d'un pareil succès : l'un et l'autre m'a fait l'honneur autrefois d'entretenir une correspondance avec moi sur cette matière; mais puisqu'il s'agissait principalement de surmonter quelques grands obstacles dans
la pratique 9 ce dont je ne m'étais jamais mêlé, il est bien juste que je leur abandonne la gloire de la découverte; ce n'est que la partie théorétique qui m'appartient, et qui m'a coûté des recherches bien profondes et des calculs des plus pénibles, dont V. A. serait effrayée à la seule vue : ainsi je me garderai bien de l'entretenir sur cette matière épineuse.